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Julian Assange

Portrait d’un combattant de la libertĂ© d’information

DerniÚre mod­i­fi­ca­tion le 27/09/2017

Avant Edward Snowden, avant Bradley Manning, il y avait Julian Assange. Ancien informaticien et hacker, fondateur de la plateforme WikiLeaks, Julian Assange s’est attirĂ© les foudres du gouvernement amĂ©ricain lorsqu’il a mis en lumiĂšre les dessous de la guerre d’Irak. En 2010, il fait fuiter prĂšs de 400 000 documents classifiĂ©s de l’armĂ©e amĂ©ricaine, portant sur le conflit qui a dĂ©butĂ© en mars 2003. Tortures, crimes de guerre, massacres sont rĂ©vĂ©lĂ©s au grand public. Ces documents permettent aussi de chiffrer Ă  109 032 le nombre de morts irakiens causĂ©s par le conflit de 2004 Ă  2009, dont 60% de civils, alors mĂȘme que les États-Unis vendaient aux mĂ©dias « les frappes chirurgicales Â» et affirmaient ne pas disposer d’un tel bilan chiffrĂ©.

Cette orches­tra­tion de ce qui con­stitue aujourd’hui encore la plus grosse fuite de doc­u­ments mil­i­taires secrets de toute l’Histoire a coĂ»tĂ© cher au fon­da­teur de la plate­forme de divul­ga­tion : il est depuis 2012 rĂ©fugiĂ© dans l’ambassade lon­doni­enne de l’Équateur, qui lui a accordĂ© l’asile, aprĂšs qu’il ait fait l’objet d’accusations de viol par deux femmes sué­dois­es. Ces faits remon­teraient Ă  aoĂ»t 2010, soit un mois aprĂšs la fuite des doc­u­ments relat­ifs au con­flit irakien. Ces accu­sa­tions ont amenĂ© le gou­verne­ment sué­dois Ă  deman­der son extra­di­tion. Julian Assange dĂ©ment les faits qui lui sont reprochĂ©s, absur­des selon lui, et affirme faire l’objet de per­sé­cu­tions poli­tiques.

Ces pour­suites sué­dois­es sont classĂ©es sans suite en mai 2017, mais il peut tou­jours se faire arrĂȘter dĂšs qu’il sor­ti­ra hors de l’ambassade, cette fois par la jus­tice bri­tan­nique, car il s’est sous­trait Ă  ses oblig­a­tions judi­ci­aires en 2012. Son avenir reste donc flou. De plus l’enquĂȘte pour­rait ĂȘtre rou­verte s’il retourne – oĂč se retrou­ve « retournĂ© Â» par le biais d’un enlĂšve­ment – sur le ter­ri­toire sué­dois d’ici 2020, date Ă  laque­lle les faits seront pre­scrits.

Biographie et parcours professionnel

Il naĂźt en Aus­tralie, dans la ville de Townsville en juil­let 1971. Sa mĂšre est artiste, son pĂšre est activiste anti-guerre. Le cou­ple se sĂ©pare avant sa nais­sance, et Julian est Ă©levĂ© par son beau-pĂšre acteur. À leur divorce en 1979, sa mĂšre se remarie avec un mem­bre act­if du mou­ve­ment New Age aus­tralien. Avant de se sĂ©par­er en 1982, le cou­ple voy­age Ă©nor­mé­ment, et l’enfance de Julian Assange est mou­ve­men­tĂ©e : il con­naĂźt trente villes aus­trali­ennes dif­fĂ©rentes avant mĂȘme l’adolescence
 Il Ă©tudie ensuite la pro­gram­ma­tion, les math­é­ma­tiques, et la physique Ă  l’UniversitĂ© du Queens­land en 1994, puis Ă  l’UniversitĂ© de Mel­bourne en 2003. Il ne com­plĂšte aucun de ces cur­sus, prĂ©fĂ©rant pra­ti­quer le hack­ing. Avec ses deux amis bap­tisĂ©s « Trax Â» et « Prime Sus­pect Â», ils for­ment un groupe de hack­ers « Ă©thiques Â» appelĂ© les « Sub­ver­sifs Inter­na­tionaux Â». Ils pira­tent ensem­ble le Pen­tagone, l’US Navy, le dĂ©parte­ment de la DĂ©fense amĂ©ri­cain, Citibank, et divers­es sociĂ©tĂ©s de com­mu­ni­ca­tion ain­si que des uni­ver­sitĂ©s. Assange est mis sur Ă©coute dĂšs 1991 par les autoritĂ©s aus­trali­ennes, qui finis­sent par l’arrĂȘter en 1994 au motif de 31 actes de hack­ing per­pĂ©trĂ©s. JugĂ© en 1996, il plaide coupable. Parce qu’il n’a pas dĂ©mon­trĂ© d’intentions malveil­lantes, et que son enfance est jugĂ©e « dif­fi­cile Â», la jus­tice se mon­tre clé­mente et le con­damne sim­ple­ment Ă  pay­er une amende.

