Valeurs Actuelles et Minute exclus des aides à la presse

Fleur Pellerin l’avait annoncé ; c’est désormais chose faite. Lundi, le gouvernement a étendu ses aides à la presse pour les magasines en excluant les titres condamnés pour « incitation à la haine ou à la violence ».

Ces subventions, destinées à aider les titres qui tirent moins de 25 % de leurs revenus de la publicité, toucheront ainsi des magazines comme Le Monde Diplomatique, Témoignage Chrétien, Pèlerin Magazine, Causette, Terra Eco et une cinquantaine d’autres.

4 millions d’euros ont été dégagés du budget 2015 pour aider des journaux jugés « essentiels à la vitalité de la démocratie ». Mais la démocratie a ses limites. À l’initiative de la ministre de la Culture, ces aides ne concerneront que les titres qui ne dépassent pas la barre des 300 000 exemplaires et… qui n’ont pas été condamnés pour « incitation à la haine ou à la violence ».

L’occasion de mettre sur la touche des journaux comme Valeurs Actuelles, pourtant l’un des rares qui progresse, Minute ou encore Rivarol. « Cette réforme qui se concrétise, c’est un signe politique fort de mon soutien, du soutien de ce gouvernement, au pluralisme et à la liberté d’expression », avait pourtant déclaré Fleur Pellerin.

Cependant, tout comme la démocratie, la liberté d’expression a aussi ses limites. Pas question d’aider des journaux « d’extrême droite », quand bien même les condamnations pour incitation à la haine raciale sont aujourd’hui tout à fait arbitraires et établies sur des critères avant tout politiques.

Une preuve de plus, s’il en était besoin, que ces subventions ont pour seul et unique but de garder tout ce petit monde médiatique à l’intérieur des clous, sous peine d’exclusion.

Quoi qu’il en soit, ces procédés n’ont pas l’air de déranger outre-mesure le journal Libération. Au bord du gouffre financier et en chute libre sur le plan des ventes, le quotidien trouve néanmoins de l’énergie pour attaquer ses confrères, approuvant la décision du gouvernement et jugeant que « la haine n’est pas du journalisme ».

En revanche, pour ce qui est des fraudeurs fiscaux comme Mediapart, à qui le fisc réclame plus de 4 millions d’euros, aucun problème. C’est les copains, comme on dit. Dans une tribune sobrement intitulée « Leave Mediapart alone », Johan Hufnagel numéro un bis de Libé, estime que « si le droit peut plaider pour le fisc, (…) la légitimité va aux deux médias (Mediapart et Arrêt sur images, NDLR) ». Le droit et la rigueur de la loi pour les uns, la légitimité hors la loi pour les autres.

Et que dire du journal communiste L’Humanité, dont l’Assemblée a effacé en 2013 une dette de 4 millions d’euros. Aujourd’hui, le titre croule sous les subventions et ne parvient toujours pas à redresser la barre, soit tout autant d’argent public jeté par les fenêtres… Heureusement, il reste visiblement encore 4 millions d’euros en trop dans le budget de la ministre pour arroser les magazines alignés.

Un jour, les exclus du débat « démocratique », qui rencontrent les mêmes contraintes financières que leurs confrères, en viendront peut-être à mettre la clé sous la porte… et la pluralité ne sera plus qu’un vieux souvenir. Pas sûr que ce scénario ne tire la moindre larme à ceux qui, depuis des années, ne doivent leur survie qu’à l’argent du contribuable, indirectement forcé de soutenir une presse qu’il ne lit plus depuis longtemps.

Crédit photo : AcuaLitté via Flickr (cc)