Emmanuel Hoog

AFP : Emmanuel Hoog candidat à sa propre succession

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Portrait : Emmanuel Hoog

Emmanuel Hoog avait annoncé sa candidature à sa propre succession au poste de PDG de l’Agence France Presse(AFP), dont l’élection s’est tenue le 4 avril 2013. Le patron de la première agence de presse française et anciennement de l’INA est un pur produit de l’administration culturelle étatisée. Celui qui, avec son équipe de direction, a accueilli la victoire présidentielle de François Hollande avec des applaudissements et choisi de lever l’embargo afin d’annoncer l’information dès 18h53, a été reconduit dans ses fonctions.

Famille et études

Né à Paris (XVème) en septembre 1962, Emmanuel Hoog est tombé très vite dans la marmite de la Culture. Il est en effet le fils de deux conservateurs des Musées nationaux : Michel Hoog (conservateur en chef du Musée d’Art moderne et de L’Orangerie, spécialiste de Cézanne et Monet, professeur à l’École du Louvre) et Simone Hoog (conservateur en chef au Musée national des Châteaux de Versailles et du Trianon). Après des études au lycée Saint-Jean-de-Béthune de Versailles et à l’Institut d’Études Politiques (IEP) de Paris, il entre à l’École Nationale d’Administration (ENA) en 1986. Il est de la promotion Michel de Montaigne, tout comme l’économiste Nicolas Baverez, le PDG d’Air France Alexandre de Juniac, ou encore Denis Olivennes, aujourd’hui directeur de l’information d’Europe 1 et du pôle information du groupe Lagardère. Sans surprise, à sa sortie de l’ENA, Emmanuel Hoog choisit le ministère de la Culture. Il est divorcé de la comédienne Marie Favasuli.

Parcours professionnel

La carrière d’Emmanuel Hoog s’est faite d’abord dans le sillage de Jack Lang, puis de Laurent Fabius. C’est auprès du premier qu’il entre au Ministère de la Culture en 1988 en tant que chef du bureau des affaires budgétaires et financières, puis responsable des manifestations culturelles célébrant le centenaire d’Arthur Rimbaud. Il a ensuite été administrateur du Théâtre de l’Odéon, et directeur délégué du Piccolo Teatro de Milan, dont le directeur est alors Jack Lang. C’est avec celui-ci qu’il lancera, en 1999, Le Printemps des Poètes. En 1997, il devient le conseiller chargé de la Culture et des Médias de Laurent Fabius à la présidence de l’Assemblée nationale, qu’il suivra au Ministère de l’Économie et des Finances. En 2001 il est nommé PDG de l’Institut National de l’Audiovisuel (INA). En mai 2010, il interrompt son second mandat suite à son élection à la tête de l’AFP. La candidature d’Emmanuel Hoog, présentée au Conseil d’administration par les administrateurs de l’État et soutenue par le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand, l’emporte au premier tour par 10 voix sur 15. Le « candidat du pouvoir » est ainsi préféré à deux importants patrons de presse : Philippe Micouleau, ancien directeur général de La Tribune, et Louis Dreyfus, ancien directeur général de Libération et du Nouvel Observateur. Une victoire peu surprenante, quand on sait que 40 % du chiffre d’affaires de l’AFP est apporté par les abonnements de l’État. Pour son second mandat, Emmanuel Hoog prône la stabilité : « En 25 ans, AP et Reuters ont connu 2 présidents, l’AFP 8. Cette instabilité est une entrave à la bonne marche de l’entreprise ». Il propose ainsi de prolonger le mandat du président de 3 à 5 ans. Parmi les 5 défis de l’AFP identifiés par l’actuel président dans sa déclaration de candidature : la fortification du monopole de l‘AFP, avec « l’installation d’une stratégie dynamique permettant à l’agence de garder le leadership sur le territoire national et de rester non seulement un acteur de référence, mais le partenaire indispensable des médias français », et le renforcement de ses relations financières avec l’État, avec « la résolution de la plainte déposée à Bruxelles qui paralyse toute mobilisation de moyens publics nouveaux, et la négociation du prochain Contrat d’Objectifs et de Moyens ». Un ensemble de mesures qui ne pourront se faire sans le soutien de l’État, ce qui explique largement que le haut-fonctionnaire ait à nouveau été préféré par le conseil d’administration de l’agence le 4 avril dernier.

La thèse du succès du « candidat du pouvoir » est par ailleurs étayée par un épisode survenue le soir de l’élection de François Hollande à la présidence de la République, dont la vidéo est à regarder ici.