En par­al­lĂšle de ses annĂ©es de hack­ing, Julian Assange est aus­si con­sul­tant en infor­ma­tique pour les autoritĂ©s poli­ciĂšres, notam­ment dans le cadre d’enquĂȘtes de la brigade des mineurs. Il crĂ©e Ă©gale­ment l’un des pre­miers four­nisseurs d’accĂšs Ă  inter­net aus­tralien, et pro­gramme de nom­breux logi­ciels de cryptage de don­nĂ©es. En 1998, il tourne la page du hack­ing et co-fonde l’entreprise Earth­men Tech­nol­o­gy. DĂšs 1999, il aver­tit le pub­lic qu’un brevet dĂ©posĂ© auprĂšs de la NSA per­me­t­trait de col­lecter mas­sive­ment les don­nĂ©es tĂ©lé­phoniques.

En 2013, il fonde le par­ti poli­tique Wik­iLeaks, aprĂšs avoir annon­cĂ© sa can­di­da­ture au sĂ©nat aus­tralien au print­emps 2012. Il est par ailleurs ani­ma­teur d’une Ă©mis­sion de dĂ©bats sur Rus­sia Today d’avril Ă  juil­let de la mĂȘme annĂ©e. En juil­let 2015, il demande l’asile Ă  la France, oĂč il a une com­pagne et un enfant, s’adressant directe­ment au prĂ©si­dent Hol­lande dans une let­tre ouverte pub­liĂ©e par Le Monde. Une demande laconique­ment rejetĂ©e par l’ÉlysĂ©e. Pour Juan Bran­co, con­seiller juridique de Wik­ileaks, « le refus inter­vient 45 min­utes aprĂšs pub­li­ca­tion du texte, or l’ÉlysĂ©e n’a pas vrai­ment de com­pé­tence et se rĂ©clame d’un “exa­m­en appro­fon­di” d’une telle demande, or la demande d’asile relĂšve de l’Ofpra. Avant de pub­li­er sa fin de non-recevoir, l’exĂ©cutif ne s’est appuyĂ© que sur des manchettes de jour­naux. C’est de la pure com­mu­ni­ca­tion, c’est ridicule. Ils ont peur. Â»

En 2016, aprĂšs 16 mois d’enquĂȘte, le Groupe de tra­vail des Nations Unies sur la dĂ©ten­tion arbi­traire a con­clu que la dĂ©ten­tion de Assange par la Grande-Bre­tagne et la SuĂšde Ă©tait illé­gale. Cette dĂ©ten­tion Ă©tait con­sti­tuĂ©e par le fait mĂȘme de sa rĂ©clu­sion volon­taire dans l’ambassade Ă©qua­to­ri­enne : « La pri­va­tion de lib­ertĂ© existe lorsqu’une per­son­ne est oblig­ée de choisir entre le con­fine­ment, ou le renon­ce­ment Ă  un droit fon­da­men­tal – comme l’asile – et donc de faire face Ă  un risque lĂ©gitime de per­sé­cu­tion Â», Ă©crivait ain­si le groupe d’enquĂȘte. « La sor­tie de M. Assange de l’ambassade Ă©qua­to­ri­enne l’obligerait Ă  renon­cer Ă  son droit d’asile et Ă  s’exposer Ă  la per­sé­cu­tion et au risque de mal­trai­tances physiques et men­tales que l’acceptation de sa demande asile avait pour but de lui Ă©viter Â».

WikiLeaks

C’est en 2006 qu’il fonde la plate­forme Wik­iLeaks, alors qu’il Ă©tudie Ă  l’UniversitĂ© de Mel­bourne. Cette struc­ture, Ă  mi-chemin entre le jour­nal­isme et l’activisme, se donne pour ambi­tion de pub­li­er des infor­ma­tions clas­si­fiĂ©es ou tenues secrĂštes. Ses pre­miĂšres activ­itĂ©s, de 2006 Ă  2009, sont peu remar­quĂ©es. C’est Ă  par­tir de 2010 qu’elle attire l’attention des mĂ©dias inter­na­tionaux, aprĂšs la pub­li­ca­tion de doc­u­ments clas­si­fiĂ©s amĂ©ri­cains.

