Laure Adler

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Laure Adler,
papesse féministe de la mitterrandie culturelle

« La culture (…), c’est une certaine citoyenneté. »

De sa thèse d’histoire sur le féminisme aux nombreuses biographies qu’elle a consacrées, tout au long de sa carrière, à des grandes figures féminines, Laure Adler n’aura cessé d’être fascinée par les glorieux destins de femmes et, à sa manière, en aura incarné un. Conseillère culturelle de François Mitterrand, directrice (très controversée) de France Culture entre 1999 et 2005, cumulant les postes de pouvoir dans diverses institutions et chez de nombreux éditeurs, Laure Adler aura régné et règne encore sur le monde de la culture tel qu’il émergea de la mitterrandie. Une vision de la culture forcément « engagée » donc très idéologique et liée au combat politique et à l’analyse de l’actualité davantage qu’à une perspective patrimoniale, ce qui lui sera parfois rudement reproché. S’étant forgé une carrière comparable à celle des héroïnes de sa mythologie progressiste, donc foncièrement manichéenne, il lui aura été difficile de s’imaginer ailleurs que retranchée dans le Camp du Bien, d’où elle n’hésite pas à lancer des oukazes contre les déviants, ceux-ci, comme Renaud Camus ou Richard Millet, eussent-ils commis des œuvres d’une qualité culturelle infiniment supérieure à ses propres romans pour le moins insignifiants. Mais le pouvoir et la réussite personnelle ne rendent pas forcément clément ; les femmes pas davantage que les hommes.

Née Laure Clauzet en mars 1950, à Caen, cette fille d’un ingénieur agronome a grandi à Abidjan (Côte-d’Ivoire) jusqu’à ses dix-sept ans. Elle est mariée au producteur de France Culture, Alain Veinstein.

Formation universitaire

Laure Adler passe son bac en France où elle est rentée en 1967. En 1968, elle rencontre l’ethnologue Fred Adler, son premier mari dont elle conservera le nom pour sa vie publique. Elle passe ensuite une maîtrise de philosophie puis réalise une thèse d’Histoire sur les féministes du XIXème siècle.

Parcours professionnel

Elle entre à France Culture en 1974. Entre 1981 et 1987, elle participe régulièrement à l’émission « Droit de réponse », animée par Michel Polac. Elle est nommée conseillère à la culture par François Mitterrand en 1989 puis aborde la télévision en 1993, reprenant durant quatre ans pour France 2 « Le Cercle de minuit », émission nocturne de débats culturels créée par Michel Field. Elle passe ensuite sur Arte pour présenter une émission mensuelle d’entretiens : « Permis de penser ». À compter de 1995, elle devient membre du jury du prix de l’écrit intime. Après avoir collaboré avec les éditions Payot, Denoël et Plon, elle intègre en 1997 les éditions Grasset comme responsable des essais et documents. Elle publie en 1998 une biographie de Marguerite Duras qu’Alain Vircondelet, universitaire et éminent spécialiste de cet écrivain, dénonce comme une « escroquerie intellectuelle », l’accusant d’avoir « cannibalisé » son travail et celui de journalistes comme Christine Blot-Labarrère sans indiquer ses références.

Si les accusations de l’universitaire sont complètement ignorées, ces références sont néanmoins rétablies par Gallimard dans l’édition de poche. Laure Adler devient également cette même année directrice de la collection « Partage du savoir » aux Presses Universitaires de France. En janvier 1999, elle est nommée directrice de France Culture. Elle remanie en profondeur l’image et la programmation de la chaîne et suscite des contestations très virulentes, notamment de la part de plusieurs associations d’auditeurs, comme « sosfranceculture » ou « ddfc », ainsi que de la part de certains journalistes et producteurs de la chaîne. Cependant ses réformes donnent lieu à une augmentation d’audience, quoique la durée moyenne d’écoute diminue. Ses contempteurs lui reprochent une vision utilitariste de la culture, de délaisser une mission patrimoniale pour une approche trop liée à l’actualité, et critiquent sa gestion comme trop dirigiste et caractérisée par le renvoi d’ascenseur. Laure Adler conservera un souvenir douloureux de cette période, comme elle en témoignait encore en 2012 lors d’un entretien avec le JDD : « J’ai subi beaucoup de violence à France Culture. J’ai été agressée physiquement, sexuellement, moralement. On m’attendait le soir, au sixième étage, à 22 heures, devant l’ascenseur. Un type entrait avec moi et me crachait au visage. »

