Ojim.fr
Veille médias
Dossiers
Portraits
Infographies
Vidéos
Faire un don
Les patrons de la presse nationale. Tous mauvais

19 novembre 2012

Temps de lecture : 2 minutes
Accueil | Critiques | Les patrons de la presse nationale. Tous mauvais

Les patrons de la presse nationale. Tous mauvais

Jean Stern est en colère. Jour­nal­iste de grand tal­ent et d’expérience, ayant roulé sa bosse aux Press­es de la Manche, à Libéra­tion, à la Tri­bune, fon­da­teur de Gai Pied, il a le sen­ti­ment de s’être fait flouer et le fait savoir dans un petit/grand livre rob­o­ratif, nour­ris­sant, écrit d’une plume allè­gre et enlevée. Un livre qui – con­traire­ment au titre — n’est pas écrit sous l’angle des indi­vidus mais sous celui du cap­i­tal.

La majorité de la presse ayant plus ou moins col­laboré change de mains à la Libéra­tion. Un équili­bre offi­cieux s’établit : aux com­mu­nistes du syn­di­cat du Livre l’imprimerie, aux gaullistes, aux social­istes et démoc­rates-chré­tiens les rédac­tions. L’aide à la presse (créée en 1942 par un cer­tain Pierre Laval) se sys­té­ma­tise et joue son effet d’opium (« À défaut de réfléchir, l’État paie »). Tout le monde a oublié un point : cette presse n’a pas de cap­i­tal.

Petit à petit le cap­i­tal va revenir. En 1995 le cou­ple infer­nal Colombani/Plenel se met en place au Monde et va le con­duire au bord de l’abîme. Les « jour­nal­istes man­agers » comme les appelle Jean Stern met­tent en place sous l’ombre d’Alain Minc une poli­tique d’expansion à tout prix. « Le Monde devient rapi­de­ment un mon­stre bureau­cra­tique, une machine obèse ». La machine infer­nale des Oblig­a­tions Rem­boursables en Actions (les trop fameuses ORA) est mise en marche. Le trio BNP, Bergé, Niel, Pigasse prof­ite d’une tré­sorerie exsangue pour pren­dre le pou­voir (voir l’infographie du Groupe Le Monde sur notre site). Libéra­tion prend le même chemin sous la férule de Serge July, la banque Roth­schild rem­plaçant ici la banque Lazard.

Les investisse­ments de la finance dans la presse ne lui coû­tent rien. Dans un chapitre par­fait Stern en démonte le mécan­isme. Un investisse­ment dans la presse est exonéré d’ISF car il s’agit d’une « œuvre de l’esprit ». Mieux encore, les hold­ings pas­sives ou actives per­me­t­tent de dimin­uer la fis­cal­ité des entre­pris­es qui déti­en­nent la presse défici­taire. Les Échos sont en perte. Ces pertes remon­tent dans une hold­ing détenant des act­ifs prof­ita­bles, les pertes vont s’imputer au total des béné­fices, les dimin­uer d’autant et réduire ain­si l’impôt glob­al, le tour est joué. Les action­naires s’y retrou­vent sur le plan financier. Mais les lecteurs ? Mais les jour­nal­istes ? Tout le monde investit sur le con­tenant (l’imprimerie) et dés­in­vestit sur le con­tenu (les enquêtes, l’investigation, les bureaux à l’étranger). Le risque de con­flits d’intérêts aug­mente, un for­matage s’installe (à notre avis sous-estimé par Stern, on pour­rait par­ler de pen­sée unique).

« Épi­logue ? Tous à la ferme ? ». Dans une pro­fes­sion en voie de pré­cari­sa­tion, les fer­mes de con­tenus pro­lifèrent. Les pigistes tra­vail­lant à domi­cile four­nissent au kilo­mètre du « con­tenu » rémunéré au clic. Demand Media out­re Atlan­tique dis­pose de 10000 rédac­teurs en cham­bre sur les sujets les plus var­iés. En France Relax News dis­pose déjà de 75 salariés et de 150 pigistes. Par­mi les action­naires de Relax News, Matthieu Pigasse et Serge Das­sault.

Jean Stern, Les patrons de la presse nationale. Tous mau­vais, La fab­rique édi­tions, 191 pp., 13 €, 2012.

Sur le même sujet

Related Posts

None found

Téléchargement

Poubelle la vie :
un dossier exclusif

Cela dure depuis quinze ans et diffuse chaque soir tous les stéréotypes « progressistes » les plus éculés...
Après le dossier Yann Barthes, voici un dossier exclusif sur la série Plus belle la vie alias “Poubelle la vie”, machine de guerre idéologique du monde libéral libertaire.
Pour le recevoir rejoignez nos donateurs (avec un reçu fiscal de 66 %).

Derniers portraits ajoutés

Ali Baddou

PORTRAIT — Ali Bad­dou n’est pas seule­ment présen­ta­teur-jour­nal­iste et pro­fesseur de philoso­phie poli­tique à Sci­ences-Po. Ce mem­bre de l’hyperclasse mon­di­ale est avant tout au cœur des réseaux de pou­voir maro­cains, français (mit­ter­ran­di­ens et social­istes) et médi­a­tiques.

Johan Hufnagel

PORTRAIT — Bien qu’il n’ait, pour un jour­nal­iste, pas écrit grand chose, Johan Huf­nagel n’en est pas moins par­venu à se hiss­er aux postes clés des médias où il a posé ses valis­es. Il n’y a là rien d’é­ton­nant : son secteur d’ac­tiv­ité n’est ni l’in­ves­ti­ga­tion, ni même la sim­ple rédac­tion, mais le numérique.

Laure Daussy

PORTRAIT — Lau­re Daussy, jour­nal­iste chez Arrêt sur images traque, tou­jours avec pugnac­ité et par­fois sec­tarisme, ce qu’elle con­sid­ère de façon axioma­tique comme des préjugés sex­istes, misog­y­nes, homo­phobes ou racistes dans les représen­ta­tions médi­a­tiques.

Jonathan Bouchet-Petersen

PORTRAIT — L’entourage pro­fes­sion­nel et famil­ial de Jonathan Bouchet-Petersen est mar­qué par ses liens avec le Par­ti social­iste et ses dirigeants : les réseaux strauss-kah­niens ou de Ségolène Roy­al, la Fon­da­tion Jean Jau­rès, l’agence de com­mu­ni­ca­tion Havas World­wide de Stéphane Fouks, la Netscouade, Medi­a­part…

Pascale Clark

PORTRAIT — Pas­cale Clark est jour­nal­iste sur France Inter où elle se fait par­ti­c­ulière­ment remar­quer pour sa morgue, son mépris et son par­ti pris face aux per­son­nal­ités poli­tiques de droite.

"Le partage, c'est le secret du bonheur."

Sylvain Augier, reporter, animateur de radio et de télévision