Wik­iLeaks s’illustre dans un pre­mier temps en faisant fuiter plus de 250 000 cĂąbles diplo­ma­tiques con­fi­den­tiels Ă  la fin 2010. Ces doc­u­ments por­tent sur des Ă©changes diplo­ma­tiques entre plus de 150 pays, allant de 1966 Ă  2010. Un vol­ume de don­nĂ©es colos­sal, qui seront relayĂ©es par de nom­breux mĂ©dias occi­den­taux (Le Monde, le Guardian, le New York Times, Der Spiegiel). En 2011, Wik­iLeaks prend la dĂ©ci­sion de pub­li­er l’intĂ©gralitĂ© des don­nĂ©es, soit 251 287 doc­u­ments.

Par ailleurs, Wik­iLeaks pub­lie en 2011 des doc­u­ments clas­si­fiĂ©s sur la base d’incarcĂ©ration amĂ©ri­caine de Guan­tå­namo, qui rĂ©vÚ­lent notam­ment que le gou­verne­ment savait que de nom­breux dĂ©tenus Ă©taient inno­cents. Pour le jour­nal­iste Glenn Green­wald, ces doc­u­ments dĂ©mon­trent la nature de l’action amĂ©ri­caine, « injuste et oppres­sante Â». Une dimen­sion inhu­maine que les mĂ©dias amĂ©ri­cains se seraient empressĂ©s d’attĂ©nuer suite aux rĂ©vĂ©la­tions.

Enfin, la plate­forme du hack­er recon­ver­ti s’est aus­si illus­trĂ©e par la divul­ga­tion d’informations haute­ment con­fi­den­tielles sur la guerre menĂ©e en Irak par les Etats-Unis Ă  par­tir de mars 2003. Ces fuites rĂ©vÚ­lent notam­ment que le con­flit a coĂ»tĂ© la vie Ă  plus de 100 000 irakiens, majori­taire­ment des civils. Cette pub­li­ca­tion de 391 832 rap­ports en fait, aujourd’hui encore, la plus grande fuite de doc­u­ments de l’Histoire mil­i­taire mon­di­ale.

À l’étĂ© 2015, la plate­forme fait fuiter des doc­u­ments qui dĂ©mon­trent que la NSA a directe­ment espi­onnĂ© les prĂ©si­dents Chirac, Sarkozy et Hol­lande. Une opĂ©ra­tion que Assange inti­t­ule « France­leaks », affir­mant que les raisons de ces sur­veil­lances sont Ă  la fois poli­tiques et Ă©conomiques, et qu’elles s’inscrivent dans une manƓu­vre d’espionnage indus­triel, ayant pour final­itĂ© de min­er la com­pĂ©ti­tiv­itĂ© des entre­pris­es français­es au prof­it des États-Unis.

À Paris Match qui le ren­con­tre mi-juin 2016, il explique que mal­grĂ© les procé­dures judi­ci­aires lancĂ©es con­tre lui et sa rĂ©clu­sion volon­taire dans l’ambassade d’Équateur, Wik­ileaks est une affaire qui con­tin­ue de tourn­er : « Aujourd’hui, Wik­iLeaks a une cen­taine d’employĂ©s, nous sommes entiĂšre­ment financĂ©s par nos lecteurs, nous pub­lions des mil­lions de doc­u­ments et, mal­grĂ© tous les moyens coerci­tifs exer­cĂ©s par les 29 000 chargĂ©s de com­mu­ni­ca­tion du Pen­tagone, la CIA et le FBI, nous n’avons jamais cessĂ© d’opĂ©rer. Et Wik­iLeaks n’a aucun emprunt, aucune dette Â».

À l’étĂ© 2016, Wik­ileaks pub­lie quelques 20.000 mails internes du comitĂ© interne du Par­ti DĂ©moc­rate amĂ©ri­cain (DNC) qui prou­vent que l’appareil du Par­ti a favorisĂ© Hillary Clin­ton au dĂ©tri­ment de Bernie Sanders. Ces mails ont une grande rĂ©so­nance out­re-Atlan­tique – la Russie est accusĂ©e d’avoir Ă©tĂ© Ă  l’origine de la fuite – et notam­ment au sein du par­ti dĂ©moc­rate lui-mĂȘme.

