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[Dossier] Les médias allemands sont-ils plus sérieux qu’en France ? L’exemple Trump

7 août 2017

Temps de lecture : 5 minutes
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[Dossier] Les médias allemands sont-ils plus sérieux qu’en France ? L’exemple Trump

7 août 2017

Temps de lecture : 5 minutes

[Red­if­fu­sions esti­vales 2017 – arti­cle pub­lié ini­tiale­ment le 03/05/2017]

Traitement médiatique de Donald Trump en France et en Allemagne : le niveau dérisoire de médias français d’une futilité intersidérale offre un contraste saisissant avec celui de médias allemands encore restés largement sérieux et professionnels.

Non décidé­ment, Don­ald Trump n’a pas la cote dans les médias. Ni les médias améri­cains, ni les médias européens. Et ce pas plus Out­re-Rhin qu’en France. Pour­tant, il suf­fit d’examiner les gros titres de presse le con­cer­nant en France et en Alle­magne pour con­stater de très grandes dif­férences dans le traite­ment des ques­tions touchant au nou­veau prési­dent améri­cain, tant dans la forme que sur le fond des sujets abor­dés en priorité.

Ce qui frappe en effet à la con­sul­ta­tion des médias français, c’est la très faible place accordée aux sujets de fond par rap­port à l’espace démesuré voué aux petites phras­es, aux futil­ités, aux mesquiner­ies, aux ragots de concierges, aux sujets extraits des caniveaux et aux petites his­toires com­plète­ment en marge des enjeux du siè­cle, alors même qu’il sem­ble bien que l’histoire, la grande, avance à grands pas en Amérique et par con­séquent dans le monde. Or il sem­ble que la volon­té la plus élé­men­taire d’informer sérieuse­ment et de son­der les grands événe­ments de l’époque ait com­plète­ment déserté des médias français con­cen­trés entre quelques mains large­ment liées au pou­voir, sans aucun plu­ral­isme, et qui ne vivent plus de leurs lecteurs ou spec­ta­teurs, mais surtout des sub­ven­tions d’État — avec la dépen­dance poli­tique et l’absence de plu­ral­isme que cela implique.

Une erreur dans la date d’anniversaire de sa femme…

Le Monde titrait ain­si encore le 22 avril dernier « La journée de Don­ald Trump : le prési­dent prédit des sur­pris­es à venir… », qui expo­sait la pré­dic­tion par ce dernier de grands change­ments poli­tiques en France dans le sil­lage de la prési­den­tielle. Le 28 avril, c’est l’ascension silen­cieuse dans le cer­cle des con­seillers du prési­dent du gen­dre de Trump, Jared Kush­n­er, qui préoc­cu­pait ce ténor sup­posé de la presse quo­ti­di­enne française. Le 29 avril était cen­tré sur la poli­tique envi­ron­nemen­tale cen­sé­ment désas­treuse de Trump (« Trump et l’environnement : la grande casse »). Le 30 avril, les pro­je­teurs étaient braqués sur la non-paru­tion du prési­dent à la journée des cor­re­spon­dants de la Mai­son Blanche : « Nous ne sommes pas des fake news, la presse de Wash­ing­ton répond aux attaques de Trump ». Mais on a con­nu plus trash : c’est ain­si qu’en décem­bre 2016, Le Monde Diplo­ma­tique con­sacrait car­ré­ment tout un dossier aux trou­bles men­taux sup­posés du prési­dent (« Tri­om­phe du style para­noïaque »).

Un thème égale­ment abor­dé par LCI sous une manchette en gros car­ac­tères d’imprimerie : « Anti­so­cial, nar­cis­sique, machiste ? La san­té men­tale de Don­ald Trump inquiète des psy­chi­a­tres améri­cains ».

Mais c’est surtout le vague à l’âme sup­posé de sa dernière épouse Mela­nia, de 23 ans sa cadette, qui a beau­coup enflam­mé les médias français tout récem­ment. France Inter expo­sait ain­si il y a peu ses soucis : « La femme du prési­dent améri­cain, Mela­nia Trump appa­raît de plus en plus dis­tante, effacée et loin du pou­voir. À tel point que le hash­tag Sauvez Mela­nia est né ». Le Huff­in­g­ton Post quant à lui, por­tait le 28 avril 2017, en col­lab­o­ra­tion avec Le Monde, la gravis­sime infor­ma­tion suiv­ante à l’attention du pub­lic : « Don­ald Trump fait une erreur dans le tweet d’an­niver­saire à sa femme ». Gala avait déjà rap­porté le 22 avril 2017 que Don­ald Trump se « com­por­tait comme un gou­jat avec sa femme ».

