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Un coup d’œil aux dernières publications

Quand Samuel Laurent des Décodeurs du Monde ment comme un arracheur de dents

Vous con­nais­sez le slo­gan des arracheurs de dents ? « ça ne vous fera pas mal ». Vous con­nais­sez Les Décodeurs. Ils sont comme les arracheurs de dents qui vous empor­tent la moitié de la mâchoire sous pré­texte d’un début de carie. Un exem­ple de gen­cive abimée dans Le Monde du 7 décem­bre 2018 sous la sig­na­ture de Samuel Lau­rent sur le « Pacte migra­toire de l’ONU ; itinéraire d’une intox ». On désosse avec pré­cau­tion.

Pacte mondial pour les migrations : fantasme de gilets jaunes ou péril réel, qu’en disent les médias ?

Les 10 et 11 décem­bre 2018, les pays mem­bres de l’Organisation des Nations Unies ont été invités à sign­er à Mar­rakech un « Pacte mon­di­al pour les migra­tions ». Il s’agit selon l’ONU du « pre­mier accord négo­cié entre gou­verne­ments, des­tiné à cou­vrir toutes les dimen­sions des migra­tions inter­na­tionales à tra­vers une approche glob­ale et exhaus­tive ». Glob­ale­ment, l’objectif de l’accord est de mieux organ­is­er les migra­tions, légales et clan­des­tines, qui seraient un phénomène naturel et inéluctable. Le sujet a mis en émoi cer­tains gilets jaunes, au grand dam de nom­breux jour­nal­istes. Nous en avons relevé les ver­ba­tim.

Une Nouvelle Librairie de droite au Quartier latin, appel à l’émeute de L’Express

L’ouverture d’une nou­velle librairie cat­a­loguée « à droite » en plein cœur du Quarti­er latin au 11 rue de Médi­cis dans le VIe arrondisse­ment peut con­stituer un petit événe­ment en soi. Une inau­gu­ra­tion qui a été suiv­ie par les médias, de divers­es manières comme on le ver­ra. Un pub­lic qui s’intéresse au jour­nal­isme doit s’intéresser aus­si au monde de l’édition et de la librairie. Nous avons demandé à François Bous­quet, gérant de La Nou­velle Librairie de nous en dire plus.

Quand Samuel Laurent des Décodeurs du Monde ment comme un arracheur de dents

Vous connaissez le slogan des arracheurs de dents ? « ça ne vous fera pas mal ». Vous connaissez Les Décodeurs que nous avons analysés fin 2014 ici et en vidéo mi 2017 là. Ils sont comme les arracheurs de dents qui vous emportent la moitié de la mâchoire sous prétexte d’un début de carie. Un exemple de gencive abimée dans Le Monde du 7 décembre 2018 sous la signature de Samuel Laurent sur le « Pacte migratoire de l’ONU ; itinéraire d’une intox ». On désosse avec précaution.

Précisions méthodologiques

Il ne vien­dra jamais à un esprit sen­sé de croire la total­ité de ce qui se peut s’écrire ou se représen­ter sur inter­net. Depuis la présence des rep­tiliens par­mi nous, l’existence de l’amant caché du pape ou l’influence des infox des lapons sur le Brex­it. Il va de soi que sur le pacte migra­toire voulu par l’ONU, de nom­breuses inex­ac­ti­tudes ont été avancées sur les réseaux soci­aux. Non, Emmanuel Macron – qui a déjà bien des soucis – ne démis­sion­nera pas le lende­main de la sig­na­ture du pacte pour laiss­er les pleins pou­voirs à l’ONU. Non, l’ONU « ne prévoit pas l’arrivée de 480 mil­lions de migrants pour détru­ire l’Europe », elle se con­tente d’en pré­par­er les con­di­tions morales et sym­bol­iques ain­si que de pro­pos­er les cadres néces­saires pour élim­in­er morale­ment et poli­tique­ment ceux et celles qui auraient l’idée odieuse de ne pas envis­ager cette per­spec­tive avec ravisse­ment. Mais ren­trons dans le vif du sujet.

Théorie conspirationniste

Vous pensez autrement que Les Décodeurs ? Mal­heureux, vous tombez dans la con­spir­a­tion comme l’annonce le sous-titre de l’article « Le pacte mon­di­al pour des migra­tions sûres est à la base d’une théorie con­spir­a­tionniste très pop­u­laire chez les gilets jaunes ». Fichtre !

Pré­cisons que le pacte n’est pas un traité, il a été « adop­té » les 10 et 11 décem­bre lors d’une grand messe onusi­enne à Mar­rakech à laque­lle Emmanuel Macron et Édouard philippe se sont bien gardés de se ren­dre, y dépêchant le très obscur Secré­taire d’État aux Affaires Étrangères Jean-Bap­tiste Lemoyne. Le texte sera sans doute voté défini­tive­ment et sans de nom­breux pays (le dernier réfrac­taire étant le Brésil) le 19 décem­bre 2018 à New-York, siège de l’ONU. Mais que con­tient ce fameux pacte ?

Com­mençons par son inti­t­ulé « Le pacte mon­di­al des Nations-Unies pour des migra­tions sûres, ordon­nées et régulières ». Le doux Samuel pré­cise « une déc­la­ra­tion de portée sym­bol­ique, réaf­fir­mant un cer­tain nom­bre de stan­dards, mais ne com­por­tant aucune oblig­a­tion en matière d’accueil ». Reprenons le titre et le dernier adjec­tif, régulières. Réguli­er dit notre Lit­tré (édi­tion 1874) « con­forme aux règles naturelles, con­forme aux règles naturelles, con­forme aux règles de la morale ». Réguli­er dans le sens com­mun c’est aus­si ce qui revient régulière­ment, ce qui est habituel, ce qui est inéluctable. Gen­til Samuel souligne le car­ac­tère non con­traig­nant sur le plan juridique mais ajoute tout de suite que le texte « ajoute quelques déc­la­ra­tions de principe affir­mant que les migra­tions sont un phénomène inévitable et qui a des aspects posi­tifs ». Inévitable, le mot est lancé. Cela ne vous rap­pelle rien ? Mar­garet Thatch­er TINA There is no alter­na­tive (il n’y a pas d’alternative – au néo libéral­isme thatch­érien — voulait-elle dire). Une portée « sym­bol­ique » qui devient en rai­son pra­tique nor­ma­tive. Les Européens sont con­damnés aux migra­tions comme le forçat était con­damné au bagne de Cayenne.

Reprenons le mot « stan­dard » et le Robert d’Alain Rey, dic­tio­n­naire his­torique de la langue française (édi­tion de 1992) « Stan­dard… par analo­gie a pris le sens de ren­dre con­forme à un mod­èle social stan­dard ». Il s’agit bien de ren­dre con­formes les nations subis­sant l’invasion migra­toire, de les stan­dard­is­er. Reprenons aus­si le mot « principe » et notre Lit­tré, « principe… orig­ine, cause pre­mière… ce qui opère comme un principe, propo­si­tion que l’esprit admet comme un point de départ, règle de con­duite ». Même orig­ine que prin­ceps, prince, ce qui vient en pre­mier. Ces principes sont donc un point de départ, des règles, qui doivent déter­min­er la con­duite pra­tique des sig­nataires et être suiv­is d’effet.

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Samuel Lau­rent

Les principes et les standards contre la liberté d’expression

L’ami Samuel con­state que cer­tains aspects du pacte sont mis en avant par les « détracteurs du doc­u­ment, sou­vent défor­més, et décon­tex­tu­al­isés, car­i­cat­u­rant ce pacte … (qui inclu­rait) l’obligation pour les médias de dire du bien de l’immigration etc ». Lisons l’avis de l’historien du droit Jean-Louis Harouel (Le Figaro du 11 décem­bre 2018) :

Le pacte con­sid­ère que le débat pub­lic doit néces­saire­ment « amen­er le pub­lic à con­sid­ér­er les effets posi­tifs qu’ont des migra­tions sûres, ordon­nées et régulières »… Par con­séquent, le débat pub­lic auquel le pacte se dit attaché n’est pas libre. D’ailleurs ce doc­u­ment pré­conise aux Etats de couper les sub­ven­tions aux médias dif­fu­sant des dis­cours jugés xéno­phobes et intolérants. Or, un jour­nal qui pub­lierait des faits con­tre­dis­ant le dogme du car­ac­tère néces­saire­ment bien­faisant des phénomènes migra­toires serait aus­sitôt accusé d’être xéno­phobe et intolérant. Le pacte con­tribue donc à restrein­dre la lib­erté d’expression et de pen­sée, déjà men­acée dans les pays occi­den­taux. Il veut instau­r­er une vérité offi­cielle. (les mots soulignés sont de la rédac­tion).

