Denis Jeambar

Denis Jeambar

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Denis Jeambar,
néoconservateur à la française

Tour à tour journaliste, patron de rédaction, écrivain, réalisateur et éditeur, le parcours de Denis Jeambar tient d’une forme de « success story » à la française. Parti du bas de l’échelle comme sa biographie officielle le présente, il est devenu quatre décennies plus tard, ce faiseur d’opinion, à la manière d’un BHL, omnipuissant et omniprésent dans les médias et donnant le la au niveau moral ou politique. Pourtant cet agent d’influence de la pensée néoconservatrice, fait preuve d’une très grande discrétion sur sa famille et son entourage. Car c’est sûrement dans les nombreuses zones d’ombre, que cette biographie met pour la première fois en lumière, que se cache les raisons de cette ascension.

Il est né à Valréas (Vaucluse) en janvier 1948. Sa mère Jacqueline Cerf, réfugiée juive s’est « mariée à un goy » André Jeambar, « totalement irreligieux, pour ne pas dire mécréant. Le petit Denis est baptisé, mais sa foi première le porte vers la laïque, les mythes et les valeurs républicaines de l’école », « Denis Jeambar, l’homme qui pilote l’Express », revue-medias.com. Présenté comme « issus d’un milieu modeste » son père a tout de même été l’un des anciens présidents du Lions Clubs International du district Valréas enclave des papes. Même si la ressemblance physique entre les deux hommes est plus que troublante, une interrogation demeure sur les liens de parenté entre Denis Jeambar et Patrick Simon Jeambar, né lui aussi à Valréas le 01/06/1946, présenté comme « issu d’une famille apparentée au papier ». Une question légitime au vu du CV de Patrick Jeambar qui a fait toute sa carrière dans l’industrie papetière, comme président d’Ahlstrom Brignoud et du Groupement des industries papetières du Sud-Est (Gipse) (voir succincte biographie), secteur complémentaire d’un Denis Jeambar ayant fait la sienne dans le journalisme et l’édition ! Une famille Jeambar qui devait bénéficier de réseaux appréciables puisque ce sont eux qui ont permis à Denis Jeambar de lancer sa carrière. Son entrée à Paris Match se fait grâce à la « la filière valréassienne (…) une amie d’enfance de Madame Jeambar mère se trouve être l’épouse de Robert Serrou, alors l’une des éminences de Paris Match. C’est ainsi qu’au sortir de Sciences-Po, le jeune homme franchit l’auguste seuil comme si c’était la chose la plus naturelle du monde à 22 ans. A l’époque, il est vrai, semblables aubaines n’étaient pas tout à fait inconcevables », « Denis Jeambar, l’homme qui pilote l’Express », revue-medias.com.

Au niveau de la religion, Denis Jeambar redécouvre sur le tard sa judéité : « Enfant, j’étais fasciné par mes grands-parents juifs chez qui je me rendais en vacances à Paris, dans le quartier des Arts-et-Métiers. Je les aimais beaucoup, mais tout cela n’a pris son sens qu’assez récemment. » Cette redécouverte de ses racines juives aurait eu des incidences professionnelles selon Michel Richard, un de ses plus anciens amis et son adjoint au Point qui « lui impute une brouille durable : ”J’avais piloté une cover story reprenant le questionnement sartrien : “Qu’est-ce qu’être juif ?” et rédigé trois ou quatre feuillets d’introduction, relus par Imbert et approuvés, après parution, spontanément, par diverses instances juives de Paris. Moyennant quoi, je reçois un coup de téléphone glacial de Denis : – C’est toi qui as écrit ça ? – Oui. – Alors, nous n’avons plus rien à nous dire. Et nous ne nous sommes plus rien dit, en dehors d’un échange de lettres où je me suis évidemment trouvé acculé à l’épouvantable exercice qui consiste à faire la preuve de la pureté de mes intentions. J’ai beaucoup souffert de cette espèce de procès stalinien dont je n’ai toujours pas compris la signification.” » Des déclarations qui vont dans le sens de celles faites par Denis Jeambar au magazine Tribune juive le 14 mars 1996, lorsqu’il avait affirmé se « sentir très attaché à Israël » (« Je suis d’origine juive par ma mère, bien que baptisé. Je me sens très attaché à Israël et la plus grande partie de ce qui me reste de famille aujourd’hui est juive »).