Il est très dif­fi­cile, en France, ne fût-ce que de s’informer dans les médias des mesures con­crètes pris­es par Trump selon leur cal­en­dri­er. Pra­tique­ment aucun média ne sonde raisonnable­ment les ten­ants et aboutisse­ments des mesures pris­es par Trump, tant les jour­nal­istes français sont obsédés par la volon­té exclu­sive de prêch­er, de for­mater les esprits, de laver les cerveaux…

Les médias allemands continuent d’informer sur les faits

Le son de cloche est très dif­férent du côté des médias alle­mands. C’est ain­si que le con­ser­va­teur et libéral Frank­furter All­ge­meine Zeitung étab­lis­sait le 28 avril dernier, sur un ton certes cri­tique, mais tout de même infor­matif et factuel (« Trump a été rat­trapé par la dure réal­ité »), la liste pré­cise de l’ensemble des mesures pris­es par Trump au cours de ses trois pre­miers mois de man­da­ture. Le très social-démoc­rate Süd­deutsche Zeitung exam­i­nait quant à lui le 27 avril 2017, sous un titre encore plus neu­tre « Les déci­sions les plus impor­tantes de Don­ald Trump », le détail des déci­sions poli­tiques pris­es par le prési­dent améri­cain énumérées selon leur cal­en­dri­er d’entrée en vigueur, avec leur descrip­tion com­plète. La cri­tique – au sens noble du terme – était réservée le même jour à un autre arti­cle séparé « 100 jours de Trump : quel bilan ? ». Die Welt avait déjà, le 18 févri­er 2017, exploré les con­séquences pos­si­bles de la poli­tique de Trump avec une cer­taine ratio­nal­ité incon­nue en France. Die Zeit expo­sait quant à lui le 23 avril le record d’impopularité du nou­veau prési­dent. Il avait déjà, le 20 avril, retracé l’historique pré­cis des trois pre­miers mois de prési­dence de Trump. Factuelle­ment. Le Stern expo­sait le 20 avril l’historique de la poli­tique nord-coréenne du président.

Il existe en Alle­magne une presse à sen­sa­tions (la « Boule­vard­presse »), qui abor­de avec délice les cham­bres à couch­er, toi­lettes, débor­de­ments divers et autres états d’âmes des grands de ce monde. C’est elle qui traite du malaise sup­posé affec­tant le cou­ple Trump ou ses rela­tions avec son ex-femme, ses gen­dres et ses enfants, ou qui explorent encore les som­bres recoins de son âme.

Les ténors de la grande presse ne le font pas : en dépit de la faible sym­pa­thie qu’ils éprou­vent pour Trump, ils n’abandonnent jamais leur pro­fes­sion­nal­isme et leur déon­tolo­gie, en infor­mant pré­cisé­ment de la poli­tique factuelle­ment suiv­ie par le prési­dent améri­cain, quitte à cri­ti­quer – avec des argu­ments incon­nus en France – cette même poli­tique dans des arti­cles séparés de ceux stricte­ment infor­mat­ifs et factuels (FAZ, SZ). Die Welt réflé­chit réelle­ment à l’impact à long terme que pour­rait avoir sur l’évolution future du monde le change­ment de par­a­digme que représente l’entrée de Trump à la Mai­son Blanche. Il n’y a rien de tel en France.

On peut, on doit regret­ter que les médias alle­mands soient unanime­ment anti-Trump et qu’il manque ici, pour respecter totale­ment l’esprit de la démoc­ra­tie, de média ouverte­ment pro-Trump. C’est ce à quoi ser­vait dans le temps le BILD Zeitung, haï des intel­lectuels en général et de la gauche en par­ti­c­uli­er, mais plébisc­ité par des mil­lions de lecteurs. La mort d’Axel Springer, ce libéral de droite dure, pro-améri­cain, farouche­ment anti­com­mu­niste et anti-intel­lectuels, sem­ble avoir lais­sé le jour­nal orphe­lin. Nul doute que celui qui était hier le cham­pi­on du poli­tique­ment incor­rect, pour­fend­eur des uni­ver­si­taires et défenseur acharnés des « beaufs » alle­mands pleins de bon sens con­tre les intel­lectuels aux idées aus­si bril­lantes que com­plète­ment loufo­ques, aurait choisi ce camp. Ses suc­cesseurs ont mis beau­coup trop d’eau dans leur vin, et le plu­ral­isme des médias alle­mands s’en ressent.

Mais force est de con­stater que les médias alle­mands, qui ne sont pas aus­si con­cen­trés que leurs homo­logues français en dépit de l’existence de quelques grands groupes, qui sont bien plus indépen­dants et ont infin­i­ment plus de lecteurs et d’auditeurs que leurs homo­logues français et ne perçoivent aucune sub­ven­tion, affichent un sérieux, un pro­fes­sion­nal­isme et une déon­tolo­gie com­plète­ment incon­nus en France.

En France, comme nous le disions au début de notre arti­cle, l’ensemble des grands médias sem­ble vouer son activ­ité aux petites phras­es, aux futil­ités, aux mesquiner­ies, aux ragots de concierges, aux sujets extraits des caniveaux et aux petites his­toires com­plète­ment en marge des enjeux du siè­cle. La dif­férence entre ces médias et la presse à sen­sa­tion est à peine per­cep­ti­ble. Le récent traite­ment des élec­tions prési­den­tielles l’a encore une fois démon­tré de façon véhé­mente, tant les « affaires » ont com­plète­ment bal­ayé les pro­grammes des prompteurs.

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