Les hebdos régionaux condamnés au numérique

La Renaissance lochoise, Le Bonhomme picard, La Dépêche du bassin ou encore L’Écho d’Ancenis fleurent bon le terroir français mais sont pour l’instant fâchés avec les nouvelles technologies.

La nécessité, pour continuer à exister, d’amorcer leur virage numérique sera rappelée aux quelque 200 éditeurs présents lors du 40ème congrès de la presse hebdomadaire régionale (PHR), les 5 et 6 juin à Grenoble. Seulement 30% des 250 hebdos régionaux disposent d’un site moderne et réactualisé. La même proportion ne s’appuie sur aucun support digital et reste cantonnée au papier. Le dernier tiers met en ligne de simples vitrines. En 2013, les recettes réalisées sur le canal numérique (publicité, diffusion) n’ont représenté que 1% du CA global de la PHR (190 millions d’euros). La moyenne de la presse française se situe autour de 10%. Cette goutte d’eau numérique de deux millions d’euros est à comparer au recul des recettes traditionnelles des titres locaux. La diffusion et la publicité des 250 hebdos ont baissé respectivement de 2,5% et de 6% l’année dernière. Après celui de la capitale puis des grandes agglomérations, le lectorat des villes moyennes et des zones rurales est en train de changer ses habitudes, migrant de plus en plus vers les supports dématérialisés. Faute de réaction rapide, le modèle économique de la presse hebdomadaire régionale, encore prospère jusqu’en 2011, risque de passer de l’essoufflement au déclin.

Pour les hebdomadaires locaux qui, pour beaucoup, prennent tardivement le problème à bras le corps, le challenge de la monétisation de leur contenu sur le web passe par deux axes, technique et pédagogique. Une bonne partie des éditeurs, utilisateur depuis 2009 d’une formule centralisée de sites, adaptée à chacun, vont devoir passer par un prestataire extérieur. Cette politique de semi-assistanat, mise en place par leur organisation professionnelle, sera reléguée aux oubliettes fin 2014. L’ensemble des hebdos régionaux va devoir voler de ses propres ailes et concevoir sa propre stratégie en la matière. La formation à la rédaction bi-média, mais aussi à la commercialisation de la publicité numériques est le second chantier urgent. Il a d’ores et déjà démarré depuis plusieurs mois dans les petits journaux de pays, mais s’accélèrera sensiblement en 2014 et 2015. Ce pari nécessitera enfin un investissement conséquent pour des TPE-PME, qui pourrait être financé à 60% dans le cadre du fonds de 60 millions d’euros abondés sur trois ans par Google A l’horizon 2016, la PHR, qui représente 1,7 million d’exemplaires vendus au total et près de huit millions de lecteurs, espère doubler la part de ses recettes digitales.

S’adapter rapidement au numérique n’est pas le seul défi des hebdomadaires régionaux. Ils doivent concomitamment préserver leur source première de revenu (45% du CA publicitaire) représenté par les Annonces judiciaires et légales (AJL). Sous la pression de la Commission européenne, quotidiens et hebdomadaires ont mis en ligne en janvier 2013 la plate-forme Actulegales.fr, tout en préservant l’obligation préalable de publier les annonces sur le papier. Les mesures de simplifications administratives et d’abaissement des charges pour les entreprises, que le gouvernement souhaite instaurer courant 2014, constituent un danger bien plus menaçant pour le maintien de la manne des AJL dans le giron des hebdos régionaux.

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