Du côté familial, il est marié à Nicole (de son nom de jeune fille Amic), rencontrée à Valréas. Avec sa fille Élodie (désormais Guillemin) et sa femme, et alors qu’il était président du directoire du groupe L’Express-L’Expansion et bénéficiant donc d’une puissance de feu dans les médias, ils ont créé en 2003 l’agence de communication NJB Communication avec pour clients : la fondation de la Maison de la Chimie, l’académie des Sciences, l’académie des Sciences Morales et Politiques, le collège de France, Cristina Rubalcava – peintre, Jean-Alexandre Delattre – sculpteur ou GDF-Suez, etc. Par ailleurs, la famille Jeambar, à travers la SARL NJB Communication, gère le site internet art-en-scene.com. Ce « site fait une place à des artistes que nous aimons et soutenons » comme Christine Bry, Sylvain Canaux, Jean-Alexandre Delattre, Daniel Lindemann et André Perlstein. De 2003 à 2006, Nicole Jeambar s’occupe par ailleurs du festival des Nuits de l’enclave à Valréas.

Formation

Licencié en droit et diplômé de Sciences-Po (1970).

Parcours professionnel

1970 : Commence sa carrière à Paris Match, dont il devient reporter en 1971.

1972 à 1995 : Il entre au magazine Le Point, nouvellement créé, en septembre 1972, comme reporter à la rubrique Ville-Environnement, dont il sera chef d’enquête de 1976 à 1978, puis grand reporter au service Société (1978), chef du service Partis Politiques (1980), avant de devenir chef du service Nation en 1985 puis chef du service politique de l’hebdomadaire en 1988. Directeur de la rédaction en 1993, il quitte l’hebdomadaire en juillet 1995. Durant cette période au Point, il occupa parallèlement le poste de rédacteur en chef aux magazines Vie Publique et à Musiques.

1995 à mars 1996 : Denis Jeambar quitte Le Point au mois de juillet 1995 afin de prendre les fonctions de directeur général de l’antenne d’Europe l, à la demande de Jacques Lehn et de Jean-Luc Lagardère, mais ne les assume que jusqu’au mois de mars 1996. Il démissionne au bout de 9 mois : « Je n’y ai pas perdu mon temps. J’y ai appris des choses et, en premier lieu, que ça n’était pas mon métier. La radio est quelque chose qui n’arrête pas de couler, de l’eau, du sable que l’on ne peut pas retenir. Moi, j’aime avoir les mains dans le cambouis de la presse écrite, pouvoir réfléchir en amont et contrôler ensuite. J’en ai tiré les conséquences d’autant plus facilement que, pour la première fois de ma vie professionnelle, je me sentais malheureux. », « Denis Jeambar, l’homme qui pilote l’Express », revue-medias.com.

En 1995-1996 : il présente un magazine hebdomadaire d’instruction civique « Affaires publiques » sur la Cinquième avec Christophe Barbier.

Mars 1996 à 2006 : Il prend la succession de Christine Ockrent à la direction de la rédaction de L’Express. Il est nommé en 2001, président du directoire du groupe Express-Expansion.

1997-2000 : Chargé du séminaire de DESS de communication politique à La Sorbonne

2006 à 2010 : En août 2006, Denis Jeambar quitte le groupe Express-Expansion (désormais propriété du groupe belge Roularta à qui le groupe Dassault l’a cédé). Il prend à l’automne 2006, la présidence des éditions du Seuil qu’il quitte en janvier 2010.

2012 : Avec le producteur Cyril Viguier, il est l’auteur du documentaire « Comment devenir président », retraçant la campagne de François Hollande (membre du Club Le Siècle). Il est diffusé le lendemain de la victoire du candidat du Parti Socialiste à l’élection présidentielle.