Ce que le cama­rade Samuel appelle « encour­ager une cou­ver­ture médi­a­tique objec­tive de ces ques­tions », c’est la cen­sure sous toutes ses formes, finan­cière incluse. Anas­tasie aux longs ciseaux, l’opprobre moral suivi de la con­damna­tion par les tri­bunaux, et enfin la sanc­tion économique. Resteraient en lice les médias offi­ciels sub­ven­tion­nés par vos impôts (aide directe au Monde en 2016 : plus de 5M€) ou par le secteur privé (le Decodex a été financé par Google). Samuel Lau­rent sait tout cela, nous lui accor­dons bien volon­tiers les béné­fices de l’intelligence et des sources d’information. C’est pourquoi nous pou­vons affirmer sa par­en­té avec nos anciens arracheurs de dents.

Le pacte agi­ra par effet de cli­quet, voyons com­ment. Comme le sig­nale un peu plus loin dans son entre­tien Jean-Louis Harouel, les recom­man­da­tions du pacte vont con­stituer un moyen de pres­sion sur les poli­tiques gou­verne­men­tales, des mil­i­tants favor­ables à l’immigration vont s’en empar­er, des avo­cats se réclameront du texte auprès des tri­bunaux. Ajou­tons que cer­tains jour­nal­istes bien inten­tion­nés (ceux qui sont financés par Google ?) dénon­ceront leurs con­frères, alert­eront les réseaux soci­aux sur les con­trevenants, deman­deront l’asphyxie finan­cière de leurs adver­saires. Au nom des bonnes inten­tions, en se référant à un texte inter­na­tion­al : ce n’est pas moi qui le demande Mon­sieur le Juge, c’est le pacte de l’ONU, un principe moral et mon­di­al. Le tout comme l’écrit (sans rire) le pacte en soulig­nant son attache­ment à la lib­erté d’expression.

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Complotisme, censure, autocensure

Tor­dons le cou à quelques canards hiver­naux : non, l’ONU n’a pas téléphoné à Samuel Lau­rent pour lui com­man­der son arti­cle. Non, Xavier Niel ou Math­ieu Pigasse ne lui ont pas envoyé un cour­riel pour lui en indi­quer le ton. Ce serait ridicule de le penser et surtout ces démarch­es sont par­faite­ment inutiles, Samuel Lau­rent n’a besoin de per­son­ne pour men­tir. Il le fait de lui-même, spon­tané­ment. Il con­naît les « valeurs » et la soci­olo­gie du Monde et de ses pro­prié­taires : la mon­di­al­i­sa­tion heureuse, le char­mant monde libéral lib­er­taire, l’entre soi cul­turel, économique et social. L’immigration « cool » dans les beaux quartiers et les immi­grés pour les gilets jaunes. Il y adhère sans doute sincère­ment, il y trou­ve un intérêt moral comme pro­fes­sion­nel. Irait-il à l’encontre, il ris­querait la décon­sid­éra­tion des ses pairs et peut-être plus.

Ajou­tons que Samuel Lau­rent ou Les Décodeurs ne mentent pas tout le temps, pour une sim­ple rai­son d’efficacité. La pra­tique du men­songe exige de la mesure, des pré­cau­tions, du doigté, pour ven­dre le pacte pour les migra­tions par exem­ple. Le men­songe pour pro­duire un effet doit se trou­ver noyé dans d’autres nou­velles, celles là véri­fiées. Dans la société du spec­ta­cle le vrai devient un moment du faux, dis­ait le regret­té Guy Debord. Amen.

Pacte mondial pour les migrations : fantasme de gilets jaunes ou péril réel, qu’en disent les médias ?

Les 10 et 11 décembre 2018, les pays membres de l’Organisation des Nations Unies ont été invités à signer à Marrakech un « Pacte mondial pour les migrations ». Il s’agit selon l’ONU du « premier accord négocié entre gouvernements, destiné à couvrir toutes les dimensions des migrations internationales à travers une approche globale et exhaustive ». Globalement, l’objectif de l’accord est de mieux organiser les migrations, légales et clandestines, qui seraient un phénomène naturel et inéluctable. Le sujet a mis en émoi certains gilets jaunes, au grand dam de nombreux journalistes. Nous en avons relevé les verbatim.

Un enjeu en Belgique, un épiphénomène en France

Dans les jours précé­dant la sig­na­ture de cet accord, les médias français se sont fait assez dis­crets sur le sujet. Pour­tant, chez nos voisins belges, les médias locaux font état de débats enflam­més qui men­a­cent la sta­bil­ité du gou­verne­ment. La Libre Bel­gique nous explique le 4 décem­bre que « le gou­verne­ment est plus divisé que jamais sur le Pacte de l’ONU sur les migra­tions ». Le quo­ti­di­en belge indique qu’un par­ti de la coali­tion au pou­voir, le N-VA a présen­té le texte onusien comme une « ligne rouge », ce qui fait réa­gir les autres par­tis de la coali­tion. A tel point que la chute du gou­verne­ment est évo­quée par le site Sudinfo.be.

Pen­dant ce temps, en France, la prin­ci­pale préoc­cu­pa­tion de nom­breux médias au sujet de l’accord est de tor­dre le cou aux rumeurs que propageraient les « pop­ulistes » et autres gilets jaunes. Les médias qui relaient des posi­tions opposées à la sig­na­ture de l’accord sont par con­tre en nom­bre lim­ité. Ceci bien qu’un récent sondage mon­tre l’opposition de la majorité des français à de nou­velles vagues d’immigration. Une nou­velle tra­duc­tion du décalage exis­tant entre une cer­taine médi­acratie et le reste de la pop­u­la­tion.

En France, une obsession : la chasse aux « idées fausses »

BFMTV a une préoc­cu­pa­tion : rétablir la vérité au sujet de cet accord. Un arti­cle sur le site de la chaine titre : « Migrants: qu’est-ce que le pacte de Mar­rakech qui agite une par­tie des gilets jaunes ? ». Dès le sous-titre, nous sommes ras­surés : « Ce texte sur les migra­tions que doit rat­i­fi­er Emmanuel Macron le 10 décem­bre prochain entend pour­tant respecter la sou­veraineté de chaque sig­nataire ».

Sur France Inter égale­ment, l’heure est à la « ré-infor­ma­tion » : le 4 décem­bre, un reportage est con­sacré à ces « folles rumeurs » au sujet de l’accord. Lors du jour­nal de 19 heures le 5 décem­bre, le rôle des réseaux soci­aux au sein des gilets jaunes est évo­qué, qui con­tribueraient à faire courir des rumeurs infondées.

Le Parisien, comme sou­vent, veut cor­riger les « idées reçues » : « Immi­gra­tion mas­sive» et «pleins pou­voirs» : que dit vrai­ment le pacte de l’ONU sur les migra­tions ? ». « La copie du pro­jet du doc­u­ment final pub­lié en juil­let dernier, ne com­porte aucune men­tion d’une quel­conque trans­mis­sion de pou­voirs ou de com­pé­tences. Pour cor­riger les « idées reçues », le quo­ti­di­en apporte l’éclairage de Gaë­tan Gorce, chercheur à l’Iris. Et acces­soire­ment ancien col­lab­o­ra­teur du Prési­dent F. Mit­ter­rand, comme indiqué sur sa bio sur le site de l’Iris.

France Info ne déroge pas à la ten­dance, dans un mimétisme digne d’un banc de pois­sons : « “Chaos total”, “rem­place­ment des peu­ples” : trois ques­tions sur le pacte de Mar­rakech, qui affole cer­tains “gilets jaunes” ». Heureuse­ment, « France info fait le point ». C’est donc en toute objec­tiv­ité que l’on apprend que « le doc­u­ment est non con­traig­nant ». Pour nous éclair­er, la chaine publique de radio fait appel à Matthieu Tardis. Un chercheur au Cen­tre migra­tions et citoyen­netés de l’Institut français des rela­tions inter­na­tionales (Ifri) qui s’inquiétait dès le mois de juin dans Ouest-France des « “mesures d’exception” envis­agées par l’Europe pour gér­er les flux de migrants » et qui esti­mait que l’Europe ne vivait pas de crise migra­toire.