Durant l’« Affaire Camus », en 2000, Laure Adler fait partie de ses accusateurs les plus virulents et ira même jusqu’à juger l’écrivain « pire qu’Hitler »… En décembre 2005, elle laisse son poste de directrice de France Culture à David Kessler, non sans s’être appropriée au passage l’émission « À voix nue », la plus prestigieuse et la mieux rémunérée de la chaîne, ce qui provoque encore des commentaires acerbes. Elle rejoint alors le groupe La Martinière et prend la direction du secteur « Littérature et Documents » des éditions du Seuil, mais est licenciée l’année suivante. En 2006, Laure Adler reçoit la légion d’honneur des mains de Jack Lang. En mars 2007, elle signe avec 150 intellectuels un texte appelant à voter pour Ségolène Royal, « contre une droite d’arrogance », pour « une gauche d’espérance » et quoique l’arrogance n’ait visiblement pas été le défaut qu’on lui reprocha le moins. Cette même année, elle intente un procès au président d’une association d’auditeurs de France Culture, au sujet d’une simple caricature, avant de retirer finalement sa plainte. En 2008, elle donne des cours d’« histoire des femmes et du féminisme » à l’I.E.P. de Paris. Depuis 2009, elle fait partie du jury du prix de la BNF et participe à la Commission « Culture et Université » présidée par Emmanuel Ethis. Elle collectionne encore aujourd’hui les très hautes et prestigieuses responsabilités : présentant « Studio Théâtre » sur France Inter, animant l’émission littéraire « Tropismes » sur France Ô, « Hors-Champs » sur France Culture et, avec Bruno Racine, l’émission « Le Cercle de la BNF » en collaboration avec Le Magazine littéraire ; elle est également membre du Conseil d’Orientation du think tank « En Temps Réel », membre du Conseil d’administration du Théâtre de la Ville à Paris ainsi que de l’Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse, et enfin membre du conseil de surveillance du quotidien Le Monde. En septembre 2012, dès les débuts de l’« affaire Millet », Laure Adler appelle Gallimard à licencier l’écrivain, par ailleurs éditeur dans cette maison.

