Dénoncer « l’ubérisation » ou protéger une caste ?

Dans sa dernière édition, l’hebdomadaire Marianne consacre quatre pages à dénoncer « l’ubérisation » des journalistes. Le terme est à la mode.

Le numérique sous la loi Google, les médias en pleine concentration, la presse papier mal en point : le métier perd de son sens et les journalistes perdent le moral. (…)

Pour Hervé Nathan, l’auteur de l’article, « le journaliste travaille trop », depuis que les rédactions se sont mises au web. Le métier a changé, puisqu’il faut désormais réagir toujours plus vite. Et de citer Vincent Lanier, secrétaire du Syndicat National des Journalistes : « En ajoutant une édition Web, on fait passer un journaliste de la presse quotidienne régionale (…) d’un bouclage quotidien à un bouclage toutes les trois heures ».

La raison de ce changement ? Elle est simple. Plus un site est réactif, plus il est visité. Plus il est visité, plus il draine d’annonceurs et donc de revenus… Rien de nouveau sous le soleil. Hervé Nathan n’est ni le premier, ni le dernier à décrire et déplorer les difficultés de la presse et des journalistes.

Mais, pour l’auteur, une autre menace, tout aussi dangereuse, pèse sur les journalistes : « l’apparition de “journalistes citoyens”, nouveaux concurrents des journalistes professionnels ». Selon Nathan, ce sont eux, ces « journalistes citoyens » qui seraient à l’origine de « l’ubérisation » de la profession. Pour autant, pas une seule fois dans son papier, Hervé Nathan ne s’interroge sur la responsabilité des journalistes dans ce désaveu et sur leur remplacement progressif par ces « journalistes citoyens », visiblement si dangereux. Pour lui, le journaliste est irremplaçable.

La conclusion du papier est éloquente : « Pourquoi se soucier du sort d’une profession qui n’est pas plus mal lotie que d’autres confrontées aux bouleversements de la mondialisation ? Laissons la réponse à Jean-Claude Delgènes : « “Simplement parce que les journalistes sont des auxiliaires de la démocratie” ».

Tout est dit. Hervé Nathan ne pousse pas seulement un coup de gueule ou un coup de blues. Non, il défend surtout sa caste menacée en la drapant dans de grandes idées.

Source : Marianne – Crédit photo : anonymouscollective via Flickr (cc)