La Voix du Nord veut égale­ment com­bat­tre les idées fauss­es : « Con­traire­ment à cer­taines idées et rumeurs relayées sur la toile, ce texte ne met­tra pas à mal la sou­veraineté des états. Et pour cause, le pacte a une valeur non-con­traig­nante ».

L’Express se veut ras­sur­ant : il donne la parole à un ambas­sadeur mex­i­cain : « Le Pacte mon­di­al n’imposera rien à per­son­ne, mais il pro­pose des solu­tions ».

L’Agence France Presse, qui sur son site indique être « une agence d’information mon­di­ale four­nissant une cou­ver­ture rapi­de, véri­fiée et com­plète », con­sacre deux « fastchecks » (véri­fi­ca­tion des faits) afin de mon­tr­er l’accord sous un jour favor­able : le 28 novem­bre, pour pré­cis­er que « le pacte migra­toire de l’ONU ne retire pas sa sou­veraineté au Cana­da », et le 5 décem­bre pour dire la même chose pour la France.

Une pos­ture qui est égale­ment celle du Min­istère des Affaires étrangères qui nous explique laborieuse­ment sur son site com­ment démêler « le vrai du faux ». Une vraie boite à out­il qui n’a pas été inutile. Quand l’information offi­cielle et celle des médias se rejoignent…

Cer­tains titres de la presse économique étrangère se joignent à l’unanimisme ambiant. Le jour­nal des mil­liar­daires Forbes estime que « l’opposition à l’accord sur les migra­tions est juste du bruit et de la fureur ». Tan­dis que l’agence de ser­vices aux marchés financiers Bloomberg affirme que « la con­tro­verse à pro­pos de l’accord mon­tre des politi­ciens plus préoc­cupés du buzz que de la vraie poli­tique ».

Les opposants : le dernier bastion d’irréductibles

Peu de médias font état de points de vue opposés à l’accord sur les migra­tions ou don­nent la parole à des opposants à celui-ci. Par­mi ceux-ci, on peut citer le site Polemia, Breizh Info, RT France, Gate­stone Insti­tute, Boule­vard Voltaire.

La chaine TV Lib­ertés évoque le 21 novem­bre « l’hostilité gran­dis­sante » à cet accord. « L’objectif est de faire en sorte que les migra­tions se déroulent le mieux pos­si­ble en garan­tis­sant une plus grande sécu­rité aux clan­des­tins et un meilleur accueil, com­pren­dre favoris­er l’immigration ».

Le Figaro donne la parole à des opposants à l’accord : l’historien du droit Jean-Louis Harouel estime que « cet accord, sous cou­vert de bons sen­ti­ments, est  un moyen de pres­sion sur les pays occi­den­taux ». Selon Eric Ciot­ti, on s’oriente vers « vers un droit à l’immigration oppos­able ». Yves Mamou affirme que « le Pacte de l’ONU sur les migrants va encour­ager l’immigration au lieu de l’encadrer ».

Sur le site de Valeurs actuelles, l’essayiste Alexan­dre Del Valle estime qu’avec cet texte, « le « migrant » cesse d’être un indi­vidu respon­s­able capa­ble d’être hon­nête ou mal­hon­nête, éli­gi­ble ou pas, mais un « crédi­teur » par essence dont les droits seraient inverse­ment pro­por­tion­nels aux devoirs du débi­teur occi­den­tal ».

La liberté d’expression en question

L’article 17 de l’accord prévoit que les sig­nataires s’engagent à « encour­ager un débat fondé sur l’analyse des faits afin de faire évoluer la manière dont les migra­tions sont perçues ». On peut voir dans cette seule phrase le par­ti pris des pro­mo­teurs de l’accord : « l’analyse des faits » ne pour­rait que con­duire à un bilan posi­tif de l’immigration. La lib­erté d’expression des médias n’étant pas suff­isante pour faire accepter ce pos­tu­lat, il y a lieu de « faire évoluer la manière dont les migra­tions sont perçues ». L’article 10 va plus loin : il faut « démon­ter les dis­cours trompeurs qui don­nent une image néga­tive des migrants ». L’alinéa C de l’article 17 prévoit « l’institution de normes déon­tologiques » pour les jour­nal­istes et des mesures de rétor­sion (fin des aides publiques). Gare aux jour­nal­istes qui s’écarteront du prêt à penser immi­gra­tionniste. Au-delà des sub­ven­tions déjà ver­sées par l’Union Européenne pour récom­penser les « bonnes pra­tiques », c’est main­tenant le bâton qui est bran­di par l’ONU pour les récal­ci­trants.

Le point com­mun aux titres de presse et com­men­taires de radios publiques d’information favor­ables à l’accord est leur posi­tion défen­sive. Il s’agit de démon­ter les argu­ments des opposants à l’accord. Celui-ci ne présen­terait que des avan­tages et ne serait pas « con­traig­nant ». En quoi con­siste alors l’enjeu pour les représen­tants des pays d’apposer leur sig­na­ture sur un accord com­por­tant pas moins de 54 engage­ments ? Les réso­lu­tions de l’accord n’ont-elles pas voca­tion à être tran­scrites en droit nation­al et mesures pris­es par les gou­verne­ments ? Sinon, à quoi bon deman­der une sig­na­ture des Etats ? Un para­doxe évi­dent qui laisse de mar­bre de nom­breux médias.

Nous lais­serons la con­clu­sion à Syl­vain Tes­son qui écrivait récem­ment « l’exilé a été érigé dans l’inconscient européen en arché­type de la détresse suprême. Une mys­tique du « déplace­ment » s’est insti­tuée en nous. Elle est davan­tage célébrée que l’éthique de la résis­tance ou l’esthétique ulyssi­enne du retour ». Comme on l’a vu, dans leur majorité, de nom­breux médias entre­ti­en­nent large­ment cette « mys­tique » et ce prisme défor­mant. La pro­mo­tion de l’accord sur le pacte sur les migra­tions en est un nou­v­el exem­ple.

Une Nouvelle Librairie de droite au Quartier latin, appel à l’émeute de L’Express

L’ouverture d’une nouvelle librairie cataloguée « à droite » en plein cœur du Quartier latin au 11 rue de Médicis dans le VIe arrondissement peut constituer un petit événement en soi. Une inauguration qui a été suivie par les médias, de diverses manières comme on le verra. Un public qui s’intéresse au journalisme doit s’intéresser aussi au monde de l’édition et de la librairie. Nous avons demandé à François Bousquet, gérant de La Nouvelle Librairie de nous en dire plus.

L’Observatoire du jour­nal­isme : Une librairie de plus à Paris, qui se dit nou­velle comme le dit son inti­t­ulé La Nou­velle Librairie, mais quel est le car­ac­tère nova­teur de votre étab­lisse­ment ?

François Bous­quet : Le monde de la librairie à Paris his­torique­ment, c’est le Quarti­er latin. Ce petit périmètre abrite une des plus fortes den­sités de librairies en Europe et peut-être dans le monde. Nom­bre de ces librairies sont remar­quable­ment acha­landées, mais elles sont, au pire con­formistes dans le sens du poli­tique­ment cor­rect, au mieux dans une neu­tral­ité idéologique réti­cente à nos idées. Or, nos idées n’ont pas voca­tion à cir­culer sous le man­teau, comme une mal­adie hon­teuse. Être au Quarti­er latin pour une librairie intel­lectuelle anti­con­formiste, attachée à l’identité, aux fron­tières, au recours au peu­ple, c’est s’affirmer, s’afficher sans com­plexe. S’implanter dans un lieu aus­si sym­bol­ique, épi­cen­tre du pou­voir intel­lectuel, là où se for­ment quan­tité d’étudiants, c’est inve­stir intel­lectuelle­ment un ter­ri­toire.

La vérité, c’est que le gauchisme cul­turel libéral-lib­er­taire domine les médias, l’Université, les corps con­sti­tués. On peut par­ler d’un véri­ta­ble con­trôle social à tra­vers une rente de sit­u­a­tion. Que faire ? Se taire ? Au moment où nos thèmes sont au pre­mier plan partout, au moment où le recours au peu­ple – comme le mon­trent les gilets jaunes – signe le retour de la démoc­ra­tie réelle, nous devons nous affirmer tran­quille­ment, expos­er nos idées, nos livres, nos pub­li­ca­tions, nos auteurs.