Combien elle gagne

Non renseigné

Publications

Essais
  • À l’Aube du féminisme : les premières journalistes, Payot ,1979.
  • Misérable et glorieuse. La femme au XIXe siècle, Fayard, 1981.
  • Secrets d’alcôve : une histoire du couple de 1830 à 1930, Hachette Littératures, 1983.
  • Avignon : 40 ans de festival, avec Alain Veinstein, Hachette, 1987.
  • La Vie quotidienne dans les maisons closes de 1830 à 1930, Hachette, 1990.
  • Les Femmes politiques, Le Seuil, 1994.
  • Les femmes qui lisent sont dangereuses, avec Stefan Bollmann, Flammarion, 2006.
  • Les femmes qui écrivent vivent dangereusement, avec Stefan Bollmann, Flammarion, 2007.
  • Femmes hors du voile, photographies d’Isabelle Eshraghi, éditions du Chêne, 2008.
  • Les femmes qui aiment sont dangereuses, avec Elisa Lécosse, Flammarion, 2009.
  • Les femmes qui lisent sont de plus en plus dangereuses, avec Stefan Bollmann, Flammarion, 2011.
  • Manifeste féministe, éd. Autrement, 2011.
  • Le Bruit du monde, éditions Universitaires d’Avignon, 2012.
  • La Vie quotidienne dans les maisons closes, éditions Fayard, 2013.
Biographies
  • L’Amour à l’arsenic : histoire de Marie Lafarge, Denoël, 1986.
  • Marguerite Duras, Gallimard, 1998.
  • Dans les pas de Hannah Arendt, Gallimard, 2005.
  • L’insoumise, Simone Weil, Actes sud, 2008.
  • Françoise, Grasset (sur Françoise Giroud), 2011
  • Dans les pas de Hannah Arendt, Gallimard, 2012.
Récits
  • L’Année des adieux, Flammarion, 1995 (rééd. 2011, augmenté d’un avant-propos).
  • À ce soir, Gallimard, 2001.
Entretiens
  • Avant que la nuit ne vienne, avec Pierre de Benouville, Grasset, 2002.
  • Jean-Pierre Chevènement : entretiens, éditions Michel de Maule, 2006.
  • Starck, Philippe : entretiens, Flammarion, 2007.
  • J. Attali : entretiens, éditions Michel de Maule, 2007.
  • Le Théâtre, oui quand même, avec Jacques Lassalle, éditions Universitaires d’Avignon, 2009.
  • Histoire de notre collection de tableaux – Pierre Bergé Yves Saint Laurent, avec Pierre Bergé, Actes sud, 2009.
  • La Passion de l’absolu, avec George Steiner, éditions de l’Aube, 2009.
  • Roland Dumas : entretiens, éditions Michel de Maule, 2010.
  • Le Chemin de la vie, avec Maurice Nadeau, éditions Verdier, 2011.
Préfaces
  • Une histoire du racisme : des origines à nos jours de Christian Delacampagne, Le Livre de poche/France Culture, 2000.
  • Petites chroniques de la vie comme elle va de Etienne Gruillot, Le Seuil, 2002.
  • Marguerite Duras et l’histoire de Stéphane Patrice, PUF, 2003.
  • Rwanda : un génocide oublié ? Un procès pour mémoire de Laure de Vulpian, Bruxelles, éditions Complexe, 2004.
  • Les Deux Amants de Marie de France, Bruxelles, éditions Complexe, 2005.
  • Alain Crombecque. Au fil des rencontres de Christine Crombecque, postface, Actes Sud, 2010.
  • Voyage et gourmandises en pays Salers de Régine Rossi-Lagorce, éditions Mines de rien, 2010.
  • Dimanche et autres nouvelles d’Irène Némirovsky, Le Livre de poche, 2011.
Collaborations
  • L’Illettrisme en toutes lettres. Textes, analyses, documents, entretiens, témoignages, éditions Flohic, 1999.
  • Paris. Au nom des femmes, Descartes & Cie, 2005.
  • L’Universel au féminin, tome 3, L’Harmattan, 2006.
  • Festival d’Aix : 1948-2008, Actes Sud, 2008.
  • Voyager avec Marguerite Duras, édition La Quinzaine littéraire, 2010.
  • Pensez, lisez. 40 livres pour rester intelligent !!!, Points, 2010.
  • Le Bruit du monde : le geste et la parole, éditions universitaires d’Avignon, 2012.

Elle l’a dit

« Je me définis comme Africaine », JDD, 8 juillet 2012

« D’abord parce que toute cette nouvelle génération des créateurs issus de différents milieux sociaux, et pas seulement des élites économiques de la France bien-pensante, est en train de fabriquer un creuset multi-ethnique, multi-culturel et multi- disciplinaire. Et ensuite parce que j’ai l’impression que toute cette création sur différents supports qui ne nécessite pas forcément une formation intellectuelle au départ très poussée mais plutôt un instinct créatif, va pouvoir atteindre des couches plus « populaires » que celles avec lesquelles on a l’habitude de converser. » 491, avril 2001

« La vision de la culture a énormément évolué. La culture, ce n’est plus le patrimoine, c’est l’interrogation de soi-même, une certaine citoyenneté, une manière de s’ouvrir au monde. » Le Monde, juillet 2004

Sa nébuleuse

Ségolène Royale ; Bernard-Henri Lévy ; Jack Lang ; Alain Veinstein ; Olivier Py ; Frédéric Mitterrand.

Ils ont dit

« Laure Adler, directrice, savait sans sourciller licencier du jour au lendemain des producteurs précaires en leur assurant que c’était « pour mettre fin à leur précarité scandaleuse à France Culture ». Vincent Mutin, ACRIMED, septembre 2005

« Le discours est généreux, mais les méthodes sont tranchantes. » Édouard Launet, Karim Talbi, Libération, août 1999

« Elle a commis un impair fameux, à l’issue d’un Cercle de minuit, en traitant de « pétasse » une sans-abri qui s’était plainte de ne pouvoir s’exprimer. Cette émission était consacrée aux SDF. « On l’a réalisée pour les mettre en vedette, fit-elle répondre par sa productrice. On leur a même donné un micro. » Ces petits écarts l’ont finalement réduite, pour beaucoup, à sa caricature : une marquise de Merteuil caviardant le bel esprit de gauche pour convenances personnelles. » Philippe Lançon, Libération, avril 1995

Crédit photo : Georges Seguin via Wikimedia (cc)

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