2013 : Denis Jeambar et Cyril Viguier suivent désormais François Fillon (membre du Club Le Siècle). « Suivi sur le terrain, entretiens réguliers avec l’intéressé et ses proches, et se laisser le temps : la méthodologie est la même, on ne change pas une équipe qui a gagné. (…) Il s’est engagé à nous parler longuement de la période 2007-2012 qui est restée très secrète, annonce Denis Jeambar. Cela devrait être le grand apport de ce film. », « Fillon, nouvelle intuition ? », sud-ouest.fr, 01/09/2013. Cyril Viguier était, selon le magazine Le Point (01/12/2011), l’un « des protégés audiovisuels » du président de la République Nicolas Sarkozy (« Cyril Viguier : l’art du rebond! », LePoint.fr)

Journaliste et administrateur de Marianne.

Chroniqueur à l’émission « Politique Matin » sur LCP Assemblée Nationale présentée par Patrick Chêne.

Ancien chroniqueur radio sur France Culture, Sud-radio, Radio Monte Carlo et Radio Classique.

Ancien administrateur du Syndicat de la presse magazine et d’information (SPMI)

Administrateur du Musée du Louvre depuis 2005.

En décembre 2012 il a été élu président du conseil d’administration de l’Institut pratique de journalisme. En 2009, il participe à la rénovation du magazine VSD.

Parcours militant

Lutte contre le Front National : Denis Jeambar a toujours, au cours de sa carrière, mis sa plume et ses publications au service de la lutte contre le Front National (voir IL A DIT). En 1997 et 1998, alors que le Front National engrange les succès électoraux, les dossiers de l’Express sont sans ambigüité : « « FN : l’horreur politique nous menace » ou « Contre Le Pen, L’Express signe ». Lors de l’accession de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle en avril 2002, l’Express titre « le cauchemar Le Pen », Denis Jeambar, directeur de la publication, s’était déjà engagé pour Jacques Chirac dans le numéro précédent. (« France : plusieurs magazines engagent à voter Jacques Chirac » AFP Infos Economiques, 30/04/2002). Pour lui, la lutte contre le Front National nécessite le changement des règles démocratiques comme de « modifier des systèmes électoraux lorsqu’une minorité antidémocratique se trouve en position d’exercer le pouvoir à quelque niveau que ce soit. »

Soutien aux États-Unis et partisan de la théorie du choc des civilisations : Après les attentats du 11 septembre, il prend nettement position dans ses différents éditoriaux (voir IL A DIT) pour l’intervention américaine en Afghanistan et pour l’intégration de la France à cette coalition : « Fini, les discussions sur le sexe des anges ! C’est bien une guerre qu’a engagée Ben Laden contre les démocraties. C’est bien par la guerre que George W. Bush a choisi de répliquer. Car il n’y a pas de façon ingénieuse, politique ou diplomatique, de vaincre un adversaire qui a choisi de verser le sang. (…) Aussi est-il indispensable d’offrir une réplique sans faille. Il s’agit non pas de faire allégeance aux États-Unis ni de jouer les va-t-en-guerre aveugles, mais de faire preuve, à la manière britannique, de ces deux qualités morales qu’exigent les circonstances: la fermeté et le courage », « Clarté », L’Express, 11/10/2001. Même si ses prises de position s’accompagnent toujours de quelques bémols, Denis Jeambar adhère à toutes les thèses de Samuel Huntington sur le choc des civilisations et à la vision du monde des courants néoconservateurs américain et français. Selon Denis Jeambar « qu’on le veuille ou non, dans les décombres de Manhattan gît une question dérangeante sur le choc des civilisations. Le triomphe du modèle occidental et de l’individualisme avait fini par nous faire croire au règne de l’instant et à la fin de l’Histoire, avec ses hauts et ses bas, ses progrès et ses tragédies. », « Le choc des civilisations », L’Express du 20/12/2001. Un édito de novembre 2004 donné au magazine l’Express, « Le néoconservatisme », il fait un joli aveu : « A force de marteler que la communauté transnationale est meilleure que la communauté nationale, de soupçonner le peuple d’égarements nationalistes, nous négligeons cette dimension essentielle, et respectable, qu’est le patriotisme. Nous ne fabriquerons pas l’Europe envers et contre les nations. Sauf à provoquer des crispations néoconservatrices comparables à celles que viennent de connaître les États-Unis. Les nations ne sont pas encore si mortes et l’âme des peuples si insensible qu’on puisse les ignorer. Quand la peur s’empare d’eux, c’est vers leur pays et leur patrie qu’ils se tournent. Prenons garde que le réflexe identitaire américain ne devienne, un jour ou l’autre, un réflexe français, anglais, allemand, italien, etc. La construction européenne, qui est notre avenir, n’y résisterait pas. » Selon Le Monde diplomatique Denis Jeambar, réalisateur du documentaire « Huit journalistes en colère » et « instigateur en son temps du virage néoconservateur de L’Express », possède « de solides convictions atlantistes ». (…) Leur cible principale : les contempteurs de la politique israélienne, qui seraient tous, de même que ceux qui trouvent à redire à la politique américaine, de fieffés antisémites », « “Effroyables imposteurs” sur Arte : le roi est nu », Monde diplomatique, 10/02/2010.

