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Céline Pigalle

9 mai 2022

Temps de lecture : 6 minutes
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Céline Pigalle

9 mai 2022

Temps de lecture : 6 minutes

Dans le sens du vent

Céline Pigalle est née le 31 janvier 1972 à Gonesse. Après quinze ans de journalisme à Europe 1, elle prend la direction de la chaîne d’information i>Télé avant d’en être exclue par Vincent Bolloré. C’est à la suite d’un passage éclair à TF1 qu’elle devient directrice de la rédaction de BFMTV.

i>Télé : entre « un certain humanisme » et éviction des « gêneurs »

Durant son pas­sage à i>Télé, Céline Pigalle et sa direc­trice Cécil­ia Rague­neau enten­dent dévelop­per « un dis­cours autour de valeurs pour se démar­quer de la pre­mière chaîne d’information, BFMTV, mêlant la recherche d’un recul con­tre l’immédiateté de l’information en temps réel et la défense d’un cer­tain human­isme ». Alors qu’elle est direc­trice de la rédac­tion, elle appuie le licen­ciement d’Éric Zem­mour d’i>Télé, en 2014, jugeant que le com­porte­ment de l’auteur du Sui­cide français a provo­qué la gêne par­mi la société des rédac­teurs de la chaîne à l’occasion de son émis­sion « Ça se dis­pute ». Un choix stratégique con­testable, puisque l’émission compte alors par­mi les meilleures audi­ences de la chaîne… Pigalle indique alors au jour­nal Le Monde : « On a tout fait pour aller jusqu’au bout, en écoutant Éric, mais là, on était au bout ». L’affaire se sol­dera au tri­bunal : attaquée par Zem­mour, i>Télé sera con­damnée à pay­er 50 000 euros de dom­mages et intérêts au jour­nal­iste pour « rup­ture bru­tale et abu­sive du con­trat, sans préavis et sans invo­quer aucun man­que­ment con­tractuel ».

En sep­tem­bre 2015, Pigalle est évincée d’i>Télé par Vin­cent Bol­loré. À l’occasion de son départ, elle aurait été « vive­ment applaudie par ses troupes », si l’on en croit Le Monde. La société des jour­nal­istes d’i>Télé fera d’ailleurs part dans son com­mu­niqué « de sa vive émo­tion face à la bru­tal­ité du départ de Cécil­ia Rague­neau, direc­trice générale, et de Céline Pigalle, direc­trice de la rédac­tion » et rap­pellera « son attache­ment aux principes intan­gi­bles d’une infor­ma­tion libre, indépen­dante et objec­tive ».

Le professionnalisme au service de la trahison

« Nous sommes très heureux d’ac­cueil­lir Céline Pigalle au sein de LCI. Avec Cather­ine Nayl, nous avons la con­vic­tion que son pro­fes­sion­nal­isme et son expéri­ence seront des atouts pré­cieux pour men­er à bien les mis­sions qui lui seront con­fiées et relever les défis du pas­sage de LCI sur la TNT gra­tu­ite et de ses futurs développe­ments dig­i­taux ».

Der­rière les aimables pro­pos de Nico­las Char­bon­neau et Jean-François Mul­liez, DG de LCI, se des­sine le fructueux avenir de Pigalle au sein du groupe privé. Inté­grant TF1 pour accom­pa­g­n­er le pas­sage en gra­tu­it de LCI, Pigalle quitte la chaîne trois mois après l’avoir inté­grée pour cause de désac­cords avec les cadres de la chaîne. Cette « pro­fes­sion­nelle », qui opère donc un départ sur­prise, saura rebondir. Six mois plus tard, elle intè­gre BFMTV dont elle est la nou­velle direc­trice de la rédac­tion. Ironie du sort : elle avait été recrutée pré­cisé­ment dans l’objectif de « lut­ter con­tre le leader de l’information en con­tinu : BFMTV ». Du pro­fes­sion­nal­isme à la trahi­son, il n’y a qu’un pas…

BFMTV : Pigalle dans le sens du vent… gouvernemental

C’est avec les man­i­fes­ta­tions des Gilets jaunes et le traite­ment fait par BFMTV de la crise san­i­taire que Céline Pigalle va se retrou­ver une nou­velle fois sous le feu de critiques.