A l’automne 2016 Wik­ileaks per­turbe grande­ment la cam­pagne de Hillary Clin­ton aux USA en pub­liant les mails de John Podes­ta, ancien con­seiller de Barack Oba­ma et directeur de cam­pagne d’Hillary Clin­ton. Ces mails dĂ©voilent entre autres les liens entre les Clin­ton et les grands lob­bies amĂ©ri­cains, les petits prof­its de Bill Clin­ton, les arrange­ments politi­ciens des dĂ©moc­rates
 Le gou­verne­ment Ă©qua­to­rien coupe alors l’accĂšs inter­net de Julien Assange, mais il est trop tard. Ses rĂ©vĂ©la­tions ont un reten­tisse­ment Ă©norme out­re-Atlan­tique oĂč ils con­tribuent Ă  la vic­toire de Don­ald Trump.

Sa nébuleuse

Edward Snow­den, Glenn Green­wald, Bradley Man­ning.

En avril 2017 Jean-Luc MĂ©len­chon s’engage Ă  don­ner la nation­al­itĂ© française Ă  Edward Snow­den et Julian Assange car ils ont rĂ©vĂ©lĂ© que les Etats-Unis espi­onnaient la France. Marine le Pen avait fait cet engage­ment dĂšs 2013.

Distinctions

2008 : The Econ­o­mist, prix Nou­veaux Médias.

2009 : Amnesty Inter­na­tion­al Grande Bre­tagne, Prix Médias.

2010 : Homme de l’annĂ©e TIME, Ă©lu par les lecteurs.

Prix Sam Adams.

Homme de l’annĂ©e Le Monde.

Prix de l’Union des jour­nal­istes du Kaza­khstan.

2011 : Prix Free Dacia décerné par la pub­li­ca­tion roumaine en ligne Cotidianul.ro.

Organ­i­sa­tion pour la paix, Syd­ney, mĂ©daille d’or.

Prix Martha Gell­horn du jour­nal­isme.

Prix de la fon­da­tion Walk­ley pour une con­tri­bu­tion notable au jour­nal­isme.

Prix Voltaire de la lib­ertĂ© d’expression.

2012 : Prix Big Broth­er, Héros de la vie privée.

2013 : Prix Glob­al Exchange : Human Rights, choix des lecteurs.

Prix Yoko Onno Lennon du courage.

Publications

Ouvrages traduits français :

  • Under­ground, Ă©di­tions des Equa­teurs, 2011 (avec Suelette Drey­fus).
  • Men­aces sur nos lib­ertĂ©s, Robert Laf­font, 2013 (col­lec­tif).
  • Con­tre l’Empire de la sur­veil­lance, Ă©di­tions GalilĂ©e, 2015 (avec Noam Chom­sky et Igna­cio Ramon­et).

Ce qu’il gagne

Dans la pĂ©ri­ode qui a suivi les pre­miĂšres rĂ©vĂ©la­tions de Wik­iLeaks, le compte en banque de Julian Assange, enreg­istrĂ© en Suisse, a Ă©tĂ© sus­pendu par l’établissement ban­caire Post­Fi­nance, en rai­son d’informations erronĂ©es quant Ă  sa domi­cil­i­a­tion.

Par ailleurs, d’aprĂšs le Wall Street Jour­nal, Julian Assange aurait signĂ© un con­trat avec la mai­son d’édition amĂ©ri­caine Ran­dom House pour la pub­li­ca­tion de ses mĂ©moires aux États-Unis et au Roy­aume-Uni, pour un mon­tant supĂ©rieur Ă  1 mil­lions de dol­lars.

Pour sa part, Julian Assange affir­mait en 2012 ĂȘtre ruinĂ© et n’avoir pas touchĂ© un sous de ses activ­itĂ©s publiques.

Il l’a dit

« Inter­net, notre plus grand out­il d’émancipation, a Ă©tĂ© trans­for­mĂ© en le plus dan­gereux facil­i­ta­teur de total­i­tarisme qui n’a jamais existĂ©.» Cypher­punks, OR Books, 2012.