Défenseur d’Israël : L’autre constante dans la vision politique de Denis Jeambar est sa défense acharnée d’Israël, de ce « miracle fragile et incertain parce que nous attendons plus de cet État que de tout autre, « Miracle Fragile », L’Express, 30/04/1998. « Au temps de Denis Jeambar, directeur de la rédaction de 1996 à 2006, l’Express rejoue en version hard un duo connu. Le face-à-face, de plus en plus tendu au fil des ans, entre un capitaine [Denis Jeambar] prônant un soutien sans faille à Israël et une poignée de matelots (…) suspectés de parti pris pro-palestiniens, sinon de pulsions inavouables.» (« Une loyauté lucide », L’Express, 08/01/2009).

Un engagement qui le pousse à franchir avec subtilité la ligne jaune de la déontologie journalistique en étant l’instigateur de la rumeur, selon Guillaume Weill-Raynal, avocat et essayiste, d’une « mise en scène » de la mort de Mohamed al-Durah en 2000 tué par des soldats israéliens et filmée par l’envoyé de France 2, Charles Enderlin. En 2004, avec Daniel Leconte, directeur de Docs en Stock, il avait accepté de suivre et d’accompagner la contre-enquête sur le sujet de Luc Rosenzweig, ex-journaliste du Monde et collaborateur occasionnel de la Mena (site pro-israélien) « à condition que le secret soit bien gardé. Or en octobre, une dépêche de l’agence La Mena révélait le travail de M. Rosenzweig. Alertée par cet article, Mme Chabot a rencontré à deux reprises MM. Jeambar et Leconte pour leur montrer les preuves de la bonne foi de France 2. Pas tout à fait convaincus mais ne souhaitant pas porter des accusations sans preuves formelles, MM. Jeambar et Leconte ont préféré renoncer à poursuivre leur collaboration avec M. Rosenzweig. », « Accusée de mise en scène, France 2 porte plainte », Le Monde, 20/11/2004. Dans une tribune au quotidien Le Figaro, Denis Jeambar et Daniel Leconte exposent leurs convictions : « la thèse de la mise en scène de la mort de l’enfant par des Palestiniens » est une tromperie. « Non seulement nous ne partageons pas ce point de vue, mais nous affirmons qu’en l’état actuel de notre connaissance du dossier, rien ne permet de l’affirmer, bien au contraire ». Mais « qu’au moment où Charles Enderlin donne le gamin pour mort, tué par les Israéliens, c’est-à-dire le soir même sur le journal de France 2, rien ne lui permet d’affirmer qu’il est vraiment mort et encore moins qu’il a été tué par des soldats israéliens. Tout, bien au contraire, à commencer par l’emplacement des uns et des autres sur le terrain, incriminerait plutôt une ou des balles palestiniennes. Face à cette dernière remarque, nos confrères de France 2 reconnaissent que rien effectivement ne permet de dire que l’enfant a été touché par des tirs israéliens. (…) Autrement dit, en attribuant la mort de l’enfant à des tirs israéliens le soir même sur France 2, Charles Enderlin a extrapolé à partir des rushes et de la version des événements fournie par son cameraman. », « Guet-apens dans la guerre des images », Le Figaro, 25/01/2001. Autre affaire de moindre mesure celle-ci, c’est la démission de l’historien Alfred Grosser du conseil de surveillance de L’Express en juin 2003 provoquant des tensions au sein de la rédaction. Sa démission intervenait à la suite d’une critique positive de sa part du livre de Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques à Paris, « Est-il permis de critiquer Israël ». « Certains lecteurs de L’Express n’ont guère apprécié ces propos. En date du 19 juin, l’hebdomadaire a publié cinq lettres qui s’en prennent toutes vertement à l’article d’Alfred Grosser. Lequel n’aurait pas été averti de leur publication en vue de répondre à ses détracteurs, comme le veut l’usage. Selon Le Monde du 26 juin, il aurait démissionné notamment pour cette raison. De plus, il jugerait “inéquitable la ligne éditoriale imprimée par la direction de la rédaction au traitement du dossier israélo-palestinien et des tensions entre les communautés juives et musulmanes”, selon un communiqué interne de la Société des journalistes », « Une démission provoque de vives tensions à «L’Express», Le Temps, 27/06/2003