À l’occasion de la crise des Gilets jaunes, BFMTV fait ain­si l’objet de nom­breuses con­tes­ta­tions, soit de poli­tiques dénonçant l’intérêt trop impor­tant prêté à ceux-là, soit par les pro­tag­o­nistes des man­i­fes­ta­tions soulig­nant la dénat­u­ra­tion faite de leur com­bat. La direc­trice de la rédac­tion se défend alors en pro­posant : « Peut-être aus­si qu’il ne faut pas la regarder toute la journée » ou « les poli­tiques la con­som­ment sur des durées absol­u­ment épou­vanta­bles et en effet se sen­tent frag­ilisés ». Lim­iter les audi­ences pour ne pas se sen­tir frag­ilisés : une drôle de propo­si­tion de la part de cette respon­s­able des pro­grammes diffusés…

La ligne de défense adop­tée pour défendre le traite­ment de la crise san­i­taire n’aura guère plus de suc­cès. Alors qu’elle est invitée à par­ticiper à une table ronde sur les médias à l’épreuve de la crise san­i­taire, Céline Pigalle admet s’être large­ment adossé sur le dis­cours gou­verne­men­tal sans y apporter des lumières cri­tiques. Elle indique alors : « dans un moment aus­si, où on veut dit qu’on est en guerre et où toute la notion de cohé­sion générale de la société, vous êtes rap­pelés au fait qu’il ne faut pas non plus trop trou­bler les gens. Et finale­ment, même si on a ten­té au max­i­mum de s’extraire de tout ça, pas trop aller à rebours de la parole offi­cielle, puisque ce serait frag­ilis­er un con­sen­sus social ». Elle se dédouan­era de ses paroles, jugées par elle « un peu con­fus­es », jus­ti­fi­ant le traite­ment unanime de BFMTV en matière de crise san­i­taire par un « cli­mat glob­al qui rendait la dis­cus­sion sci­en­tifique moins sim­ple, car elle était brouil­lée par le poli­tique. » L’argument avancé appa­raît faible : le con­stat, général­iste, pour­rait être appliqué à de nom­breux sujets traités par la chaîne d’infos en continue.

Origines et formations

  • 1994 : admise à l’IEP Paris, dont elle ressort diplômée.
  • 1996 : diplômée de l’École supérieure de jour­nal­isme de Lille.

Parcours professionnel

  • 1996–2011 : tra­vaille à Europe 1 au ser­vice économie.
  • 2000–2004 : cor­re­spon­dante à Berlin.
  • 2006–2008 : cor­re­spon­dante à Bruxelles.
  • 2008 : rédac­trice-en-chef des édi­tions du matin.
  • 2009 : rédac­trice-adjointe de la rédaction.
  • Mai 2011 : rejoint Canal+. Elle est rédac­trice-en-chef de l’émission quo­ti­di­enne La Matinale.
  • Mai 2012 : direc­trice de la rédac­tion d’i>Télé.
  • Jan­vi­er 2014 : direc­trice de l’in­for­ma­tion du groupe Canal+.
  • 4 sep­tem­bre 2015 : quitte Canal+ et i>Télé. Elle en est évincée par Vin­cent Bolloré.
  • 21 mars 2016 – mai 2016 : pas­sage rapi­de à TF1, à la tête de la rédac­tion de LCI.
  • 22 décem­bre 2016 : direc­trice de la rédac­tion de BFMTV.

Distinctions

  • 1996 : gain de la Bourse Lau­ga-Del­mas (créée par Europe 1), qui lui per­met de faire ses pre­miers pas de reporter aux infor­ma­tions générales.

Publication

  • Femmes au tra­vail, de qui se moque-t-on ? édi­tions PRAT, col­lec­tion Droits de regards. Mars 2000.

Elle l’a dit

« Nous [Cécil­ia Rague­neau, direc­trice d’i>Télé et elle] avons perçu du trou­ble et de la colère autour des pro­pos d’Éric Zem­mour, mais nous n’avons pas voulu agir dans la pré­cip­i­ta­tion, pour qu’on ne puisse pas dire que nous avons été manip­ulés ou instru­men­tal­isés », à pro­pos du licen­ciement d’Éric Zem­mour, Le Point, 20/12/2014.

