Accueil | Portraits | Julian Assange

Julian Assange

Portrait d’un combattant de la liberté d’information

Dernière mod­i­fi­ca­tion le 27/09/2017

Avant Edward Snowden, avant Bradley Manning, il y avait Julian Assange. Ancien informaticien et hacker, fondateur de la plateforme WikiLeaks, Julian Assange s’est attiré les foudres du gouvernement américain lorsqu’il a mis en lumière les dessous de la guerre d’Irak. En 2010, il fait fuiter près de 400 000 documents classifiés de l’armée américaine, portant sur le conflit qui a débuté en mars 2003. Tortures, crimes de guerre, massacres sont révélés au grand public. Ces documents permettent aussi de chiffrer à 109 032 le nombre de morts irakiens causés par le conflit de 2004 à 2009, dont 60% de civils, alors même que les États-Unis vendaient aux médias « les frappes chirurgicales » et affirmaient ne pas disposer d’un tel bilan chiffré.

Cette orches­tra­tion de ce qui con­stitue aujourd’hui encore la plus grosse fuite de doc­u­ments mil­i­taires secrets de toute l’Histoire a coûté cher au fon­da­teur de la plate­forme de divul­ga­tion : il est depuis 2012 réfugié dans l’ambassade lon­doni­enne de l’Équateur, qui lui a accordé l’asile, après qu’il ait fait l’objet d’accusations de viol par deux femmes sué­dois­es. Ces faits remon­teraient à août 2010, soit un mois après la fuite des doc­u­ments relat­ifs au con­flit irakien. Ces accu­sa­tions ont amené le gou­verne­ment sué­dois à deman­der son extra­di­tion. Julian Assange dément les faits qui lui sont reprochés, absur­des selon lui, et affirme faire l’objet de per­sé­cu­tions poli­tiques.

Ces pour­suites sué­dois­es sont classées sans suite en mai 2017, mais il peut tou­jours se faire arrêter dès qu’il sor­ti­ra hors de l’ambassade, cette fois par la jus­tice bri­tan­nique, car il s’est sous­trait à ses oblig­a­tions judi­ci­aires en 2012. Son avenir reste donc flou. De plus l’enquête pour­rait être rou­verte s’il retourne – où se retrou­ve « retourné » par le biais d’un enlève­ment – sur le ter­ri­toire sué­dois d’ici 2020, date à laque­lle les faits seront pre­scrits.

Biographie et parcours professionnel

Il naît en Aus­tralie, dans la ville de Townsville en juil­let 1971. Sa mère est artiste, son père est activiste anti-guerre. Le cou­ple se sépare avant sa nais­sance, et Julian est élevé par son beau-père acteur. À leur divorce en 1979, sa mère se remarie avec un mem­bre act­if du mou­ve­ment New Age aus­tralien. Avant de se sépar­er en 1982, le cou­ple voy­age énor­mé­ment, et l’enfance de Julian Assange est mou­ve­men­tée : il con­naît trente villes aus­trali­ennes dif­férentes avant même l’adolescence… Il étudie ensuite la pro­gram­ma­tion, les math­é­ma­tiques, et la physique à l’Université du Queens­land en 1994, puis à l’Université de Mel­bourne en 2003. Il ne com­plète aucun de ces cur­sus, préférant pra­ti­quer le hack­ing. Avec ses deux amis bap­tisés « Trax » et « Prime Sus­pect », ils for­ment un groupe de hack­ers « éthiques » appelé les « Sub­ver­sifs Inter­na­tionaux ». Ils pira­tent ensem­ble le Pen­tagone, l’US Navy, le départe­ment de la Défense améri­cain, Citibank, et divers­es sociétés de com­mu­ni­ca­tion ain­si que des uni­ver­sités. Assange est mis sur écoute dès 1991 par les autorités aus­trali­ennes, qui finis­sent par l’arrêter en 1994 au motif de 31 actes de hack­ing per­pétrés. Jugé en 1996, il plaide coupable. Parce qu’il n’a pas démon­tré d’intentions malveil­lantes, et que son enfance est jugée « dif­fi­cile », la jus­tice se mon­tre clé­mente et le con­damne sim­ple­ment à pay­er une amende.