J’ai employé le mot de ter­ri­toire. J’ajoute que la Nou­velle Librairie est un lieu vivant. Sig­na­tures chaque semaine, débats, apéri­tifs de dis­cus­sion, réu­nions de rédac­tion, nous voulons nous ouvrir à notre pub­lic, le faire par­ticiper, réfléchir et avancer avec lui.

Enfin, il ne faut pas oubli­er que qua­si 70 000 ouvrages sont pub­liés annuelle­ment. Com­ment s’y retrou­ver ? Rap­pelez-vous le Petit Poucet. Il sème ses petits cail­loux pour trou­ver son chemin. Nous sommes ce Petit Poucet qui sème ses petits cail­loux dans un envi­ron­nement édi­to­r­i­al hos­tile.

Cer­tains arti­cles de press­es ont salué (ou con­damné) votre ini­tia­tive, quelles ont été les réac­tions des dif­férents médias ?

Très vite nous avons été l’objet d’une fat­wa, d’une mise à l’index sous la plume de Jérôme Dupuis dans L’Express sous le titre « Une libraire d’extrême droite à l’assaut du Quarti­er latin ». Suivi d’une inci­ta­tion directe à l’ouverture de la chas­se à l’homme, je le cite : « La prox­im­ité immé­di­ate du Sénat avec ses policiers et ses caméras, dis­suadera-t-elle des activistes de van­dalis­er la librairie de la rue de Médi­cis ? ». C’est un tra­vail d’indicateur de la police de la pen­sée. J’ai reçu longue­ment ce mon­sieur qui se fait ensuite exé­cu­teur de jus­tice. En rai­son pra­tique, il con­voque des « activistes » (admirez l’euphémisme pour ne pas dire casseurs ou ter­ror­istes) qui pourraient/devraient « van­dalis­er », autrement dire la met­tre à sac. De tels procédés déshon­orent un peu plus les médias de grand chemin. Bien sûr Médi­a­part a repris l’article dix jours plus tard : entre policiers de la pen­sée, on se com­prend.

Vous avez été vic­times de ges­tic­u­la­tions pour vous impres­sion­ner, voire vous inter­dire, de quelle manière ?

L’appel au van­dal­isme de Jérôme Dupuis a été preste­ment enten­du. La façade a été dégradée dans la nuit même qui a suivi sa paru­tion, et le lende­main une bande dite d’« antifas » a essayé de nous intimider physique­ment en péné­trant dans la librairie.

Quelques jours plus tard à l’occasion de la venue d’Éric Zem­mour venu sign­er son livre Un des­tin français un pseu­do “Comité autonome” de la Sor­bonne avait appelé à man­i­fester et à inter­dire la sig­na­ture qui a du se faire sous pro­tec­tion poli­cière. Le 9 octo­bre, un groupe de 150 à 200 de ces « activistes » chers à L’Express ont débar­qué avec l’intention de « faire cramer » la librairie, ses employés et les clients. Ces derniers ont été exfil­trés par la police une heure plus tard. Une jour­nal­iste de l’AFP qui se trou­vait sur place n’a pas trou­vé bon de pub­li­er une dépêche, la cen­sure par le silence.

Les médias offi­ciels daubent sur les man­que­ments à la démoc­ra­tie en Russie ou en Hon­grie, mais passent sous silence ces faits. Une con­cep­tion élas­tique de la lib­erté d’expression. Volens nolens, nous sommes devenus mal­gré nous un sym­bole de la lib­erté d’écrire, d’éditer, de dif­fuser. Un côté posi­tif mal­gré tout : si nous sommes gênants pour le sys­tème et ses nervis oblig­és, c’est que notre com­bat intel­lectuel porte ses fruits.

Vous êtes égale­ment le rédac­teur en chef de la revue Éléments, allez-vous vous lim­iter aux auteurs et aux revues grav­i­tant autour de votre jour­nal et des idées de la Nou­velle Droite ?

L’essence de notre pro­jet c’est réu­nir, fédér­er, agréger. Nous voulons être un piv­ot, une plaque tour­nante du renou­velle­ment des idées sous le par­rainage entre autres d’Éléments, mais en faisant bon accueil à tous les dis­si­dents du Sys­tème. La Nou­velle Librairie a déjà noué quan­tité de parte­nar­i­ats, avec les édi­tions Pierre-Guil­laume de Roux, l’Institut Ili­ade… Il faut s’ouvrir, débat­tre, sor­tir des dis­putes de cours de récréa­tion, refuser l’entre soi et sus­citer des fécon­da­tions croisées. Glob­ale­ment, nos idées sem­blent domin­er le débat, mais c’est en par­tie une illu­sion d’optique, nous sommes cru­elle­ment privés de moyens de dif­fu­sion. Nous devons être à la fois Les Cahiers de la Quin­zaine de Péguy, les non-con­formistes d’avant-guerre, les édi­tions de la Table Ronde et Le Figaro Mag­a­zine quand il por­tait un débat intel­lectuel. De l’air, de l’air, ouvrons portes et fenêtres en grand aux auteurs, artistes, créa­teurs et bien enten­du aux lecteurs.

Vous êtes main­tenant ouverts depuis quelques mois, quelle est la réac­tion du pub­lic et quels sont vos pro­jets ?

Notre cible, ce sont les nou­velles généra­tions. Et ce sont elles qui fréquentent majori­taire­ment la Nou­velle Librairie. Nous voulons les réin­scrire dans une chaîne de savoir et de trans­mis­sion, leur dire qu’elles ne sont pas seules dans un océan de con­formisme uni­ver­si­taire, que le Quarti­er latin leur appar­tient de nou­veau, qu’elles ont une ances­tral­ité à faire val­oir et à dépous­siér­er. Et les clients sont là, par­fois venus spé­ciale­ment de province, trou­vant chez nous une nour­ri­t­ure intel­lectuelle et spir­ituelle con­sis­tante.

Le pro­jet en cours c’est la refonte com­plète de notre site Inter­net, un site vit­rine sym­pa­thique, mais insuff­isant. Nous avons un fond de livres d’occasion unique qui est dif­fi­cile­ment acces­si­ble, nous sommes en train de le numéris­er. Nous mul­ti­plions les sig­na­tures comme celles de Bernard Lugan le 11 décem­bre, de Slo­bo­dan Despot qui vien­dra présen­ter son Antipresse le 20 décem­bre et Pierre Jovanovic le same­di 22 décem­bre. Toutes les sig­na­tures ont lieu de 18h à 20h, sauf la dernière qui démar­rera à 15h, Noël oblige. De bonnes occa­sions pour vos cadeaux.

La Nou­velle Librairie, 11 rue de Médi­cis, 75006 Paris
Ouver­ture du mar­di au same­di 13h/20h
www.lanouvellelibrairie.com
Tél. : 01 42 01 83 73
Mail : contact@lanouvellelibrairie.fr

Accès par Métro Ligne 10 : arrêt Odéon
Accès par RER B : arrêt Lux­em­bourg

Promenades sur France Inter, conformisme assumé partout

Un lecteur malicieux (et peut-être un peu masochiste) nous signale régulièrement quelques saillies de la radio la plus conformiste de France. Nous nous sommes infligés une promenade sur deux jours de la matinale (et un peu plus) de la radio. Nous ne résistons pas au plaisir de donner quelques extraits.

Jeudi 6 décembre 2018, de Pierre Haski à Fabienne Sintes

Pierre Has­ki, arrivé à France Inter pour ser­vices ren­dus au poli­tique­ment cor­rect pen­dant plus de vingt ans à Libéra­tion, est tit­u­laire de la chronique de géopoli­tique. Il démarre en fan­fare à 8h16 avec l’Italie et « la Ligue d’extrême droite », sans not­er que son leader est l’homme poli­tique le plus pop­u­laire d’Italie. Claude Askolovitch, qui est du même hori­zon cul­turel, est lui tit­u­laire de la revue de presse vers 8h45. L’Observatoire avait pub­lié au print­emps 2018 une longue enquête sur le quo­ti­di­en com­mu­niste La Mar­seil­laise, qui devient sous la faconde de l’ami Claude un « quo­ti­di­en de gauche » et qui va citer sans désem­par­er Libéra­tion (pour faire plaisir à Pierre) les gauchistes CQFD et Mars­ac­tu sans oubli­er Les Inrocks, le jour­nal du patronat Les Echos fig­u­rant pour établir la bien con­nue symétrie des fauss­es fenêtres. En son temps, Fab­rice Le Quin­trec avait été mis au plac­ard par sa direc­tion pour avoir cité une fois le quo­ti­di­en nation­al catholique Présent. Une telle mésaven­ture n’arrivera pas à l’ami Claude.