« Nous sommes très soucieux de respecter la lib­erté d’expression. Et nous avons défendu celle d’Eric [Zem­mour] pen­dant plus de dix ans, pour que ses idées soient pris­es en compte, con­tred­ites et débattues. Mais aujourd’hui, on a l’impression que c’est lui qui fixe les règles et de quoi on par­le. On a de moins en moins le sen­ti­ment qu’on peut débat­tre. Le dia­logue est devenu de plus en plus dif­fi­cile, voire impos­si­ble. On a l’impression qu’il se par­le à lui-même et à son pub­lic », Le Monde, 19 décem­bre 2014.

« Les poli­tiques con­som­ment BFMTV sur des durées absol­u­ment épou­vanta­bles et en effet se sen­tent frag­ilisés », Huff­in­g­ton Post, 20/01/2019.

« Nos métiers néces­si­tent beau­coup d’hu­mil­ité et le sens des respon­s­abil­ités », Huff­in­g­ton Post, 20/01/2019.

« À mon avis, il y a quand même une chose très sin­gulière dans cette crise, c’est la poli­ti­sa­tion des débats sci­en­tifiques. Nous, on est très habitués à être au cœur de cette mêlée poli­tique, mais quand d’un seul coup la sci­ence est un enjeu dans le débat poli­tique… Finale­ment si on reprend un enjeu très basique, très prosaïque : quand Sibeth Ndi­aye dit « on ne va pas avoir besoin de masques parce que finale­ment on ne saurait pas com­ment les porter », vous voyez on est sur quelque chose de… [Elle ne finit pas sa phrase, ndlr] Dans un moment aus­si, où on vous dit qu’on est en guerre et où toute la notion de cohé­sion générale de la société, vous êtes rap­pelés au fait qu’il ne faut pas non plus trop trou­bler les gens. Et finale­ment, même si on a ten­té au max­i­mum de s’extraire de tout ça, pas trop aller à rebours de la parole offi­cielle, puisque ce serait frag­ilis­er un con­sen­sus social. Vous voyez, ce sont vrai­ment des cir­con­stances très, très sin­gulières ». Libéra­tion, 30 jan­vi­er 2022.

« Le sujet essen­tiel est donc dans l’ex­is­tence de titres indépen­dants, qui soient capa­bles de faire émerg­er cer­taines con­fronta­tions. Il peut s’avér­er utile, pour cela, d’avoir dif­férents groupes de presse, dont des acteurs plus puis­sants que cer­tains groupes indépen­dants et il faut que tout cela cir­cule, au point qu’un cer­tain nom­bre de choses finis­sent par être écrites, y com­pris dans un jour­nal qui n’avait pas for­cé­ment, en pre­mière inten­tion, une envie mas­sive de s’en empar­er. Tel me paraît plutôt être notre enjeu. » Rap­port com­mis­sion d’enquête séna­to­ri­ale : À l’heure du numérique, la con­cen­tra­tion des médias en ques­tion ?, 29/03/2022.

« Je ne déteste pas le terme de fab­ri­ca­tion de l’in­for­ma­tion même si je sais les con­no­ta­tions qu’on peut lui don­ner. Le jour­nal­isme est un petit méti­er d’ar­ti­san et, de ce point de vue, il a peu changé. » Rap­port com­mis­sion d’enquête séna­to­ri­ale : À l’heure du numérique, la con­cen­tra­tion des médias en ques­tion ?, 29/03/2022.

« BFMTV […] s’in­scrit dans la dynamique d’une grande chaîne pop­u­laire, s’adres­sant au plus grand nom­bre sur les sujets d’in­térêt général qui con­cer­nent plus par­ti­c­ulière­ment la France ou ayant une réso­nance pour notre pays, dans le cas d’évène­ments se déroulant à l’é­tranger […] Nous ne sommes pas du tout dans une démarche de télévi­sion d’opin­ion. Nous sommes attachés à demeur­er une grande chaîne d’in­for­ma­tion, ce qui n’empêche pas que des points de vue s’ex­pri­ment sur l’an­tenne ». Rap­port com­mis­sion d’enquête séna­to­ri­ale : À l’heure du numérique, la con­cen­tra­tion des médias en ques­tion ?, 29/03/2022

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