En par­al­lèle de ses années de hack­ing, Julian Assange est aus­si con­sul­tant en infor­ma­tique pour les autorités poli­cières, notam­ment dans le cadre d’enquêtes de la brigade des mineurs. Il crée égale­ment l’un des pre­miers four­nisseurs d’accès à inter­net aus­tralien, et pro­gramme de nom­breux logi­ciels de cryptage de don­nées. En 1998, il tourne la page du hack­ing et co-fonde l’entreprise Earth­men Tech­nol­o­gy. Dès 1999, il aver­tit le pub­lic qu’un brevet déposé auprès de la NSA per­me­t­trait de col­lecter mas­sive­ment les don­nées télé­phoniques.

En 2013, il fonde le par­ti poli­tique Wik­iLeaks, après avoir annon­cé sa can­di­da­ture au sénat aus­tralien au print­emps 2012. Il est par ailleurs ani­ma­teur d’une émis­sion de débats sur Rus­sia Today d’avril à juil­let de la même année. En juil­let 2015, il demande l’asile à la France, où il a une com­pagne et un enfant, s’adressant directe­ment au prési­dent Hol­lande dans une let­tre ouverte pub­liée par Le Monde. Une demande laconique­ment rejetée par l’Élysée. Pour Juan Bran­co, con­seiller juridique de Wik­ileaks, « le refus inter­vient 45 min­utes après pub­li­ca­tion du texte, or l’Élysée n’a pas vrai­ment de com­pé­tence et se réclame d’un “exa­m­en appro­fon­di” d’une telle demande, or la demande d’asile relève de l’Ofpra. Avant de pub­li­er sa fin de non-recevoir, l’exécutif ne s’est appuyé que sur des manchettes de jour­naux. C’est de la pure com­mu­ni­ca­tion, c’est ridicule. Ils ont peur. »

En 2016, après 16 mois d’enquête, le Groupe de tra­vail des Nations Unies sur la déten­tion arbi­traire a con­clu que la déten­tion de Assange par la Grande-Bre­tagne et la Suède était illé­gale. Cette déten­tion était con­sti­tuée par le fait même de sa réclu­sion volon­taire dans l’ambassade équa­to­ri­enne : « La pri­va­tion de lib­erté existe lorsqu’une per­son­ne est oblig­ée de choisir entre le con­fine­ment, ou le renon­ce­ment à un droit fon­da­men­tal – comme l’asile – et donc de faire face à un risque légitime de per­sé­cu­tion », écrivait ain­si le groupe d’enquête. « La sor­tie de M. Assange de l’ambassade équa­to­ri­enne l’obligerait à renon­cer à son droit d’asile et à s’exposer à la per­sé­cu­tion et au risque de mal­trai­tances physiques et men­tales que l’acceptation de sa demande asile avait pour but de lui éviter ».

WikiLeaks

C’est en 2006 qu’il fonde la plate­forme Wik­iLeaks, alors qu’il étudie à l’Université de Mel­bourne. Cette struc­ture, à mi-chemin entre le jour­nal­isme et l’activisme, se donne pour ambi­tion de pub­li­er des infor­ma­tions clas­si­fiées ou tenues secrètes. Ses pre­mières activ­ités, de 2006 à 2009, sont peu remar­quées. C’est à par­tir de 2010 qu’elle attire l’attention des médias inter­na­tionaux, après la pub­li­ca­tion de doc­u­ments clas­si­fiés améri­cains.

Wik­iLeaks s’illustre dans un pre­mier temps en faisant fuiter plus de 250 000 câbles diplo­ma­tiques con­fi­den­tiels à la fin 2010. Ces doc­u­ments por­tent sur des échanges diplo­ma­tiques entre plus de 150 pays, allant de 1966 à 2010. Un vol­ume de don­nées colos­sal, qui seront relayées par de nom­breux médias occi­den­taux (Le Monde, le Guardian, le New York Times, Der Spiegiel). En 2011, Wik­iLeaks prend la déci­sion de pub­li­er l’intégralité des don­nées, soit 251 287 doc­u­ments.

