Christian Terras
Drahi, les Panama papers et les silences du Monde

Drahi, les Panama papers et les silences du Monde

Il est encore trop tôt pour appréhender tous les aspects, les origines, les stratégies de communication, les conséquences des Panama Papers. Mais on peut déjà souligner des absences troublantes, des présences (trop) tonitruantes et des présences (trop) discrètes.

Parmi les absences, celles des américains qui ne sont représentés que par quelques hommes d’affaires de Floride. Il semble étrange – étrange est un euphémisme – que le monde entier se soit croisé dans les bureaux du cabinet Mossack Fonseca… sauf les sujets américains. Cherchez l’erreur. Par contre Poutine (premier portrait de la une du Monde daté du mardi 5 avril) et Assad (second portrait) figurent en première page du Monde… alors qu’ils ne sont directement cités dans aucun papier du cabinet panaméen. Si Poutine a le droit a une page entière « La banque des copains de Poutine », l’Ukrainien Porochenko directement impliqué n’est même pas cité dans les deux premières éditions papier et son nom se retrouve de manière marginale dans LeMonde.fr. Étonnant ?

Dans son numéro suivant Le Monde ne consacre pas moins de deux pages complètes au Front National… alors que le parti n’est jamais cité directement dans les papiers. Pour Patrick Drahi, cherchez et cherchez bien ! Arrêtez de chercher vous ne trouverez pas son nom. Jérôme Fenoglio directeur du quotidien s’en est expliqué d’une manière embrouillée à la matinale de France Culture le 5 avril : c’est à cause de Xavier Niel propriétaire de Free et actionnaire du Monde, il ne fallait pas donner l’impression d’un conflit d’intérêts ou d’un coup de Jarnac à un concurrent. Diable ! Doit-on comprendre que si Bouygues ou Orange, eux aussi concurrents de Free (propriété de Niel), sont mis en cause pour toute autre affaire, Le Monde invoquera une réserve de neutralité sur le thème non possumus ? Étrange conception du journalisme.

De son côté, Patrick Drahi a démenti avoir utilisé une société panaméenne à des fins d’évasion fiscale. Le groupe Altice, maison mère de SFR, a bien utilisé une société panaméenne mais « de manière légale ». Qui viendra à la rescousse de Drahi (voir son infographie ici) ? Eh bien BFMTV propriété de … Patrick Drahi. C’est @rrêt sur images qui le fait remarquer, citation : « Comment parler de son patron, sur une chaîne de télévision, alors que son nom apparaît dans ce qui pourrait être un nouveau scandale d’évasion fiscale mondial ? BFMTV a trouvé la solution : en contre-attaquant ! Sur le plateau de l’émission BFMStory, l’animateur Olivier Truchot a ainsi pris la défense de Drahi (sans préciser qu’il s’agissait de son patron) face au journaliste du Monde, Jérémie Baruch. « Vous avez vu la réaction des gens qui ont été cités ? Ils se défendent c’est normalPatrick Drahi, par exemple, qui reconnaît avoir une société, mais rien d’illégal. Lionel Messi qui dit avoir eu une société, mais pas de fonds. Et puis d’autres. Est-ce que finalement c’est la bonne méthode de jeter en pâture des noms de personnalités, sans qu’elles aient vraiment la possibilité de se défendre ? Elles se défendent après, mais le mal est fait en quelque sorte.»

N’est ce pas charmant ? Pour être complet, BFM a cité plus longuement Drahi plus tard en indiquant sa qualité d’actionnaire de la chaîne. Remarquons qu’aucun média n’a fait d’enquête approfondie sur les mouvements au Panama d’Altice de Patrick Drahi entre novembre 2008 et décembre 2010. Drahi est pourtant la dixième fortune de France et la 205ème selon le magazine Forbes.

Et Libération ? De gros titres sur le FN et Jean-Marie Le Pen mais pour Drahi une discrétion de violette. Il faut taper Drahi sur le moteur de recherche du journal pour obtenir une mention le 4 avril à 12h30 sous la signature de Robin Korda qui reprend essentiellement …le communiqué d’Altice. Comme dirait François Ruffin : « Merci patron ! ».

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