Mais pour­suiv­ons notre prom­e­nade. Vers 18h15 une chronique (ou inter­ven­tion ponctuelle) de Fabi­enne Sintes Un jour dans le monde invite l’inévitable « expert » en l’espèce une experte label­lisée CNRS et Sci­ences Po, son nom est sans impor­tance, elle représente la caste uni­ver­si­taire. Le thème ? Le pro­to­cole sur les migra­tions élaboré par l’ONU et qui doit être signé le 10 décem­bre 2018 par la France (L’Observatoire y revien­dra le 12 décem­bre). Pour la chroniqueuse c’est « absol­u­ment for­mi­da­ble » et « frap­pé au coin du bon sens ». L’experte mai­son enfile ensuite les per­les, les con­tre­sens et les men­songes. Le men­songe, vous con­nais­sez ? Plus il est gros mieux ça passe. Le texte serait « anodin » (un peu trop anodin ? s’inquiètera Fabi­enne Sintes). C’est un « sim­ple cadre de coopéra­tion » qui per­me­t­tra aux « jour­nal­istes sérieux et aux chercheurs » de faire leur méti­er con­tre les dén­i­greurs de l’immigration « sou­vent d’extrême droite » et de com­bat­tre « les régimes d’exception dont sont vic­times les migrants » con­tre les « fake news ». Un jour­nal­iste sérieux c’est un jour­nal­iste immi­gra­tionniste de France Inter, n’en jetez plus la cour est pleine, nous y revien­drons en détail.

Vendredi 7 décembre, de Mathilde Munos à Sonia Devillers

Votre réveil sonne à 5h pour le 5/7 de Mathilde Munos. Vous vous ren­dormez et vous réveillez brusque­ment à 6h20 car Mathilde reçoit un type for­mi­da­ble : Marc Peschan­s­ki, du Téléthon, un homme de gauche « proche de Lutte Ouvrière ». Imag­inez une sec­onde que la jolie Mathilde reçoive Dupont, qui tra­vaille dans l’humanitaire, un homme de droite « proche des Iden­ti­taires ». Vous n’imaginez pas ? Nous non plus. À 7h15, les Unes de la presse nationale avec « une let­tre boulever­sante » parue dans Libéra­tion (si !) que Nico­las Demor­and a dirigé dans le passé. Remar­quons un lap­sus involon­taire et amu­sant de Nico­las par­lant – au lieu de par­lemen­taires – de par­lementeurs. À 7h23, un cer­tain Yael Goosz reprend le thème de la veille de Fabi­enne Sintes sur le pacte migra­toire. C’est à « pleur­er de rire » cette « hys­térie com­plo­tiste ». Un nou­veau fla­grant délit de men­songe, le men­songe à front de tau­reau pour para­phras­er Flaubert, le men­songe tran­quille comme ultime déon­tolo­gie. À 8h46, retour de Claude Askolovitch qui cite Libéra­tion deux fois, obéis­sance aux con­signes ou excès de zèle, nous ne nous pronon­cerons pas.

À 9h40, c’est l’Instant M de Sonia Dev­illers qui va inviter Céline Pigalle direc­trice de la rédac­tion de BFM (sou­venez vous du slo­gan prime­sauti­er de cer­tains gilets jaunes « BFM enculés ! »). Pleurs, larmes, per­son­ne ne nous aime car nous sommes incon­tourn­ables et puis­sants et pour­tant si ami­caux. Sourire com­plice de Sonia. En inter­lude nous aurons Xavier Dela­porte qui défendra ses cama­rades de BFM car « il n’y a pas d’image pure et par­faite », ce qui rap­pellera aux anciens étu­di­ants leurs cours sur la con­cur­rence pure et par­faite qui elle non plus n’existe pas. Décidé­ment rien n’est par­fait. Rap­pelons sim­ple­ment que c’est la même Céline Pigalle (alors chez Canal+ i>Télé) qui devant les Assis­es du jour­nal­isme de 2015 expli­quait docte­ment au sujet d’Éric Zem­mour que « cer­tains thèmes ne devaient pas être abor­dés et cer­taines expres­sions ne devaient pas être employées ». La même Céline qui avait mis fin en décem­bre 2014 à l’émission de débat de Zem­mour avec Nico­las Dom­e­n­ach sur la chaine qui sera con­damnée deux ans plus tard pour rup­ture abu­sive de con­trat. Elle est gen­tille Céline, elle doit bien s’entendre avec Sonia. Salut les filles.

Samedi 8 décembre, les gilets jaunes passaient à la télé en continu

Une « situation moins tendue, le samedi 8 décembre 2018, et pour cause, les forces de l’ordre étaient plus mobilisées que samedi dernier. Des affrontements limités et sporadiques se produisent encore, comme durant toute la journée, mais dans l’ensemble les choses se sont bien passées ». BFM, 18 heures, samedi 8 décembre. En France, « les choses sont sous contrôle » (18h03). Vraiment ?

8000 mem­bres des forces de l’ordre dans les rues de Paris, près de 90 000 dans l’ensemble de la France. En face ? Env­i­ron 30 000 gilets jaunes bon enfant, d’après les pre­miers chiffres des médias, puis rec­ti­fiés par le min­istère de l’Intérieur (autour de 130000) et de l’ordre de 100 à 200 « casseurs » dans cer­taines métrop­o­les du pays, dont Paris, Lyon, Bor­deaux et Mar­seille. Une « sit­u­a­tion sous con­trôle », c’est la sit­u­a­tion pour BFM, CNews et Fran­ce­in­fo.

Des gilets jaunes en continu

« La guerre de l’image a été gag­née par les forces de l’ordre », BFM. Same­di 8 décem­bre 2018, entre 9 heures de 19 heures, l’écoute en alter­nance de trois chaînes d’information en con­tinu ne man­quait pas d’intérêt. Glob­ale­ment, un seul dis­cours fondé sur peu d’axes :

- L’État, et donc le gou­verne­ment (Cas­tan­er tapait dans le dos des CRS dès 8 heures, sous l’œil énamouré des caméras de BFM) aurait repris le con­trôle de la sit­u­a­tion.

- Cette reprise de con­trôle de la sit­u­a­tion ressor­ti­rait de trois élé­ments :

  1. Le gou­verne­ment aurait été capa­ble de diriger les forces de l’ordre, selon de nou­velles méth­odes « offen­sives et effi­caces ».
  2. La dis­tinc­tion entre gilets jaunes et mil­i­tants casseurs a été organ­isée par le gou­verne­ment et les forces de l’ordre. Les gen­tils gilets jaunes, sous con­trôle sur « la plus belle avenue du monde », les casseurs pour­chas­sés et « poussés à reculer partout dans Paris » et ailleurs.
  3. L’ordre serait main­tenu en France.

Cela appelle plusieurs ques­tions :

  1. Pourquoi les forces de l’ordre n’ont-elles pas eu des ordres iden­tiques avant ?
  2. Étant don­nées les images depuis des semaines, y com­pris le same­di 8 décem­bre, con­sid­ér­er que la France est ordon­née est étrange : le monde entier voit des images qui n’existent nulle part ailleurs actuelle­ment, du moins dans les pays dits avancés, celle d’une cap­i­tale sujette à des émeutes et où il faut 8000 policiers et gen­darmes et des blind­és pour qu’un drame n’arrive pas.
  3. La réus­site des forces de l’ordre a ample­ment été pré­parée dans tous les médias, radio, télévi­sion et papi­er mêlés, depuis mer­cre­di 5 décem­bre, avec la réper­cus­sion d’étranges « infor­ma­tions » selon lesquelles une man­i­fes­ta­tion le 8 décem­bre entraîn­erait « des morts » et même une « men­ace » sur le prési­dent et les mem­bres du gou­verne­ment, sans compter les députés LREM « men­acés de mort »… Avec le recul, le main­tien de l’ordre, au vu des men­aces ter­ri­fi­antes annon­cées, ressem­ble à un tri­om­phe.

La néces­sité de plus de « péd­a­gogie » revient sans cesse dans la journée.

Pourquoi tant de bienveillance pour les casseurs, et si longtemps ?