Par ailleurs, Wik­iLeaks pub­lie en 2011 des doc­u­ments clas­si­fiés sur la base d’incarcération améri­caine de Guan­tá­namo, qui révè­lent notam­ment que le gou­verne­ment savait que de nom­breux détenus étaient inno­cents. Pour le jour­nal­iste Glenn Green­wald, ces doc­u­ments démon­trent la nature de l’action améri­caine, « injuste et oppres­sante ». Une dimen­sion inhu­maine que les médias améri­cains se seraient empressés d’atténuer suite aux révéla­tions.

Enfin, la plate­forme du hack­er recon­ver­ti s’est aus­si illus­trée par la divul­ga­tion d’informations haute­ment con­fi­den­tielles sur la guerre menée en Irak par les Etats-Unis à par­tir de mars 2003. Ces fuites révè­lent notam­ment que le con­flit a coûté la vie à plus de 100 000 irakiens, majori­taire­ment des civils. Cette pub­li­ca­tion de 391 832 rap­ports en fait, aujourd’hui encore, la plus grande fuite de doc­u­ments de l’Histoire mil­i­taire mon­di­ale.

À l’été 2015, la plate­forme fait fuiter des doc­u­ments qui démon­trent que la NSA a directe­ment espi­onné les prési­dents Chirac, Sarkozy et Hol­lande. Une opéra­tion que Assange inti­t­ule « France­leaks », affir­mant que les raisons de ces sur­veil­lances sont à la fois poli­tiques et économiques, et qu’elles s’inscrivent dans une manœu­vre d’espionnage indus­triel, ayant pour final­ité de min­er la com­péti­tiv­ité des entre­pris­es français­es au prof­it des États-Unis.

À Paris Match qui le ren­con­tre mi-juin 2016, il explique que mal­gré les procé­dures judi­ci­aires lancées con­tre lui et sa réclu­sion volon­taire dans l’ambassade d’Équateur, Wik­ileaks est une affaire qui con­tin­ue de tourn­er : « Aujourd’hui, Wik­iLeaks a une cen­taine d’employés, nous sommes entière­ment financés par nos lecteurs, nous pub­lions des mil­lions de doc­u­ments et, mal­gré tous les moyens coerci­tifs exer­cés par les 29 000 chargés de com­mu­ni­ca­tion du Pen­tagone, la CIA et le FBI, nous n’avons jamais cessé d’opérer. Et Wik­iLeaks n’a aucun emprunt, aucune dette ».

À l’été 2016, Wik­ileaks pub­lie quelques 20.000 mails internes du comité interne du Par­ti Démoc­rate améri­cain (DNC) qui prou­vent que l’appareil du Par­ti a favorisé Hillary Clin­ton au détri­ment de Bernie Sanders. Ces mails ont une grande réso­nance out­re-Atlan­tique – la Russie est accusée d’avoir été à l’origine de la fuite – et notam­ment au sein du par­ti démoc­rate lui-même.

A l’automne 2016 Wik­ileaks per­turbe grande­ment la cam­pagne de Hillary Clin­ton aux USA en pub­liant les mails de John Podes­ta, ancien con­seiller de Barack Oba­ma et directeur de cam­pagne d’Hillary Clin­ton. Ces mails dévoilent entre autres les liens entre les Clin­ton et les grands lob­bies améri­cains, les petits prof­its de Bill Clin­ton, les arrange­ments politi­ciens des démoc­rates… Le gou­verne­ment équa­to­rien coupe alors l’accès inter­net de Julien Assange, mais il est trop tard. Ses révéla­tions ont un reten­tisse­ment énorme out­re-Atlan­tique où ils con­tribuent à la vic­toire de Don­ald Trump.

Sa nébuleuse

Edward Snow­den, Glenn Green­wald, Bradley Man­ning.