« Mon nom est Julian Paul Assange. Je suis nĂ© le 3 juil­let 1971 Ă  Townsville, en Aus­tralie. Je suis un jour­nal­iste pour­suivi et men­acĂ© de mort par les autoritĂ©s Ă©tats-uni­ennes du fait de mes activ­itĂ©s pro­fes­sion­nelles. Je n’ai jamais Ă©tĂ© formelle­ment accusĂ© d’un dĂ©lit ou d’un crime de droit com­mun, nulle part dans le monde, y com­pris en SuĂšde ou au Roy­aume-Uni [
] L’énumĂ©ration des actions menĂ©es con­tre mon organ­i­sa­tion, mes proches et moi-mĂȘme ne per­met pas d’en saisir toute la vio­lence, mais peut-ĂȘtre en donne-t-elle une idĂ©e : appels Ă  mon exé­cu­tion, Ă  mon kid­nap­ping, et Ă  mon empris­on­nement pour espi­onnage par de hauts respon­s­ables poli­tiques et admin­is­trat­ifs Ă©tats-uniens, vols d’informations, de doc­u­ments et de biens, attaques infor­ma­tiques rĂ©pĂ©tĂ©es, infil­tra­tions suc­ces­sives, inter­dic­tion illé­gale Ă  l’ensemble des plate­formes de paiement de procĂ©der Ă  des dons envers mon organ­i­sa­tion, sur­veil­lance per­ma­nente de mes moin­dres faits et gestes et de mes com­mu­ni­ca­tions Ă©lec­tron­iques, pour­suites judi­ci­aires incon­sid­érĂ©es se pro­longeant depuis plus de cinq ans sans pos­si­bil­itĂ© de me dĂ©fendre, cam­pagnes de diffama­tion, men­aces physiques rĂ©pĂ©tĂ©es, fouilles et har­cĂšle­ment de mes avo­cats, etc.», 3 juil­let 2015, Le Monde.

« DĂ©nuĂ© de l’assistance con­sulaire et de la pro­tec­tion que me devait mon pays d’origine, l’Australie – oĂč le gou­verne­ment a Ă©tĂ© sujet Ă  des cri­tiques d’une ampleur inĂ©dite suite Ă  sa ten­ta­tive de me retir­er mon passe­port en 2010, jusqu’à devoir faire marche arriĂšre et se jus­ti­fi­er –, je demeure depuis main­tenant trois ans et dix jours au sein de cette ambas­sade.

J’y dis­pose de cinq mĂštres car­rĂ©s et demi pour mes usages pri­vat­ifs. L’accĂšs Ă  l’air libre, au soleil, m’a Ă©tĂ© inter­dit par les autoritĂ©s du Roy­aume-Uni ; ain­si que toute pos­si­bil­itĂ© de me ren­dre Ă  un hĂŽpi­tal ; je n’ai pu utilis­er le bal­con du rez-de-chaussĂ©e de l’appartement que trois fois depuis mon refuge, Ă  mes risques et pĂ©rils, et n’ai jamais Ă©tĂ© autorisĂ© Ă  sor­tir pour faire de l’exercice », Ibid.

« Sou­vent dans l’histoire, rĂ©vĂ©ler bru­tale­ment au peu­ple une infor­ma­tion jusque-lĂ  tenue secrĂšte par les Ă©lites a provo­quĂ© de grands boule­verse­ments poli­tiques et soci­aux [
] Or n’importe quel texte, n’importe quelle image peu­vent ĂȘtre mon­trĂ©s au monde entier en un instant, pour un coĂ»t min­ime. [
] Aujourd’hui, on peut provo­quer de grandes rĂ©formes poli­tiques avec une trĂšs faible dĂ©pense d’énergie », Le Monde, 24 dĂ©cem­bre 2012.

« [L’espionnage de la France par les États-Unis, NLDR] touche directe­ment l’emploi. Le chέmage est par­ti­c­uliĂšre­ment Ă©levĂ© en France, et il y a une rai­son Ă  cela : les États-Unis jouent un sale jeu, et cherchent Ă  mar­gin­alis­er la com­pĂ©ti­tiv­itĂ© des entre­pris­es français­es, et des entre­pris­es europĂ©ennes », TF1, 24 juin 2015.

«Vous pou­vez soit ĂȘtre informĂ© et ĂȘtre vos pro­pres gou­ver­nants, ou bien ĂȘtre igno­rants et avoir quelqu’un d’autre, qui n’est pas igno­rant, vous gou­vern­er », Rolling Stone, jan­vi­er 2012.

« Je ne suis pas en croisade con­tre l’autoritĂ©. L’autoritĂ© lĂ©gitime est impor­tante. Toutes les struc­tures humaines deman­dent de l’autoritĂ©, mais l’autoritĂ© doit faire l’objet d’un con­sen­te­ment infor­mĂ© de la part des gou­vernĂ©s. Actuelle­ment, le con­sen­te­ment, s’il y en a un, n’est pas infor­mĂ©, de fait il est illĂ©gitime. Pour com­mu­ni­quer du savoir, nous devons pro­tĂ©ger la vie privĂ©e des gens, et c’est ce que je fais depuis 20 ans : dĂ©velop­per des sys­tĂšmes et des idĂ©aux pour pro­tĂ©ger le droit des gens Ă  com­mu­ni­quer de maniĂšre privĂ©e, sans inter­fĂ©rence gou­verne­men­tale, ni sur­veil­lance. (
) Le droit Ă  la com­mu­ni­ca­tion sans sur­veil­lance gou­verne­men­tale est impor­tant, parce que la sur­veil­lance n’est jamais qu’une autre forme de cen­sure. Lorsque les gens craig­nent de s’exprimer parce qu’ils pensent qu’ils pour­raient ĂȘtre Ă©coutĂ©s par le pou­voir, qui a la pos­si­bil­itĂ© de les enfer­mer, ils adaptent leur dis­cours. Ils com­men­cent Ă  s’autocensurer », Ibid.

