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Edelman : la défiance dans les médias est plus accentuée en France que dans le reste du monde
Publié le 

28 février 2016

Temps de lecture : 4 minutes
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Edelman : la défiance dans les médias est plus accentuée en France que dans le reste du monde

Depuis 2001, l’agence de communication et de gestion des relations publiques Edelman (une des plus grosses du monde) mène une enquête annuelle sur l’état de la confiance de l’opinion publique dans le monde. Les conclusions de son enquête pour 2015 sont à présent disponibles et sont intéressantes autant par les chiffres bruts que par leur évolution sur les dernières années, notamment lorsqu’on s’intéresse à la France. En substance, la population de l’Hexagone se montre de plus en plus méfiante vis-à-vis des médias et des politiciens…

Le pre­mier point que soulève l’enquête réside dans la dif­férence de com­porte­ment exis­tant entre le pub­lic infor­mé (il s’agit en gros des diplômés de 25 à 65 ans, dans le dernier quar­tile de revenus, et qui indiquent claire­ment se tenir infor­més) et le reste de la pop­u­la­tion : l’enquête mon­tre que les pre­miers accor­dent plus facile­ment leur con­fi­ance aux « vecteurs » d’information (les médias et les politi­ciens), et cette dif­férence est en France par­mi les plus grandes observées. Autrement dit, il y a un décalage impor­tant entre le pub­lic infor­mé (ou qui se déclare tel) qui con­serve un niveau de con­fi­ance élevé dans les infor­ma­tions qui lui sont délivrées, et le reste du peu­ple, qui n’y croit pas.

Pire : l’enquête mon­tre en plus que cette con­fi­ance s’érode net­te­ment d’année en année et que l’écart de com­porte­ment observé entre le pub­lic infor­mé et le reste de la pop­u­la­tion s’accroît, plaçant même la France dans les pays où le décalage croît le plus.

Le con­stat est sans appel : alors que le reste du monde sem­ble accorder un regard con­fi­ant envers ses insti­tu­tions et ses médias, les Français, au con­traire, mon­trent tous les jours plus de défi­ance vis-à-vis d’eux. Mais peut-on réelle­ment les blâmer ? …

La perte de crédi­bil­ité des jour­nal­istes provient prob­a­ble­ment d’un mélange de plusieurs fac­teurs, qu’on peut analyser comme suit.

  • D’une part, à force sans doute de copiers-collers de l’AFP qui don­nent un aspect unanime aux infor­ma­tions dans tous les organes de presse qui se pré­ten­dent con­cur­rents, cette notion même de con­cur­rence et donc de recherche de l’information la plus juste s’est pro­gres­sive­ment évanouie. Les Français com­pren­nent con­fusé­ment qu’il s’agit d’une con­cur­rence de pacotille puisque juste­ment, beau­coup de médias dépen­dent de sub­ven­tions (et donc du con­tribuable pour vivre). Les médias actuels sont l’exemple type d’une indus­trie en économie admin­istrée, même s’ils ne veu­lent pas l’admettre, ce qui biaise énor­mé­ment la con­cur­rence. Il devient d’ailleurs dif­fi­cile de ne pas voir au moins une cor­réla­tion entre la baisse de crédi­bil­ité et la baisse de lec­torat (la bonne ques­tion étant de savoir laque­lle des deux entraîne l’autre).
  • D’autre part, l’aspect « milieu fer­mé » du jour­nal­isme joue beau­coup. Les analy­ses, les édi­tos « enflam­més », les buzz médi­a­tiques sem­blent un peu tous for­matés sur le même moule. Or, de la même façon que l’ENA a large­ment con­tribué à une pen­sée unique en poli­tique, les écoles de jour­nal­isme et Sci­ence Po ont cer­taine­ment con­cou­ru à for­mater le dis­cours médi­a­tique, voire à l’orienter car­ré­ment. Par exem­ple, on ne compte plus les études qui mon­trent assez claire­ment le franc biais à gauche du jour­nal­isme français. Le traite­ment fran­coph­o­ne du réchauf­fe­ment cli­ma­tique est presque car­i­cat­ur­al : force est de con­stater que le dis­cours scep­tique a été longtemps et sys­té­ma­tique­ment tourné en déri­sion dans les médias français tra­di­tion­nels, qui ont claire­ment fait le choix de n’accorder de crédit qu’à la thèse d’un réchauf­fe­ment cli­ma­tique anthropique. On assiste par exem­ple à l’habituelle défer­lante annuelle d’articles sur « l’année la plus chaude jamais enreg­istrée », sans aucune remise en per­spec­tive des infor­ma­tions fournies : non seule­ment, l’année 1998 a été plus chaude que l’année 2015, non seule­ment, le terme « enreg­istré » est trompeur, mais l’effet El Niño de 2015 est con­sid­éré comme plus fort que celui d’alors, pour un résul­tat moin­dre ce qui tend à con­firmer qu’on est loin de maîtris­er réelle­ment les phénomènes der­rière les tem­péra­tures mon­di­ales, et, par voie de con­séquence, encore moins de pou­voir pré­ten­dre les cor­riger, dans quelque sens que ce soit. Cet exem­ple du réchauf­fe­ment n’est évidem­ment pas le seul, mais illus­tre assez bien le pro­pos : la con­cur­rence a, pour ain­si dire, dis­paru.
  • En out­re, dif­fi­cile de ne pas fac­toris­er aus­si le décalage perçu par les indi­vidus entre ce qu’ils décou­vrent par les réseaux soci­aux et ce que les médias leur rela­tent. Ain­si, le jour­nal­isme tra­di­tion­nel sem­ble tou­jours en retard sur les infor­ma­tions des réseaux soci­aux. Ceci est par­faite­ment logique, le jour­nal­isme ne pou­vant s’affranchir de recouper, véri­fi­er et met­tre en con­texte les infor­ma­tions, ce qui demande du temps dont les réseaux soci­aux ne s’embarrassent pas. À ce décalage s’ajoute cepen­dant celui, moins évi­dent à jus­ti­fi­er, de l’intérêt porté par les uns à des sujets dont les autres ne s’occupent pas for­cé­ment, voire oublient car­ré­ment. On peut illus­tr­er ceci avec deux faits diamé­trale­ment opposés : le pre­mier, ce fut la noy­ade du petit Aylan dont la médi­ati­sa­tion a été essen­tielle­ment obtenue par le jour­nal­isme tra­di­tion­nel, les réseaux soci­aux ser­vant très large­ment d’amplificateur de l’information. Inverse­ment, les attaques à car­ac­tères sex­uels de Cologne ont été d’abord relatées par ces réseaux soci­aux et il a fal­lu un buzz médi­a­tique sur les prin­ci­pales plate­formes pour qu’enfin, les médias tra­di­tion­nels s’occupent du phénomène, avec un temps de retard très au-delà de ce que l’habituelle véri­fi­ca­tion et col­lecte d’informations jus­ti­fi­aient.

Bref : décalage des traite­ments, milieu fer­mé, ersatz de con­cur­rence, ces élé­ments jouent très naturelle­ment con­tre le jour­nal­isme tra­di­tion­nel, et en France par­ti­c­ulière­ment où la remise en ques­tion n’a tou­jours pas eu lieu, même après les événe­ments de plus en plus mar­quants dans le pays.

Une presse de plus en plus coupée du peu­ple, des politi­ciens qui se nour­ris­sent, à l’ancienne, des analy­ses de cette presse qu’on sent main­tenant bien trop décon­nec­tée… Tout ceci ne peut pas bien se ter­min­er.

Source h16free in #Médias Alain Vizet

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