En avril 2017 Jean-Luc Mélen­chon s’engage à don­ner la nation­al­ité française à Edward Snow­den et Julian Assange car ils ont révélé que les Etats-Unis espi­onnaient la France. Marine le Pen avait fait cet engage­ment dès 2013.

Distinctions

2008 : The Econ­o­mist, prix Nou­veaux Médias.

2009 : Amnesty Inter­na­tion­al Grande Bre­tagne, Prix Médias.

2010 : Homme de l’année TIME, élu par les lecteurs.

Prix Sam Adams.

Homme de l’année Le Monde.

Prix de l’Union des jour­nal­istes du Kaza­khstan.

2011 : Prix Free Dacia décerné par la pub­li­ca­tion roumaine en ligne Cotidianul.ro.

Organ­i­sa­tion pour la paix, Syd­ney, médaille d’or.

Prix Martha Gell­horn du jour­nal­isme.

Prix de la fon­da­tion Walk­ley pour une con­tri­bu­tion notable au jour­nal­isme.

Prix Voltaire de la lib­erté d’expression.

2012 : Prix Big Broth­er, Héros de la vie privée.

2013 : Prix Glob­al Exchange : Human Rights, choix des lecteurs.

Prix Yoko Onno Lennon du courage.

Publications

Ouvrages traduits français :

  • Under­ground, édi­tions des Equa­teurs, 2011 (avec Suelette Drey­fus).
  • Men­aces sur nos lib­ertés, Robert Laf­font, 2013 (col­lec­tif).
  • Con­tre l’Empire de la sur­veil­lance, édi­tions Galilée, 2015 (avec Noam Chom­sky et Igna­cio Ramon­et).

Ce qu’il gagne

Dans la péri­ode qui a suivi les pre­mières révéla­tions de Wik­iLeaks, le compte en banque de Julian Assange, enreg­istré en Suisse, a été sus­pendu par l’établissement ban­caire Post­Fi­nance, en rai­son d’informations erronées quant à sa domi­cil­i­a­tion.

Par ailleurs, d’après le Wall Street Jour­nal, Julian Assange aurait signé un con­trat avec la mai­son d’édition améri­caine Ran­dom House pour la pub­li­ca­tion de ses mémoires aux États-Unis et au Roy­aume-Uni, pour un mon­tant supérieur à 1 mil­lions de dol­lars.

Pour sa part, Julian Assange affir­mait en 2012 être ruiné et n’avoir pas touché un sous de ses activ­ités publiques.

Il l’a dit

« Inter­net, notre plus grand out­il d’émancipation, a été trans­for­mé en le plus dan­gereux facil­i­ta­teur de total­i­tarisme qui n’a jamais existé.» Cypher­punks, OR Books, 2012.

« Mon nom est Julian Paul Assange. Je suis né le 3 juil­let 1971 à Townsville, en Aus­tralie. Je suis un jour­nal­iste pour­suivi et men­acé de mort par les autorités états-uni­ennes du fait de mes activ­ités pro­fes­sion­nelles. Je n’ai jamais été formelle­ment accusé d’un délit ou d’un crime de droit com­mun, nulle part dans le monde, y com­pris en Suède ou au Roy­aume-Uni […] L’énumération des actions menées con­tre mon organ­i­sa­tion, mes proches et moi-même ne per­met pas d’en saisir toute la vio­lence, mais peut-être en donne-t-elle une idée : appels à mon exé­cu­tion, à mon kid­nap­ping, et à mon empris­on­nement pour espi­onnage par de hauts respon­s­ables poli­tiques et admin­is­trat­ifs états-uniens, vols d’informations, de doc­u­ments et de biens, attaques infor­ma­tiques répétées, infil­tra­tions suc­ces­sives, inter­dic­tion illé­gale à l’ensemble des plate­formes de paiement de procéder à des dons envers mon organ­i­sa­tion, sur­veil­lance per­ma­nente de mes moin­dres faits et gestes et de mes com­mu­ni­ca­tions élec­tron­iques, pour­suites judi­ci­aires incon­sid­érées se pro­longeant depuis plus de cinq ans sans pos­si­bil­ité de me défendre, cam­pagnes de diffama­tion, men­aces physiques répétées, fouilles et har­cèle­ment de mes avo­cats, etc.», 3 juil­let 2015, Le Monde.