«Les com­men­ta­teurs ont soulignĂ© la façon dont le monde essayait d’ériger un mythe autour de ma per­son­ne, qu’il soit nĂ©gatif ou posi­tif. Un procĂ©dĂ© Ă  la fois fasci­nant, ter­ri­fi­ant, et comique, qui a sus­citĂ© beau­coup d’hilaritĂ© par­mi mes proches et mes col­lab­o­ra­teurs. Nous faisons face Ă  une sit­u­a­tion qui nous engage his­torique­ment, et dont les con­sĂ©quences sur la vie des gens et les Ă©di­fices poli­tiques sont con­sid­érables. La nature de ces con­sĂ©quences, extrĂȘme­ment impor­tantes, va des rĂ©vo­lu­tions aux emplois de nom­breux indi­vidus, et la grav­itĂ© de cette entre­prise est telle­ment grande est que je n’ai pas le temps de con­sid­ér­er com­ment cette notoriĂ©tĂ© m’affecte per­son­nelle­ment.» Ibid.

« Je suis par­ti­san du Brex­it. Le Roy­aume-Uni est une force pesti­len­tielle pour le reste de l’Europe, et l’Union europĂ©enne se portera beau­coup mieux sans. Aujourd’hui, l’Europe n’arrive pas Ă  rĂ©alis­er les rĂ©formes dont elle a cru­elle­ment besoin, et l’une des prin­ci­pales raisons en est l’influence nĂ©faste du Roy­aume-Uni dans les instances dĂ©ci­sion­nelles. Pour se rĂ©former, l’Europe a besoin d’un Ă©lec­tro­choc. Je pense que le Brex­it pour­rait ĂȘtre ce choc Â», Paris Match, 16 juin 2016.

« Une Europe forte serait une bonne chose parce que le monde a besoin d’une troisiĂšme voie, d’une option alter­na­tive entre le bloc amĂ©ri­cain et le bloc chi­nois qui se dessi­nent pour dans vingt ans Â», ibid.

« Le rĂ©fĂ©ren­dum actuel ressem­ble beau­coup Ă  celui sur l’indĂ©pendance de l’Écosse il y a deux ans. A l’origine, c’est un os Ă  ronger que l’establishment lon­donien jette au peu­ple pour l’occuper, unique­ment pour des raisons de poli­tique intĂ©rieure. Et puis, ensuite, on s’aperçoit que les sondages se resser­rent Â», ibid.

« Je n’avais pas anticipĂ© la taille du scan­dale. Bien sĂ»r, je me doutais qu’il faudrait pay­er un prix pour nos actions, mais pas un tel prix Â», ibid.

« Glob­ale­ment, nous faisons face Ă  un mur juridique. Toutes les piĂšces du dossier amĂ©ri­cain con­tre moi sont classĂ©es “secret-dĂ©fense”. Ça reprĂ©sente des cen­taines de mil­liers de pages de procé­dures aux­quelles mes avo­cats n’ont pas accĂšs, je peux donc dif­fi­cile­ment me dĂ©fendre Â», ibid.

Au sujet des Pana­ma Papers [fuites sur l’évasion fis­cale de nom­breux dirigeants et chefs poli­tiques
 mais curieuse­ment aucun aux États-Unis] : « Tout ça est sous l’égide de l’ICIJ (le Con­sor­tium inter­na­tion­al des jour­nal­istes d’investigation), basĂ© Ă  Wash­ing­ton, qui tra­vaille avec de l’argent des fon­da­tions Ford, Rock­e­feller et Soros. Com­ment voulez-vous qu’ils soient rĂ©elle­ment indĂ©pen­dants ? En matiĂšre de rĂ©sul­tats, c’est fla­grant : avec seule­ment 166 doc­u­ments rĂ©vĂ©lĂ©s, les “Pana­ma Papers” sont une des plus petites fuites de l’Histoire. Plus de 99,99 % des doc­u­ments disponibles ont Ă©tĂ© cen­surĂ©s, ce n’est absol­u­ment pas l’approche que prĂŽne Wik­iLeaks Â», ibid.