Les forces de l’ordre ont affron­té des mem­bres de l’ultra-gauche, pas de doute là-dessus, regarder les images est sig­nifi­ant. Elles auraient aus­si affron­té des mem­bres de l’ultra-droite, sur ce plan les choses sont moins claires. Vers 13 heures, BFM, Fran­ce­in­fo et CNews repren­nent le direct avec gour­man­dise : « 40 mem­bres de l’ultra-droite entrent en scène près des Champs-Élysées ». Ensuite ? Plus rien. La casse est venue, comme il est d’usage de longue date, de mou­vances de la gauche rad­i­cale, se revendi­quant du « zadisme », ain­si qu’une ban­de­role accrochée place de la République pou­vait le mon­tr­er. Les mêmes indi­vidus qu’à Notre-Dame-des-Lan­des ou lors du blocage des uni­ver­sités. Peu de troupes à l’échelle du pays, iden­ti­fiées de longue date, agis­sant tou­jours selon les mêmes procé­dures. Si les casseurs apparte­naient à l’ultra-droite, dont il est régulière­ment répété dans les médias qu’elle men­ac­erait la République, ils seraient depuis longtemps sous les ver­rous, et leurs organ­i­sa­tions dis­soutes. Qui peut expli­quer pourquoi ver­rous et dis­so­lu­tions ne frap­pent pas ces black blocs et autres antifas ? Pourquoi peu­vent ils pro­fan­er la tombe du Sol­dat Incon­nu et don­ner au monde une telle image de la France, sans que de vraies mesures coerci­tives soient pris­es ? Silence des chaînes d’informations en con­tinu sur ce sujet.

Ils sont potaches ces jeunes des banlieues en survêtement

La réponse des médias de grand chemin est pour­tant sim­ple : il faut bien que jeunesse se passe. Les antifas sont des jeunes issus de la bour­geoisie bohème (par­fois enfants de jour­nal­istes ?) et les médias offi­ciels con­tin­u­ent à penser que la révolte « antifa » serait légitime. Une chose est cer­taine : les idéolo­gies à l’œuvre dans les mou­vances zadistes, issues de la gauche se dis­ant « antifa», provenant par­fois d’outre Atlan­tique, investis­sent toutes les strates de l’Éducation.

Ce point, aucun média ne l’évoque, sinon l’OJIM. La bien­veil­lance médi­a­tique, poli­tique et judi­ci­aire à l’égard des mem­bres de mou­vances de type « gauche antifa », celle qui con­sid­ère que la France pra­ti­querait par exem­ple un « racisme d’État » ou que tout être humain aurait le droit, naturel, de chang­er de sexe autant de fois qu’il le souhaite au cours de son exis­tence, vient du sim­ple fait que ces courants poli­tiques minori­taires nais­sent à l’intérieur de l’école et de la cul­ture. Un exem­ple ponctuel con­cret ? À 14h02, sur CNews il y a deux invités pour analyser les événe­ments : Ian Brossat, mem­bre du PCF et tête de liste de ce par­ti aux prochaines européennes, et un « expert des mou­ve­ments soci­aux », Syl­vain Boulouque, his­to­rien qui – pour con­forter une sorte de com­plot roy­al­iste – con­fon­dit le dra­peau de la Picardie et celui de la monar­chie le 2 décem­bre, en direct sur BFM, oblig­eant la chaîne à s’excuser ensuite. Mal­heureux his­to­rien et mal­heureuse chaîne.

La bien­veil­lance s’exerce dans les médias dom­i­nants vis-à-vis des mil­i­tants de gauche rad­i­cale, par prox­im­ité de vision du monde. Mais elle s’exerce aus­si vis-à-vis des casseurs de ban­lieue aux car­ac­téris­tiques eth­niques claires à l’image, casseurs de ban­lieue qu’une chaîne telle que BFM présente ain­si en début de soirée same­di 8 décem­bre :

« De plus en plus de jeunes en survête­ment qui s’impliquent physique­ment dans les affron­te­ments ».

Des « jeunes en survête­ment », l’euphémisme est char­mant. Un peu plus tard, sur Fran­ce­in­fo, les débats en appel­lent à ce que la con­fi­ance soit main­tenue envers les poli­tiques et les « élites », « sans quoi on tombe dans le pop­ulisme et on sait où cela nous a mené ». C’est repar­ti pour un tour de chauffe en uni­formes noirs ? Mais sans survête­ments, c’est promis.

Crédit pho­to : Night­Flight­ToVenus via Flickr (cc)

Le Monde publie des comptes un peu gris et Yann Barthès cache les siens

Le monde des médias ne comporte pas seulement des acteurs directs comme les sociétés de presse, les radios, les télévisions, les sociétés numériques mais aussi les sociétés de production qui les fournissent. Les fameuses « boîtes de prod », dont celle de Yann Barthès qui cache soigneusement ses bénéfices. Pour quelle raison ?

Le Monde en demi-teinte

Alors que la SEM, société éditrice du jour­nal (voir notre info­gra­phie ici) ne sait pas quelles seront les con­séquences de l’arrivée du Tchèque Daniel Kretinsky dans son tour de table, les comptes 2018 se présen­tent de manière morose.

Les comptes 2017 étaient pra­tique­ment à l’équilibre (moins d’1M€ de pertes pour 177M€ de chiffre d’affaires), ceux de 2018 dont une esquisse a été présen­tée au comité d’entreprise fin novem­bre 2018, seront moins présenta­bles. En cause la baisse de la pub­lic­ité numérique (générale pour tous les médias, les GAFA préemptent la valeur ajoutée). D’autant plus fâcheux que le nom­bre des abon­nés numériques dépasse désor­mais le nom­bre des abon­nés papi­er.

Si la dette four­nisseurs devrait dimin­uer, elle se situerait quant même autour de 70M€. Peu de sociétés pour­raient se per­me­t­tre de faire patien­ter ain­si ses four­nisseurs, Le Monde doit avoir de solides argu­ments pour obtenir leurs bonnes grâces.

Et Yann Barthès cache ses sous

Vous avez con­nu Le Petit Jour­nal de Canal+, vous con­nais­sez Quo­ti­di­en de TF1. Tous les deux ani­més par Yann Barthès. Et tous deux pro­duits par la société Bangu­mi où Barthès est asso­cié à Lau­rent Bon.

Les valeurs du pote Yann sont con­nues : la déri­sion, l’attaque pour tout ce qui pour­rait représen­ter le pop­ulisme, les iden­tités, la décence ordi­naire, un peu le monde des gilets jaunes. Et des valeurs bien cor­rectes ! Dont une en par­ti­c­uli­er, la belle et qua­si divin­isée trans­parence. LA TRANS-PA-REN-CE que dia­ble ! Les vilains pas pro­gres­sistes doivent mon­tr­er leurs dessous qu’on devine pas très pro­pres. Eh bien mon pote Yann ne pub­lie JAMAIS ses comptes. Depuis leur créa­tion, les sociétés Bangu­mi, Bangu­mi presse et Bangu­mi presta­tions n’ont JAMAIS PUBLIÉ LEURS COMPTES (source Let­tre A du 28 novem­bre 2018). Yann le pote pra­tique la trans­parence chez les autres et l’opacité chez lui. La prochaine fois que vous le voyez à l’écran, imag­inez le avec un nez de clown, ce sera ressem­blant.

PS : nous disions en 2014 ce que nous pen­sions du Grand Jour­nal qui abri­tait le petit en 2014, après avoir vu quelques émis­sions de Quo­ti­di­en notre diag­nos­tic est le même.

Pho­to : cap­ture d’écran page d’accueil bangumi.fr

Gilets jaunes : Claude Chollet, président de l’Observatoire, au micro de la radio polonaise radioWnet

Si les médias français de grand chemin se refusent à envisager leur part de responsabilité (mépris des mouvements populistes, entre soi affiché etc.) devant le mouvement de révolte des gilets jaunes, les médias étrangers sont interloqués devant la soudaineté, l’ampleur et la popularité des manifestations de colère.

Quelques expli­ca­tions par­tielles de Claude Chol­let, Prési­dent de l’Observatoire du jour­nal­isme, en direct le mar­di 4 décem­bre 2018 au micro de radioWnet.

Cette radio avait dépêché une équipe à Paris pour com­pren­dre sur place les évène­ments. Un entre­tien où les médias français et le poli­tique­ment cor­rect seront aus­si évo­qués. Entre 8’30″ et 28’40″. Pour les lecteurs et audi­teurs qui maîtrisent la langue polon­aise Radio Wnet, la radio pub­lie aus­si un men­su­el.