« Dénué de l’assistance con­sulaire et de la pro­tec­tion que me devait mon pays d’origine, l’Australie – où le gou­verne­ment a été sujet à des cri­tiques d’une ampleur inédite suite à sa ten­ta­tive de me retir­er mon passe­port en 2010, jusqu’à devoir faire marche arrière et se jus­ti­fi­er –, je demeure depuis main­tenant trois ans et dix jours au sein de cette ambas­sade.

J’y dis­pose de cinq mètres car­rés et demi pour mes usages pri­vat­ifs. L’accès à l’air libre, au soleil, m’a été inter­dit par les autorités du Roy­aume-Uni ; ain­si que toute pos­si­bil­ité de me ren­dre à un hôpi­tal ; je n’ai pu utilis­er le bal­con du rez-de-chaussée de l’appartement que trois fois depuis mon refuge, à mes risques et périls, et n’ai jamais été autorisé à sor­tir pour faire de l’exercice », Ibid.

« Sou­vent dans l’histoire, révéler bru­tale­ment au peu­ple une infor­ma­tion jusque-là tenue secrète par les élites a provo­qué de grands boule­verse­ments poli­tiques et soci­aux […] Or n’importe quel texte, n’importe quelle image peu­vent être mon­trés au monde entier en un instant, pour un coût min­ime. […] Aujourd’hui, on peut provo­quer de grandes réformes poli­tiques avec une très faible dépense d’énergie », Le Monde, 24 décem­bre 2012.

« [L’espionnage de la France par les États-Unis, NLDR] touche directe­ment l’emploi. Le chô­mage est par­ti­c­ulière­ment élevé en France, et il y a une rai­son à cela : les États-Unis jouent un sale jeu, et cherchent à mar­gin­alis­er la com­péti­tiv­ité des entre­pris­es français­es, et des entre­pris­es européennes », TF1, 24 juin 2015.

«Vous pou­vez soit être informé et être vos pro­pres gou­ver­nants, ou bien être igno­rants et avoir quelqu’un d’autre, qui n’est pas igno­rant, vous gou­vern­er », Rolling Stone, jan­vi­er 2012.

« Je ne suis pas en croisade con­tre l’autorité. L’autorité légitime est impor­tante. Toutes les struc­tures humaines deman­dent de l’autorité, mais l’autorité doit faire l’objet d’un con­sen­te­ment infor­mé de la part des gou­vernés. Actuelle­ment, le con­sen­te­ment, s’il y en a un, n’est pas infor­mé, de fait il est illégitime. Pour com­mu­ni­quer du savoir, nous devons pro­téger la vie privée des gens, et c’est ce que je fais depuis 20 ans : dévelop­per des sys­tèmes et des idéaux pour pro­téger le droit des gens à com­mu­ni­quer de manière privée, sans inter­férence gou­verne­men­tale, ni sur­veil­lance. (…) Le droit à la com­mu­ni­ca­tion sans sur­veil­lance gou­verne­men­tale est impor­tant, parce que la sur­veil­lance n’est jamais qu’une autre forme de cen­sure. Lorsque les gens craig­nent de s’exprimer parce qu’ils pensent qu’ils pour­raient être écoutés par le pou­voir, qui a la pos­si­bil­ité de les enfer­mer, ils adaptent leur dis­cours. Ils com­men­cent à s’autocensurer », Ibid.