On y voit le PDG, Emmanuel Hoog entouré de son directeur de l’information, du chef du service politique et de la rédactrice en chef centrale, applaudir et accueillir avec des mines visiblement réjouies la nouvelle de la victoire du candidat socialiste. L’AFP a ensuite expliqué dans un texte diffusé sur le net qu’il s’agissait d’applaudir non pas la nouvelle, mais l’évènement que représentait l’envoi d’un flash qui enfreignait le sacro-saint embargo en annonçant l’information dès 18h53 au lieu de 20h. Une explication niée par un journaliste de l’AFP qui, sous couvert d’anonymat, a confié au site Atlantico.fr : « c’est une pure hypocrisie, car l’envoi de ce flash ne relève d’aucun exploit particulier de l’AFP. L’AFP s’est contentée de violer la loi comme elle l’avait déjà fait au premier tour, en diffusant des estimations déjà diffusées par des médias étrangers. Mais le flash ne constitue en lui-même aucun succès remarquable de l’agence qu’il conviendrait d’applaudir à tout rompre. Que reste-t-il à applaudir, sinon le contenu ? »

Un autre fait marquant de la présidence d’Emmanuel Hoog est la signature d’un partenariat entre l’AFP et l’Agence Chine nouvelle. Agence de presse officielle du gouvernement chinois, son directeur a le statut de ministre et reçoit ses ordres directement du Président Hu Jintao. Emmanuel Hoog a rencontré son homologue au cours d’un dîner en septembre 2011 avec lequel il a signé un accord pour renforcer leurs liens.

Nébuleuse

Ancien champion de Water Polo junior et passionné de poésie et de théâtre, Emmanuel Hoog est Président de la Maison de la Poésie et Trésorier du Festival d’Automne à Paris. Il est par ailleurs membre du Siècle, président de la Fondation AFP, membre de la Commission Tessier sur la numérisation du patrimoine écrit, du Conseil scientifique de l’Université de Paris 3- Sorbonne Nouvelle, administrateur de l’EHESS (École des Hautes Études en Sciences sociales) et vice-président du Comité d’Histoire de la Radiodiffusion.

Il l’a dit

« L’irruption d’Internet et des technologies numériques a transformé chacun de nous en producteur de mémoire. Alors que les missions de sauvegarde et de conservation étaient autrefois réservées à des institutions patrimoniales telles que les musées ou les bibliothèques, tout le monde peut désormais archiver sa vie sous forme de blogs, de photos ou de vidéos et la partager avec le public sur le Web. C’est ce que j’appelle la « bulle mémorielle » : une masse d’informations qui jadis s’oubliait reste gravée dans la mémoire de nos ordinateurs et de nos réseaux. Ainsi, chacun peut revendiquer sa part d’éternité, non seulement les individus, mais aussi les différentes communautés, qui sont toujours plus nombreuses à vouloir faire reconnaître leur propre histoire particulière. Cette évolution porte en germe la menace d’un nouveau conflit identitaire, d’une « guerre des mémoires ». Et à partir du moment où notre passé est atomisé, privatisé, comment peut-on encore envisagé un avenir ensemble ? De plus, en confiant notre mémoire à un disque dur, nous risquons de nous diriger lentement vers une amnésie et une déculturation collective. Pourquoi continuer à apprendre et à mémoriser, puisque la machine le fait à notre place ? », interview à Clubic.com, le 25 septembre 2009, résumant ainsi la thèse de son ouvrage Mémoire année Zéro, Éditions du Seuil, 2009.

« C’est une usine à fabriquer, à construire, à diffuser de l’information », au sujet de l’AFP dont il vient de prendre la tête, en mai 2010

« Il faut une législation qui donne des droits nouveaux, des libertés nouvelles (à l’internaute), car internet est une fausse liberté », interrogé sur son ouvrage en mai 2010, Mémoire, année Zéro, Editions du Seuil, 2009.

« C’est comme la plupart des journaux, mon devoir est de garantir l’indépendance et le développement de l’AFP. Mon boulot c’est de développer l’indépendance de l’agence. J’interviens sur les moyens, car ce que me demandent les journalistes ce sont les moyens, ce n’est pas de décider de l’information qu’on traite », 9 décembre 2010, en réponse à une question d’une étudiante de Sciences Po : « Comment peut-on être président de l’AFP et pas journaliste? »

« Jean Vilar disait que le théâtre, comme l’eau est l’électricité devait être un service public, après le théâtre, aujourd’hui c’est la poésie », à l’occasion du lancement de la 2e édition du Printemps des poètes, en 2000.

Crédit photo : Le Figaro / le.buzz.media

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