Julian Assange : les États-Unis veulent sa mort

Il y a quelques jours, nous répercutions l’appel au secours de la mère de Julian Assange, réfugié depuis 2012 à l’ambassade d’Équateur à Londres. Des nouvelles très récentes permettent de constater une aggravation de sa situation qui pourrait conduire au pire.

Révélation d’une inculpation américaine

Nul ne savait avant le 16 novem­bre 2018 si Assange était véri­ta­ble­ment inculpé aux États-Unis. Un pro­cureur de l’État de Vir­ginie, suite à une erreur admin­is­tra­tive, a levé le voile. Le pro­cureur explique que l’inculpation doit rester secrète, même si cela porte atteinte aux droits de la défense « L’acte d’accusation, les déc­la­ra­tions sous ser­ment venant l’appuyer, le man­dat d’arrêt, ain­si que la présente motion et le pro­jet d’injonction doivent rester secrets jusqu’à ce qu’Assange soit appréhendé (…), et qu’il ne puisse donc plus se sous­traire à l’arrestation et à l’extradition. »

Le secret n’est qu’à moitié levé. Si l’inculpation existe, on n’en con­naît pas les motifs, la date, les cir­con­stances. Après la défaite d’Hilary Clin­ton en 2016, les démoc­rates attribuent une par­tie de leur décon­fi­ture aux révéla­tions de Wik­ileaks sur la can­di­date et veu­lent le scalp du fon­da­teur de Wik­ileaks.

Mais ce n’est pas mieux du côté répub­li­cain. Le directeur de la CIA, Mike Pom­peo (devenu chef de la diplo­matie de Trump), par­le de Wik­iLeaks comme d’un « ser­vice de ren­seigne­ment non éta­tique fréquem­ment assisté par des acteurs éta­tiques comme la Russie » et le min­istre de la jus­tice, affirme que la cap­ture de M. Assange reste une pri­or­ité. Mieux, le pro­cureur spé­cial Robert Mueller, chargé d’enquêter sur l’ingérence de la Russie dans les élec­tions de 2016 inculpe des citoyens russ­es pour avoir util­isé des doc­u­ments Wik­ileaks. Il y a un con­sen­sus améri­cain pour avoir la peau d’Assange.

Prise de distance de l’Équateur

Le prési­dent équa­to­rien Cor­rea, qui avait pro­tégé Assange, est bat­tu en mai 2017 par Lenin Moreno qui prend ses dis­tances avec celui que l’on doit qual­i­fi­er de détenu. Il essaie de faire exfil­tr­er Assange en le nom­mant diplo­mate mais la jus­tice bri­tan­nique, aux ordres du grand frère améri­cain, refuse son statut diplo­ma­tique et con­firme son arresta­tion s’il pose le pied dehors. Assange, attaquant plusieurs États étrangers (l’Espagne en sou­tenant les indépen­dan­tistes cata­lans, l’Allemagne en com­para­nt Merkel et Hitler), met la diplo­matie équa­to­ri­enne à rude épreuve. Les Équa­to­riens, mal à l’aise avec ses pris­es de posi­tion, lui coupent alors toute liai­son avec l’extérieur et inter­dis­ent toute vis­ite sauf celles de ses avo­cats.

Vers une disparition physique ou l’extradition

Avec quelques péripéties, un accord frag­ile est ensuite trou­vé : Assange retrou­ve une com­mu­ni­ca­tion inter­net mais devra s’interdire d’attaquer un État étranger. Il pour­ra recevoir des vis­ites fil­trées et encadrées. Cet accord ne sera pas signé par Assange mais sera plus ou moins respec­té. Par ailleurs l’ambassade ne pren­dra plus ses frais à sa charge.

Pire, l’Équateur se réserve le droit de le faire hos­pi­talis­er à Lon­dres si son état le demande. Hos­pi­tal­i­sa­tion = arresta­tion par la police bri­tan­nique = extra­di­tion aux États-Unis = min­i­ma prison à vie ou peine de mort. Imag­inez que vous êtes enfer­mé dans une pièce exigüe de quelques mètres car­rés pen­dant plus de 2.200 jours, sans jamais sor­tir, sans pren­dre l’air, sans famille ni amis, dans quel état seriez-vous ? Assange est malade physique­ment et psy­chologique­ment. Il reste à l’ambassade ? Il s’affaiblit petit à petit. Il est hos­pi­tal­isé ? Bon­jour les pro­cureurs améri­cains.

Comme le note son suc­cesseur à la tête de Wik­ileaks, l’islandais Kristinn Hrafns­son, après une vis­ite à l’ambassade : ses con­di­tions se sont dur­cies de manière telle qu’Assange est véri­ta­ble­ment dans une prison avec des gar­di­ens équa­to­riens devenus hos­tiles. Il ajoute « Ils veu­lent bris­er Assange, le détru­ire ». Qui est ce Ils ? L’État pro­fond améri­cain, sec­ondé par les ser­vices bri­tan­niques aux ordres et nolens volens l’Équateur, un très petit État qui peut subir de mul­ti­ples pres­sions. La France s’honorerait à accorder l’asile poli­tique à Julian Assange.
Crédit pho­to : Can­cillería del Ecuador via Flickr (cc)

Les revendications des gilets jaunes croisées avec les programmes politiques

L’Observatoire du journalisme ne publie pas d’articles qui ne soient pas en relation avec les médias. Mais la situation consécutive au mouvement des gilets jaunes est tellement exceptionnelle que nous publions volontiers une lettre d’un de nos lecteurs croisant les programmes officiels des candidats à l’élection présidentielle de 2017 avec les revendications des gilets. Le titre est de notre lecteur mais les intertitres sont de la rédaction.

Gilets Jaunes : Vers une solution « à l’italienne » ?

On reprochait aux Gilets Jaunes, depuis le début du mou­ve­ment, un manque de coor­di­na­tion, l’absence de cen­tral­i­sa­tion et surtout — hand­i­cap médi­a­tique majeur — l’absence de représen­tants désignés pour porter leur parole sur les plateaux TV. Ajou­tons à cela l’incapacité de la caste politi­co-médi­a­tique à saisir la sub­stan­tifique moelle de ce que l’on nom­mera pudique­ment « la grogne sociale », et on com­prend mieux son désar­roi face à ce qu’il faut désor­mais bien accepter d’appeler une révolte.

Un programme Insoumis ?

Jean-Luc Mélen­chon, le soir du dimanche 2 décem­bre, affichait une con­fi­ance toute élec­torale en affir­mant que les reven­di­ca­tions des Gilets Jaunes, pub­liées notam­ment ici, same­di 1er décem­bre, cor­re­spondraient en tout point au pro­gramme porté par LFI.

Jean-Luc Mélen­chon n’a pas tout à fait tort. Il n’a néan­moins pas tout à fait rai­son non plus. En effet, à y regarder d’un peu plus près, et en croisant l’ensemble des pro­grammes offi­ciels des can­di­dats à la dernière élec­tion prési­den­tielle, on voit se dessin­er en clair-obscur une ten­dance fort intéres­sante et, qui plus est, déjà vue et déjà testée. Non pas certes celle des HLPSDNH, au grand dam des chroniqueurs mondains, mais bien l’improbable sit­u­a­tion poli­tique qui a vu le jour en Ital­ie : l’alliance d’un par­ti d’extrême-droite respectable, la Ligue, et d’un par­ti d’extrême-gauche rel­a­tive­ment mod­éré, le Mou­ve­ment 5 Étoiles. Expli­ca­tions.

Croisement des programmes

Si on fait l’exercice de crois­er stricte­ment les reven­di­ca­tions et le con­tenu des pro­grammes des can­di­dats, c’est-à-dire sans entr­er dans le jeu des inter­pré­ta­tions et de l’exégèse, on con­state que par­mi les 42 propo­si­tions des Gilets Jaunes :

- 7 fig­urent au pro­gramme de François Fil­lon
— 9 fig­urent au pro­gramme d’Emmanuel Macron
— 10 fig­urent au pro­gramme de Benoît Hamon
— 8 fig­urent au pro­gramme de Nico­las Dupont-Aig­nant (dont 1 que Marine Le Pen ne pro­po­sait pas)
— 10 fig­urent au pro­gramme de Philippe Poutou
— 8 fig­urent au pro­gramme de Nathalie Arthaud
— 6 fig­urent au pro­gramme de Jean Las­salle
— 14 fig­urent au pro­gramme de Jacques Chem­i­nade
— 9 fig­urent au pro­gramme de François Asse­lin­eauÀ côté de cela, 20 de ces reven­di­ca­tions fig­urent au pro­gramme de Marine Le Pen (21 si on intè­gre le pro­gramme de Nico­las Dupont-Aig­nant, ce qui n’est pas illogique au vu de leur rap­proche­ment en cours de cam­pagne), et 22 au pro­gramme de Jean-Luc Mélen­chon.