«Les com­men­ta­teurs ont souligné la façon dont le monde essayait d’ériger un mythe autour de ma per­son­ne, qu’il soit négatif ou posi­tif. Un procédé à la fois fasci­nant, ter­ri­fi­ant, et comique, qui a sus­cité beau­coup d’hilarité par­mi mes proches et mes col­lab­o­ra­teurs. Nous faisons face à une sit­u­a­tion qui nous engage his­torique­ment, et dont les con­séquences sur la vie des gens et les édi­fices poli­tiques sont con­sid­érables. La nature de ces con­séquences, extrême­ment impor­tantes, va des révo­lu­tions aux emplois de nom­breux indi­vidus, et la grav­ité de cette entre­prise est telle­ment grande est que je n’ai pas le temps de con­sid­ér­er com­ment cette notoriété m’affecte per­son­nelle­ment.» Ibid.

« Je suis par­ti­san du Brex­it. Le Roy­aume-Uni est une force pesti­len­tielle pour le reste de l’Europe, et l’Union européenne se portera beau­coup mieux sans. Aujourd’hui, l’Europe n’arrive pas à réalis­er les réformes dont elle a cru­elle­ment besoin, et l’une des prin­ci­pales raisons en est l’influence néfaste du Roy­aume-Uni dans les instances déci­sion­nelles. Pour se réformer, l’Europe a besoin d’un élec­tro­choc. Je pense que le Brex­it pour­rait être ce choc », Paris Match, 16 juin 2016.

« Une Europe forte serait une bonne chose parce que le monde a besoin d’une troisième voie, d’une option alter­na­tive entre le bloc améri­cain et le bloc chi­nois qui se dessi­nent pour dans vingt ans », ibid.

« Le référen­dum actuel ressem­ble beau­coup à celui sur l’indépendance de l’Écosse il y a deux ans. A l’origine, c’est un os à ronger que l’establishment lon­donien jette au peu­ple pour l’occuper, unique­ment pour des raisons de poli­tique intérieure. Et puis, ensuite, on s’aperçoit que les sondages se resser­rent », ibid.

« Je n’avais pas anticipé la taille du scan­dale. Bien sûr, je me doutais qu’il faudrait pay­er un prix pour nos actions, mais pas un tel prix », ibid.

« Glob­ale­ment, nous faisons face à un mur juridique. Toutes les pièces du dossier améri­cain con­tre moi sont classées “secret-défense”. Ça représente des cen­taines de mil­liers de pages de procé­dures aux­quelles mes avo­cats n’ont pas accès, je peux donc dif­fi­cile­ment me défendre », ibid.

Au sujet des Pana­ma Papers [fuites sur l’évasion fis­cale de nom­breux dirigeants et chefs poli­tiques… mais curieuse­ment aucun aux États-Unis] : « Tout ça est sous l’égide de l’ICIJ (le Con­sor­tium inter­na­tion­al des jour­nal­istes d’investigation), basé à Wash­ing­ton, qui tra­vaille avec de l’argent des fon­da­tions Ford, Rock­e­feller et Soros. Com­ment voulez-vous qu’ils soient réelle­ment indépen­dants ? En matière de résul­tats, c’est fla­grant : avec seule­ment 166 doc­u­ments révélés, les “Pana­ma Papers” sont une des plus petites fuites de l’Histoire. Plus de 99,99 % des doc­u­ments disponibles ont été cen­surés, ce n’est absol­u­ment pas l’approche que prône Wik­iLeaks », ibid.

« La com­mu­nauté anglo-sax­onne du ren­seigne­ment est entrée dans une alliance très étroite, “Five Eyes” (“les cinq yeux”), dont l’Australie est un des cinq États mem­bres. Entre eux ils s’appellent “l’empire”, et je suis con­sid­éré comme traître à cet empire. C’est pour ça que je ne pense pas que la Grande-Bre­tagne renonce un jour à vouloir m’extrader vers les États-Unis, ni que Wash­ing­ton renonce à se venger con­tre moi », ibid.

