Des publicités pornographiques dans un magazine pour ados

Un récent numéro du magazine pour adolescents Planète Stars a fait scandale auprès des parents et des associations de consommateurs.

Cette édition spéciale « Violetta » (une série de la chaîne Disney Chanel) contenait en effet pas moins de 46 publicités pour des numéros surtaxés de services pour adultes, selon un comptage minutieux de l’association 60 millions de consommateurs. « Strip time : elles te font des strips en privé », « Minettes sexy : prêtes à tout pour te faire plaisir », « Cuir & Latex : envoie EXICTE par SMS »telles sont les annonces corsées qu’ont pu lire nos chères petites têtes blondes… Nul besoin d’être puritain pour être choqué.

Mais qui se cache derrière Planète Stars et quel patron de presse est capable de signer pour de telles pubs dans un magazine pour ados ? Il s’agit de Frédéric Truskolaski, un patron de presse peu scrupuleux à qui Rue89 avait consacré un papier en mars 2013.

M. Truskolaski n’en est pas, avec ces petites annonces pornos pour enfants, à son premier fait d’arme. Depuis 2009, ce magnat a fondé pas moins de cinq SARL spécialisées dans la vente de magazines : People Story, Miss, Lolie, 20 Ans et Medias People. Selon un recensement effectué par Rue89, ces sociétés abritent plus d’une trentaine de publications (certaines ont déjà disparu des kiosques), pour des tirages allant de 60 000 à 100 000 exemplaires.

L’objet premier de ces publications ? Une presse people trash dont la base de l’information repose le plus souvent sur des faux témoignages et des récits totalement bidonnés. Alors que le lecteur croit lire des histoires peu banales de femmes perturbées ayant découvert qu’elles étaient issues d’un viol ou que leur fille a tenté de les empoisonner, « il n’y a que du vent, brassé par une petite armada de jeunes femmes, qui chômeuses, qui étudiantes, payées au lance-pierre pour inventer des histoires », écrit Rue89.

Et le site appartenant au Nouvel Observateur de citer l’exemple d’une rédactrice qui confirme que tout est faux. « C’est génial, on te paye pour écrire des conneries ! Le pire, c’est les articles de santé. J’invente des problèmes et aussi la réponse du docteur en allant me renseigner sur doctissimo.fr », explique-t-elle notamment… Les pigistes, payés au lance-pierres en droits d’auteurs (ce qui permet de contourner les charges sociales mais s’avère être illégal lorsque l’article n’est pas lié d’une manière ou d’une autre à une œuvre publiée) à 40 euros les 10 000 signes (soit 10 fois moins que la norme du secteur), reçoivent des consignes strictes : « Toutes les informations […], en particulier celles relatives aux choix artistiques [sic] et rédactionnels […], sont confidentielles […] pendant toute la durée du présent contrat, ainsi que pendant les trois années suivant son expiration. »

Frédéric Truskolaski cherche du reste ses collaboratrices en passant des annonces sur le site Letudiant.fr, « un vivier peu enclin aux indignations syndicales ». Et ce dernier exige, toujours d’après Rue89, qu’elles ne soient pas des journalistes professionnelles ! Une bonne armée de réserve pour son industrie. « C’est illégal. Cela peut être considéré comme un délit de fausse nouvelle. Ça peut aussi être qualifié de tromperie parce que le public pense acheter de la presse et pas de la fiction », prévient Emmanuel Pierrat, avocat spécialisé dans le droit de l’édition.

En attendant, Frédéric Truskolaski court toujours, inondant les kiosques de son papier glacé frauduleux, proposant publicités pornos et fausses informations aux ados…