Oui au référendum de 2005 sur la constitution Européenne : « Mutatis mutandis, un oui raisonné, ni religieux ni béat, pourrait offrir à l’Union une croissance porteuse de nouveaux fruits. Ce futur-là est, certes, loin d’être écrit. Faut-il, alors, choisir, comme Laurent Fabius, de différer l’édification de l’Europe pour redéfinir son architecture? Un fait est certain: l’Union y perdrait un temps considérable. Dévot empressé d’un «non européen», Fabius diabolise, d’ailleurs, ce qu’il adorait hier sans réserve. Cette Constitution n’est pas une autoroute politique tracée pour l’éternité ni la fin de l’Histoire. Ce n’est pas une solution miracle, mais ce n’est pas non plus un carcan pour l’avenir. L’Europe que nous avons édifiée peut nous inspirer un sentiment de fierté légitime. Le 29 mai, les Français, qui ont été au cœur de cette ambition européenne, vont prendre une responsabilité qui les engagera bien au-delà d’eux-mêmes: il leur revient de dire comment ils entendent poursuivre la recherche d’une certaine idée de l’Europe à 25 qui nous aiderait à retrouver une certaine idée de la France », « Le oui, le non et l’eau du bain », L’Express, 23/05/2005.

Ce qu’il gagne

Non renseigné

Publications

  • Sur la route de Flagstaff, éditions Stock, 1980
  • George Gershwin, éditions Mazarine, 1982
  • Le PC dans la maison, éditions Calmann-Lévy, 1984
  • Dieu s’amuse, éditions Robert Laffont, 1985
  • Éloge de la trahison : de l’art de gouverner par le reniement, en collaboration avec Yves Roucaute, éditions du Seuil, 1988
  • Le poisson pourrit par la tête, avec José Frèches, éditions du Seuil, 1992
  • Le self-service électoral, avec Jean-Marc Lech, éditions Flammarion, 1993
  • Le jour ou la girafe s’est assise, éditions Arléa, 1994
  • La Grande Lessive : anarchie et corruption (en collaboration avec Jean-Marc Lech), éditions Flammarion, 1995
  • L’inconnu de Goa, éditions Grasset, 1996
  • Questions de France, éditions Fayard, 1996
  • Un secret d’état, éditions Odile Jacob, 1997
  • Les dictateurs à penser et autres donneurs de leçon, éditions du Seuil, 2004
  • Accusé Chirac, levez-vous !, éditions du Seuil, 2005
  • Le défi du monde, avec Claude Allègre, éditions Fayard, 2006
  • Nos enfants nous haïront, avec Jacqueline Rémy, éditions du Seuil, 2006
  • Chroniques des années 70, avec André Perlstein, éditions du Seuil, 2010
  • Portraits crachés, Éditions Flammarion, 2011
  • Ne vous représentez pas, Lettre ouverte à Nicolas Sarkozy, Éditions Flammarion, 2011
Documentaires