« D’abord Hillary, main­tenant Marine. Nous sommes en 2017 et la main de fer du patri­ar­cat est plus forte que jamais », Twit­ter 9 mai 2017

« Je suis tou­jours extrême­ment irrité par les jour­nal­istes qui ignorent les rib­am­belles de tré­sors his­toriques qui détail­lent com­ment leurs insti­tu­tions se com­por­tent réelle­ment. La capac­ité du pub­lic à pren­dre ces infor­ma­tions et à les met­tre en rela­tion avec leurs his­toires per­son­nelles, ain­si qu’à les utilis­er à des fins juridiques ou au cours de cam­pagnes poli­tiques, est en réal­ité beau­coup plus grande que celle de n’importe quel jour­nal­iste ou rédac­teur en chef à l’esprit obtus, y com­pris moi-même », ver­ba­tim de l’entretien avec Randy Credi­co et Den­nis Bern­stein, Radio WBAI, 29 juil­let 2017

« On par­le beau­coup aux États-Unis de l’administration Trump qui ferme l’immigration et le tourisme sur le ter­ri­toire améri­cain aux ressor­tis­sants de cer­tains pays musul­mans du Moyen-Ori­ent. Je trou­ve étrange que l’on par­le si peu de ce que je pense être une sit­u­a­tion beau­coup plus grave : le refus de toutes les deman­des d’asile pour les réfugiés pen­dant 180 jours. Il n’est pas raisonnable d’accepter des touristes venant du monde entier mais de ne pas accepter de réfugiés », ibid.

« Espagne, ceci ne marchera pas en Cat­a­logne. Le peu­ple cata­lan a le droit à l’auto-détermination. Les arresta­tions ne font que les uni­fi­er et les ren­forcer », Twit­ter 9 sep­tem­bre 2017 au sujet du référen­dum Cata­lan. Le tweet mon­trait la pho­to d’un homme arrê­tant une colonne de chars place Tian Anmen à Pékin en 1989.

Ils l’ont dit

« C’est un traître qui a enfreint toutes les lois des États-Unis. Je suis con­tre la peine de mort, en con­séquence je pense qu’il faut illé­gale­ment abat­tre cet enfoiré […] Un homme mort ne peut rien faire fuiter », Bob Beck­el, Fox News, 2010.

«Grand, mince, élé­gant, Julian Assange, fon­da­teur et patron de Wik­iLeaks, s’impose d’abord à ses inter­locu­teurs comme un ora­teur tal­entueux, à la voix grave et posée, sachant manier la rigueur, l’humour, l’émotion, mais aus­si le sar­casme. En le regar­dant tra­vailler, on décou­vre un pro­fes­sion­nel sur­doué, ultra-per­for­mant : dès qu’il se lance dans un pro­jet, il s’y con­sacre totale­ment, nuit et jour, jusqu’à épuise­ment.» Le Monde, 24 décem­bre 2010.

«Il a été décrit comme un vio­leur, un com­bat­tant enne­mi, un agent du Mossad ou de la CIA. Ses deux col­lab­o­ra­teurs prin­ci­paux – le New York Times et le Guardian – l’ont à de nom­breuses repris­es qual­i­fié de déviant sex­uel aux mœurs dis­solues, tout en con­tin­u­ant à faire la pro­mo­tion des livres et des films sur ses exploits. Sa per­son­nal­ité est con­tro­ver­sée : il est char­mant, bril­lant et incor­rupt­ible, mais a sus­cité l’aversion pro­fonde de ses anciens col­lègues, qui le décrivent comme un méga­lo­ma­ni­aque à l’égo sur­di­men­sion­né, qui aurait endom­magé leur cause », Rolling Stone, jan­vi­er 2012.

«De fait, Julian Assange appar­tient à cette frange rare d’Anglo-Saxons briseurs de tabous. Ange pour les uns, démon pour les autres, résol­u­ment à con­tre-courant, bor­der­line, scan­daleux, il est de la race de ces non-con­formistes qui cassent les codes et pul­vérisent les con­ven­tions. D’Oscar Wilde, de Lawrence d’Arabie ou d’Alan Tur­ing, Assange pos­sède le même génie inquié­tant, la même mar­que de fab­rique, celle qui fait que grâce à eux le monde n’est plus tout à fait comme avant », L’Hebdo (Suisse), mars 2015.

