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Le réfugié idéal des médias est-il un criminel de guerre ?

22 octobre 2016

Temps de lecture : 4 minutes
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Le réfugié idéal des médias est-il un criminel de guerre ?

Ce que les médias ne nous ont pas dit et ne nous disent pas d’Osama Abdul Mohsen, le célèbre « réfugié » syrien taclé en 2015 avec son fils dans les bras par une journaliste hongroise.

C’était une belle suc­cess sto­ry mon­tée en épin­gle l’an dernier par les médias européens. Osama Abdul Mohsen, gen­til réfugié taclé avec son fils dans les bras, pen­dant la grande vague migra­toire de l’été 2015, par une méchante jour­nal­iste hon­groise, s’était ensuite vu pro­pos­er un emploi d’entraîneur de foot en Espagne. Mag­nifique exem­ple de « chance pour l’Espagne » et pour l’Europe, puisque cet homme qui fuyait son pays était avant la guerre entraîneur de foot en Syrie. Le Cen­tre nation­al de for­ma­tion d’entraîneurs de foot­ball (Cenafe), située dans la com­mune madrilène de Getafe, avait décidé, après la dif­fu­sion des images de sa chute, de l’embaucher. À regarder ce tacle de près, ses futurs employeurs ont dû se dire que cet entraîneur avait fait preuve d’un grand pro­fes­sion­nal­isme et d’un excel­lent réflexe en chutant au bon moment et de la bonne manière devant les caméras, car la jambe ten­due par la jour­nal­iste hon­groise ne sem­ble pas en fait avoir atteint M. Mohsen.

Mais les grands médias français et européens n’ont pas passé de ralen­ti ni pro­posé les images pris­es sous un autre angle dif­fusées à l’époque sur Inter­net. Et ils nous font d’autres cachot­ter­ies. Ain­si, ils se taisent aujourd’hui alors qu’Osama Abdul Mohsen vient de per­dre son tra­vail en rai­son de son refus d’apprendre l’espagnol. Tou­jours inca­pable d’aligner deux mots dans la langue de Cer­van­tès, il est une charge pour son employeur qui n’a pas souhaité recon­duire après le mois de sep­tem­bre son con­trat de tra­vail de douze mois signé en grande pompe l’année dernière. Si le Cenafe lui laisse son loge­ment de fonc­tion jusqu’à l’expiration du bail actuel, en novem­bre 2017, il lui donne jusqu’à févri­er pour faire ses pre­miers pro­grès en espag­nol, auquel cas il serait prêt à le réem­bauch­er. Mais le Syrien est fier et coupable de rien, et il a déjà annon­cé devant les caméras qu’il ne com­pre­nait pas la déci­sion du Cenafe, et qu’il ne souhaitait plus y tra­vailler puisqu’on l’avait hon­teuse­ment « util­isé pour son image ». Une util­i­sa­tion qui lui valait tout de même un salaire de près de 2000 €/mois, d’après le jour­nal en ligne La Gac­eta.

Pour rap­pel, voici quelques échan­til­lons de l’extase médi­a­tique devant la chance que cet homme et sa famille avaient eus dans leur mal­heur :

« Osama Abdul Mohsen était en route pour la cap­i­tale espag­nole, Madrid, où il devrait arriv­er en fin de soirée. Le directeur du Cen­tre nation­al de for­ma­tion d’entraîneurs de foot­ball (Cenafe) de Getafe, dans la ban­lieue de Madrid, Miguel Ángel Galán, a appris par la presse que le Syrien était lui aus­si entraîneur. “Nous sommes un cen­tre nation­al d’entraîneurs de foot­ball, donc nous avons eu l’idée d’aider un cama­rade entraîneur”, a‑t-il expliqué dans une inter­view à la radio. “Comme il y avait la bar­rière de la langue, en l’occurrence l’arabe, Mohamed Larouzi, un de nos élèves, s’est pro­posé pour aider à la tra­duc­tion et pour aller en Alle­magne” le chercher, a ajouté le directeur. Osama Abdul Mohsen avait entraîné le club Al-Fotuwa de Deir-ez-Zor, en pre­mière divi­sion syri­enne » (Le Monde, 17/09/2015).