« La com­mu­nautĂ© anglo-sax­onne du ren­seigne­ment est entrĂ©e dans une alliance trĂšs Ă©troite, “Five Eyes” (“les cinq yeux”), dont l’Australie est un des cinq États mem­bres. Entre eux ils s’appellent “l’empire”, et je suis con­sid­érĂ© comme traĂźtre Ă  cet empire. C’est pour ça que je ne pense pas que la Grande-Bre­tagne renonce un jour Ă  vouloir m’extrader vers les États-Unis, ni que Wash­ing­ton renonce Ă  se venger con­tre moi Â», ibid.

« D’abord Hillary, main­tenant Marine. Nous sommes en 2017 et la main de fer du patri­ar­cat est plus forte que jamais », Twit­ter 9 mai 2017

« Je suis tou­jours extrĂȘme­ment irritĂ© par les jour­nal­istes qui ignorent les rib­am­belles de tré­sors his­toriques qui dĂ©tail­lent com­ment leurs insti­tu­tions se com­por­tent rĂ©elle­ment. La capac­itĂ© du pub­lic Ă  pren­dre ces infor­ma­tions et Ă  les met­tre en rela­tion avec leurs his­toires per­son­nelles, ain­si qu’à les utilis­er Ă  des fins juridiques ou au cours de cam­pagnes poli­tiques, est en rĂ©al­itĂ© beau­coup plus grande que celle de n’importe quel jour­nal­iste ou rĂ©dac­teur en chef Ă  l’esprit obtus, y com­pris moi-mĂȘme Â», ver­ba­tim de l’entretien avec Randy Credi­co et Den­nis Bern­stein, Radio WBAI, 29 juil­let 2017

« On par­le beau­coup aux États-Unis de l’administration Trump qui ferme l’immigration et le tourisme sur le ter­ri­toire amĂ©ri­cain aux ressor­tis­sants de cer­tains pays musul­mans du Moyen-Ori­ent. Je trou­ve Ă©trange que l’on par­le si peu de ce que je pense ĂȘtre une sit­u­a­tion beau­coup plus grave : le refus de toutes les deman­des d’asile pour les rĂ©fugiĂ©s pen­dant 180 jours. Il n’est pas raisonnable d’accepter des touristes venant du monde entier mais de ne pas accepter de rĂ©fugiĂ©s Â», ibid.

« Espagne, ceci ne marchera pas en Cat­a­logne. Le peu­ple cata­lan a le droit Ă  l’auto-dĂ©termination. Les arresta­tions ne font que les uni­fi­er et les ren­forcer Â», Twit­ter 9 sep­tem­bre 2017 au sujet du rĂ©fĂ©ren­dum Cata­lan. Le tweet mon­trait la pho­to d’un homme arrĂȘ­tant une colonne de chars place Tian Anmen Ă  PĂ©kin en 1989.

Ils l’ont dit

« C’est un traĂźtre qui a enfreint toutes les lois des États-Unis. Je suis con­tre la peine de mort, en con­sĂ©quence je pense qu’il faut illé­gale­ment abat­tre cet enfoirĂ© [
] Un homme mort ne peut rien faire fuiter », Bob Beck­el, Fox News, 2010.

«Grand, mince, Ă©lé­gant, Julian Assange, fon­da­teur et patron de Wik­iLeaks, s’impose d’abord Ă  ses inter­locu­teurs comme un ora­teur tal­entueux, Ă  la voix grave et posĂ©e, sachant manier la rigueur, l’humour, l’émotion, mais aus­si le sar­casme. En le regar­dant tra­vailler, on dĂ©cou­vre un pro­fes­sion­nel sur­douĂ©, ultra-per­for­mant : dĂšs qu’il se lance dans un pro­jet, il s’y con­sacre totale­ment, nuit et jour, jusqu’à Ă©puise­ment.» Le Monde, 24 dĂ©cem­bre 2010.