29 revendications des gilets jaunes préemptées

Ce qui est encore plus intéres­sant, c’est que ces deux pro­grammes, mis en super­po­si­tion, représen­tent 29 reven­di­ca­tions des Gilets Jaunes.

Ce qui devient ensuite extrême­ment intéres­sant, c’est que les 13 reven­di­ca­tions qui ne fig­urent pas dans ces deux pro­grammes, une seule (le « zéro SDF ») fig­ure dans le pro­gramme d’un autre can­di­dat (Jean Las­salle)… Les autres ne sont inscrites dans aucun pro­gramme.

En dehors du fait qu’une seule reven­di­ca­tion, qui n’apparaît que dans le pro­gramme de LFI (l’accueil digne des migrants) pour­rait laiss­er à penser à une forme de « noy­au­tage » du mou­ve­ment par des mil­i­tants LFI, le con­stat est pour­tant lumineux. L’avenir poli­tique de ce mou­ve­ment, soutenu par plus de 80% des Français, dont « on » con­sid­ère qu’il est une impasse par manque de struc­tura­tion pour­rait bien trou­ver une sor­tie par le haut.

Cette sor­tie néces­sit­erait que deux for­ma­tions, le RN et LFI, que tout sem­ble oppos­er sur les plateaux TV, mais qui en réal­ité por­tent des reven­di­ca­tions très proches, à la fois l’une de l’autre et de celles des Français « d’en bas », con­vi­en­nent d’un rap­proche­ment sous une ban­nière com­mune.

Alliance populiste ?

Mélen­chon est un pop­uliste. Il le sait et s’assume par­faite­ment dans ce rôle de tri­bun de la plèbe urbaine auquel ses Human­ités clas­siques le des­ti­naient évidem­ment.

Marine Le Pen, mal­gré tout ce que l’on peut lui reprocher, est issu d’un par­ti qui, depuis plus de 40 ans, porte les reven­di­ca­tions de la France pop­u­laire et rurale, comme l’ont encore démon­tré les dernières élec­tions.

Le pop­ulisme des villes et le pop­ulisme des champs peu­vent-ils se ren­con­tr­er et s’allier sur un pro­gramme com­mun, déjà écrit, pour faire émerg­er un pop­ulisme Français ? La réponse devra être apportée avant les élec­tions européennes, et peut-être même avant, en cas de dis­so­lu­tion de l’Assemblée Nationale (réclamée par les deux par­tis…).

Une alliance pré-élec­torale pour­rait, de ce point de vue, et sans fusion des listes, con­stituer un moyen de con­tourn­er les obsta­cles posés par un mode de scrutin con­sid­éré (par les deux par­tis) comme con­fis­ca­toire.

Thomas Cluzel sur France Culture : haro sur Matteo Salvini

Les auditeurs assidus de France Culture l’ont remarqué : le Ministre de l’intérieur italien Matteo Salvini n’a pas bonne presse auprès de la chaîne publique. Si celle-ci s’interrogeait en juin dernier sur la responsabilité du Ministre de l’intérieur dans le « climat d’intolérance propice au passage à l’acte » qui existerait en Italie, le temps n’est plus aux interrogations mais aux accusations. Des accusations qui s’inscrivent dans un état d’esprit bien ancré à France Culture.

Quand l’opinion prend le pas sur l’information

Il y a deux ans, en sep­tem­bre 2016, un con­tribu­teur de l’OJIM envoy­ait au Con­seil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) et au médi­a­teur de Radio France une analyse de 23 pages argu­men­tant la présen­ta­tion biaisée de la « crise des migrants » par la chaîne publique. L’analyse d’un échan­til­lon d’émissions pen­dant plusieurs mois aboutis­sait au con­stat que dans le choix des sujets, des invités et des com­men­taires, la ques­tion sur les ondes publiques n’était pas : faut-il accueil­lir des migrants ? Ou bien, com­ment frein­er l’afflux de migrants ? Une seule ques­tion reve­nait en boucle à ce sujet : com­ment accueil­lir plus de migrants et mieux ?

Tant le CSA que le médi­a­teur de Radio France n’ont pas cru bon de répon­dre à l’auditeur. La sai­sine n’était peut-être pas assez argu­men­tée… Peu de temps après, le Col­lec­tif des usagers des médias et du ser­vice pub­lic inter­pel­lait les can­di­dats à l’élection prési­den­tielle de 2017 sur le manque de plu­ral­isme des opin­ions présen­tées sur le ser­vice pub­lic de radio-télévi­sion. Un récent jour­nal de France Cul­ture nous mon­tre, s’il en fal­lait, que ces démarch­es n’ont pas porté leurs fruits.

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Morceaux choisis, racisme et perfidie

Le jour­nal de 12h30 du 29 novem­bre 2018 com­mence fort : Thomas Cluzel intro­duit le sujet sur la loi sur l’immigration récem­ment votée au Par­lement ital­ien en ces ter­mes : « c’est prob­a­ble­ment la loi la plus raciste de ces 15 dernières années en Ital­ie ». Alors que sur le site de la radio publique, cette appré­ci­a­tion est attribuée à « la presse de gauche de la pénin­sule », le jour­nal­iste ne prend pas la peine de se cacher der­rière des accu­sa­tions de tiers. Il reprend à son compte ces juge­ments de valeur. Et se range de fait dans le camp de « la presse de gauche » ital­i­enne. Il est vrai que Thomas Cluzel assur­ait précédem­ment une « revue de presse inter­na­tionale » d’un par­ti pris et d’un entre soi abso­lus, ce qui explique sans doute sa pro­mo­tion au Jour­nal de la mi-journée sur France Cul­ture.

Celui qui ne cache pas son « immense sat­is­fac­tion » après le vote de la loi por­tant son nom est « le Min­istre de l’Intérieur d’extrême droite Mat­teo Salvi­ni ». Pour quelle rai­son le jour­nal­iste qual­i­fie-t-il Mat­teo Salvi­ni de Min­istre d’extrême droite ? Nous ne le saurons pas. Pour para­phras­er Paul-François Paoli, en faisant de la sorte, Thomas Cluzel sem­ble sous l’emprise mimé­tique d’une par­tie de sa cor­po­ra­tion et ne fait qu’attester un con­formisme paresseux.

Pour­suiv­ons : « Le Décret-Loi porte toute la per­fi­die de sa stratégie qui a réus­si à faire pass­er une loi pour ce qu’elle n’est pas, au ser­vice de la sécu­rité. En réal­ité, cette texte est essen­tielle­ment dirigé con­tre les migrants ». Pour mieux appuy­er sa dénon­ci­a­tion de la poli­tique restric­tive de l’Italie en matière d’immigration clan­des­tine, un pays qui a vu arriv­er près de 700 000 clan­des­tins depuis 2013, le jour­nal­iste égrène les récents décès en mer méditer­ranée. CQFD.

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L’invité de l’émission, Jor­dan Bardel­la (RN), rap­pelle au jour­nal­iste qu’il tra­vaille sur une radio publique (18e mn) : « Je vous ai enten­du par­ler de racisme et de per­fi­die, ce qui me choque. Nous sommes sur le ser­vice pub­lic et je crois que les jour­nal­istes du ser­vice pub­lic ont un cer­tain devoir de neu­tral­ité. Et si vous voulez enten­dre le ser­vice pub­lic par­ler de la sorte d’un Min­istre de l’intérieur ital­ien qui est trois fois plus pop­u­laire que le Prési­dent de la République, ça me sur­prend et je pense que ça fera plaisir aux français qui finan­cent Radio France ».

À enten­dre la cor­re­spon­dante à Rome de France Cul­ture présen­ter les mesures du Décret–Loi sur l’immigration et la sécu­rité, on cherche vaine­ment toute trace de « racisme ». Sauf à con­sid­ér­er que la maitrise des fron­tières et le respect du principe de nation­al­ité sont illégitimes. Au dia­ble ces argu­ments, l’important sur France Cul­ture n’est-t-il pas de mon­tr­er par­fois sans réserve — et sans respecter le devoir de réserve — que l’on appar­tient au camp du bien et des « pro­gres­sistes ».