« Enfer­mé au pre­mier étage d’une mai­son de ville, Julian Assange souf­fre de patholo­gies liées à l’isolement et à l’absence de lumière naturelle : carences vit­a­miniques, ter­reurs noc­turnes, douleurs rhu­ma­tismales », Paris Match, 16 juin 2016

« Les adjoints d’Assange s’emparent des passe­ports, des télé­phones porta­bles et de tous les appareils de la délé­ga­tion du prix Albert-Lon­dres venue inter­view­er le fon­da­teur de Wik­iLeaks. Ils affir­ment avoir détec­té trop de mouchards et de gad­gets d’espionnage en qua­tre ans de claus­tra­tion », ibid.

« Il con­naît sur le bout des doigts toutes les procé­dures judi­ci­aires le con­cer­nant, mêle aux détails tech­niques de grandes con­sid­éra­tions morales ou poli­tiques sur la marche du monde, avec cette acuité un peu fiévreuse que peu­vent avoir ceux qui restent obses­sion­nelle­ment attelés à une même tâche. De temps à autre, un employé de Wik­iLeaks, tran­si de fer­veur, vient gliss­er une petite note à son patron, qu’il traite avec des égards de min­istre ou de père abbé, acquiesçant aux ordres du maître de Wik­iLeaks par un hoche­ment de tête silen­cieux », ibid.

« Mal­gré son enfer­me­ment, c’est bien lui qui con­tin­ue de gér­er sa plate­forme numérique de doc­u­ments fuités, qu’il présente comme la plus grande pub­li­ca­tion indépen­dante au monde », ibid.

Mike Pom­peo, directeur de la CIA a accusé (14 avril 2017) Wik­ileaks d’être un « ser­vice de ren­seigne­ment non éta­tique hos­tile, sou­vent soutenu par des acteurs éta­tiques comme la Russie ».

« Il se peut que l’enquête sué­doise sur Assange ait été déclenchée à la demande des États-Unis. Le jour­nal­iste John Pil­ger a doc­u­men­té la pres­sion poli­tique du gou­verne­ment améri­cain sur les autorités sué­dois­es : le Pre­mier min­istre sué­dois et le min­istre des Affaires étrangères ont tous deux attaqué Assange, qui a été mis en accu­sa­tion sans aucune charge retenue. Assange a été prévenu que le ser­vice de ren­seigne­ment sué­dois, le SAPO, avait été infor­mé par son homo­logue améri­cain que l’arrangement sur le partage d’informations améri­cano-sué­dois serait inter­rompu si la Suède lui offrait sa pro­tec­tion », Con­sor­tium News, 29 mai 2017

Crédit pho­to : new­me­di­a­days­dk via Flickr (cc)

Ce portrait a été financé par les donateurs de l’OJIM

Ce portrait a été financé par les donateurs de l'OJIM

Aider l’Observatoire du jour­nal­isme, c’est con­tribuer au développe­ment d’un out­il indépen­dant, libre­ment acces­si­ble à tous et à votre ser­vice.

Notre site est en effet entière­ment gra­tu­it, nous refu­sons toute pub­lic­ité et toute sub­ven­tion — ce sont les lecteurs/donateurs qui assurent notre indépen­dance. En don­nant 100 € vous financez un por­trait de jour­nal­iste et avec l’avan­tage fis­cal de 66% ceci ne vous coûte que 33 €. En don­nant 200 € vous financez un dossier. Vous pou­vez régler par CB, par Pay­Pal, par chèque ou par vire­ment. Rejoignez les dona­teurs de l’Ojim ! Nous n’avons pas d’autres sources de finance­ment que nos lecteurs, d’avance mer­ci pour votre sou­tien.

22% récolté
Objec­tif : avril 2019 ! Nous avons récolté 445,00€ sur 2.000,00€. Vous appré­ciez notre tra­vail ? Rejoignez les dona­teurs de l’Ojim !

Suivez-nous sur les réseaux sociaux