«Il a Ă©tĂ© dĂ©crit comme un vio­leur, un com­bat­tant enne­mi, un agent du Mossad ou de la CIA. Ses deux col­lab­o­ra­teurs prin­ci­paux – le New York Times et le Guardian – l’ont Ă  de nom­breuses repris­es qual­i­fiĂ© de dĂ©viant sex­uel aux mƓurs dis­solues, tout en con­tin­u­ant Ă  faire la pro­mo­tion des livres et des films sur ses exploits. Sa per­son­nal­itĂ© est con­tro­ver­sĂ©e : il est char­mant, bril­lant et incor­rupt­ible, mais a sus­citĂ© l’aversion pro­fonde de ses anciens col­lĂšgues, qui le dĂ©crivent comme un mĂ©ga­lo­ma­ni­aque Ă  l’égo sur­di­men­sion­nĂ©, qui aurait endom­magĂ© leur cause », Rolling Stone, jan­vi­er 2012.

«De fait, Julian Assange appar­tient Ă  cette frange rare d’Anglo-Saxons briseurs de tabous. Ange pour les uns, dĂ©mon pour les autres, rĂ©sol­u­ment Ă  con­tre-courant, bor­der­line, scan­daleux, il est de la race de ces non-con­formistes qui cassent les codes et pul­vĂ©risent les con­ven­tions. D’Oscar Wilde, de Lawrence d’Arabie ou d’Alan Tur­ing, Assange pos­sĂšde le mĂȘme gĂ©nie inquié­tant, la mĂȘme mar­que de fab­rique, celle qui fait que grĂące Ă  eux le monde n’est plus tout Ă  fait comme avant », L’Hebdo (Suisse), mars 2015.

« Enfer­mĂ© au pre­mier Ă©tage d’une mai­son de ville, Julian Assange souf­fre de patholo­gies liĂ©es Ă  l’isolement et Ă  l’absence de lumiĂšre naturelle : carences vit­a­miniques, ter­reurs noc­turnes, douleurs rhu­ma­tismales Â», Paris Match, 16 juin 2016

« Les adjoints d’Assange s’emparent des passe­ports, des tĂ©lé­phones porta­bles et de tous les appareils de la dĂ©lé­ga­tion du prix Albert-Lon­dres venue inter­view­er le fon­da­teur de Wik­iLeaks. Ils affir­ment avoir dĂ©tec­tĂ© trop de mouchards et de gad­gets d’espionnage en qua­tre ans de claus­tra­tion Â», ibid.

« Il con­naĂźt sur le bout des doigts toutes les procé­dures judi­ci­aires le con­cer­nant, mĂȘle aux dĂ©tails tech­niques de grandes con­sid­éra­tions morales ou poli­tiques sur la marche du monde, avec cette acuitĂ© un peu fiĂ©vreuse que peu­vent avoir ceux qui restent obses­sion­nelle­ment attelĂ©s Ă  une mĂȘme tĂąche. De temps Ă  autre, un employĂ© de Wik­iLeaks, tran­si de fer­veur, vient gliss­er une petite note Ă  son patron, qu’il traite avec des Ă©gards de min­istre ou de pĂšre abbĂ©, acquiesçant aux ordres du maĂźtre de Wik­iLeaks par un hoche­ment de tĂȘte silen­cieux Â», ibid.

« Mal­grĂ© son enfer­me­ment, c’est bien lui qui con­tin­ue de gĂ©r­er sa plate­forme numĂ©rique de doc­u­ments fuitĂ©s, qu’il prĂ©sente comme la plus grande pub­li­ca­tion indĂ©pen­dante au monde Â», ibid.

Mike Pom­peo, directeur de la CIA a accusĂ© (14 avril 2017) Wik­ileaks d’ĂȘtre un « ser­vice de ren­seigne­ment non Ă©ta­tique hos­tile, sou­vent soutenu par des acteurs Ă©ta­tiques comme la Russie Â».

« Il se peut que l’enquĂȘte sué­doise sur Assange ait Ă©tĂ© dĂ©clenchĂ©e Ă  la demande des États-Unis. Le jour­nal­iste John Pil­ger a doc­u­men­tĂ© la pres­sion poli­tique du gou­verne­ment amĂ©ri­cain sur les autoritĂ©s sué­dois­es : le Pre­mier min­istre sué­dois et le min­istre des Affaires Ă©trangĂšres ont tous deux attaquĂ© Assange, qui a Ă©tĂ© mis en accu­sa­tion sans aucune charge retenue. Assange a Ă©tĂ© prĂ©venu que le ser­vice de ren­seigne­ment sué­dois, le SAPO, avait Ă©tĂ© infor­mĂ© par son homo­logue amĂ©ri­cain que l’arrangement sur le partage d’informations amĂ©ri­cano-sué­dois serait inter­rompu si la SuĂšde lui offrait sa pro­tec­tion Â», Con­sor­tium News, 29 mai 2017

Crédit pho­to : new­me­di­a­days­dk via Flickr (cc)

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