« L’image avait fait le tour du monde et en avait choqué plus d’un. Il y a quelques jours, Osama Abdul Mohsen, un réfugié syrien, a été vic­time d’un croche-pied hon­teux d’une jour­nal­iste hon­groise alors qu’il essayait de fuir la police. Por­tant un enfant dans ses bras, l’homme avait per­du l’équilibre et chuté. Il s’avère que cet homme n’est pas un illus­tre incon­nu puisqu’avant de fuir la Syrie, il avait offi­cié en tant qu’entraîneur d’une équipe de foot évolu­ant en pre­mière divi­sion syri­enne, Al-Fotuwa de Deir-ez-Zor » (Le Figaro, 17/09/2015).

« Le réfugié syrien agressé en Hon­grie pour­rait devenir entraîneur en Espagne » (France 24, 17/09/2015)

« “Je vous aime, j’aime Madrid, j’aime l’Espagne, toute l’Espagne. Mer­ci pour tout, c’est très impor­tant pour ma vie. ” Recon­nais­sant et ému, le réfugié syrien molesté par une jour­nal­iste hon­groise est arrivé mer­cre­di soir avec deux de ses fils en Espagne. » (Euronews)

Or les grands médias français et européens se sont déjà ren­dus coupables à ce moment-là d’une cachot­terie bien plus grave. En effet, dès le 18 sep­tem­bre 2015, soit le lende­main des arti­cles et reportages cités ci-dessus, l’Union démoc­ra­tique kurde syri­enne (PYD, prin­ci­pal par­ti kurde en Syrie) pub­li­ait un com­mu­niqué accu­sant Osama Abdul Mohsen d’être un mem­bre du Front al-Nos­ra, qui était à l’époque la branche syri­enne d’Al-Qaïda. « Osama Abdul a rejoint le groupe rebelle en 2011 et a com­mis des crimes con­tre les minorités civiles, y com­pris des Kur­des », affir­mait le PYD qui pub­li­ait égale­ment une cap­ture d’écran du compte Face­book de Mohsen où celui-ci revendi­quait début 2015, tou­jours selon le PYD, son sou­tien au Front al-Nos­ra.

Plusieurs médias kur­des relayaient cette infor­ma­tion passée sous silence par les grands médias européens, mais pas par la chaîne de télévi­sion russe Rus­sia Today, ni par le quo­ti­di­en en ligne espag­nol La Gac­eta et même cer­tains sites de la réin­fos­phère française. Autre élé­ment à charge avancé par les Kur­des, sa part de respon­s­abil­ité dans les répres­sions sanglantes con­tre les Kur­des après un match de foot à Kamesh­li en 2004. Des répres­sions qui avaient fait une cinquan­taine de morts. Une chaîne de télévi­sion iraki­enne, NRT, avait elle aus­si à l’époque émis un reportage reprenant les mêmes accu­sa­tions que les médias kur­des syriens à l’encontre d’Osama Abdul Mohsen.

Voilà donc une his­toire qui pour­rait faire gag­n­er quelques bobards d’or aux grands médias français qui se sont ren­dus coupables de graves men­songes par omis­sion. Car qu’Osama Abdul Mohsen soit coupable ou non des accu­sa­tions for­mulées à son encon­tre, le rôle des jour­nal­istes était de présen­ter l’ensemble des infor­ma­tions le con­cer­nant, et non pas unique­ment celles qui étaient con­formes à la pro­pa­gande en faveur de l’accueil des réfugiés. Et leur rôle serait encore d’assurer aujourd’hui un suivi et d’informer leurs lecteurs/auditeurs que ce célèbre réfugié syrien a per­du son tra­vail faute d’avoir com­mencé à appren­dre l’espagnol, puisque leur célèbre exem­ple d’intégration réussie s’est trans­for­mé, au moins pro­vi­soire­ment, en exem­ple d’intégration ratée.

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