« Gratuits » : Métro jette l’éponge

La France était le seul pays où trois journaux gratuits se partageaient le marché national. C’est terminé. TF1 arrête les frais en annonçant que la parution sur support papier du gratuit Metronews cessera avant l’été. Le journal avait accumulé les pertes : 10 millions d’euros en 2014, 15 anticipées en 2015.

Sur un effectif d’une centaine de personnes (dont 30 journalistes) il y aura une soixantaine de licenciements. Une réunion du comité d’entreprise est prévue le 26 mai. Dans un message envoyé aux salariés, TF1 affirme qu’elle “maintiendrait l’activité digitale avec l’objectif de développer les positions déjà acquises par la marque”. Selon des sources proches du dossier, l’activité web et smartphone de Metronews pourrait être adossée à LCI.

Cette issue a-t-elle été prévue de longue date ? L’Observatoire des Médias rappelle les tweets du PDG de Métro, Édouard Boccon-Gibod, qui envisageait ce scénario depuis 2012 : “nous serons le premier journal qui continue à tirer 700 000 exemplaires et à supprimer sa rédaction”. Il précisait même la méthode : “on passe du papier au digital sans passer par la case bi-média”.

Metronews est la première victime d’un secteur en crise, notamment à cause d’une concurrence trop soutenue. Selon une étude de l’IREP la publicité a diminué de 11,4% dans la presse gratuite (contre 10,1% de diminution dans la presse quotidienne nationale) tandis que les petites annonces ont, elles, reflué de 9,2% en 2014.

Pourtant, en  2012, une étude d’Audipresse avait affirmé que les gratuits avaient conquis un lectorat nouveau : “trois quarts des lecteurs des quotidiens gratuits ne lisent pas la presse quotidienne nationale et quatre sur cinq ne lisent pas la presse régionale”. Un potentiel qui n’a pas pu être « converti » en revenus. Du reste en province les gratuits ne se portent guère mieux comme en témoigne la volonté du groupe Sud Ouest d’arrêter les frais avec Direct Matin Bordeaux 7 si ce dernier continue à accumuler les pertes.