Huit journalistes en colère : « Ancien directeur de L’Express, Denis Jeambar a sollicité des journalistes, des directeurs de rédaction et des patrons de presse : huit hommes et femmes qui vivent de l’intérieur cette révolution et qui s’interrogent sur leur métier. D’Arlette Chabot à David Pujadas en passant par Edwy Plenel, Éric Fottorino, Franz-Olivier Giesbert, Jean-Pierre Elkabbach, Philippe Val et Axel Ganz, chacun pousse un coup de gueule face caméra. Dictature de l’émotion, confusion entre information et divertissement, manque de moyens, nouveaux défis imposés par le Web… : ils dénoncent les excès et s’inquiètent d’un journalisme qui va mal, mettant en danger la démocratie. À l’heure de l’info disponible à tout moment, du bruit médiatique, du people, de la presse gratuite, de la victimisation, ils disent ce qu’ils ont sur le cœur et reconnaissent aussi leurs erreurs. » (arte.tv)

Comment devenir président : « Dès le début de l’année 2011, alors qu’il se préparait à se présenter aux primaires du Parti socialiste, François Hollande a accepté qu’une équipe de télévision le suive tout au long de sa campagne. Il s’est également engagé à recevoir très régulièrement Denis Jeambar et Stéphanie Kaïm pour des entretiens exclusifs. Au cours de cette dizaine de rencontres, cet homme pudique a laissé s’approcher au plus près la caméra intimiste de ce documentaire, qui constitue aujourd’hui la seule véritable référence biographique sur le finaliste du deuxième tour de l’élection présidentielle. Il a autorisé, également, ses plus proches, à dévoiler ce qu’ils savent de lui. Leaders politiques, famille, collaborateurs, amis, plus d’une trentaine de personnes se sont livrés à une analyse de sa personnalité. Ce documentaire répond à la question que tout le monde se pose : comment devient-on Président et qui est vraiment François Hollande ? » (lectures.revues.org)

Collaborations

Avril 2007 : Invité par le candidat Nicolas Sarkozy à une réunion avec d’autres acteurs de la culture. Les invités : « les producteurs Nicolas Seydoux, Chistian Fechner, et Jacques Perrin, ou Pascal Nègre, le patron de la maison de disque Universal. Côté Edition et la villepiniste Christine Orban », « Sarkozy détaille ses priorités culturelles », Le Figaro, 05/04/2007.

Février 2007 : Témoin en faveur de Charlie Hebdo lors du procès intenté par Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris, président du Conseil français du culte musulman (CFCM), l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) et la Ligue islamique mondiale, après la publication en 2005 de caricatures de Mahomet dans le journal satirique de Philippe Val. A cette occasion « Denis Jeambar, ancien directeur de l’Express lâche une “bombe” à l’audience (journalistique s’entend). Il raconte comment un actionnaire lui a demandé de ne pas publier les caricatures pour ne pas faire échouer les contrats qu’il s’apprêtait à signer en Arabie Saoudite lors de son prochain voyage avec Chirac : “J’avais pris la décision de publier ces caricatures […]. En février 2006, un mardi soir, vers 21h40, j’ai été contacté par un actionnaire. Il m’a demandé : “Allez-vous publier les caricatures ?” Je lui ai répondu : “Naturellement. » « Il faut arrêter tout ca”, m’a-t-il dit. Je lui ai indiqué qu’il aurait à en assumer les conséquences : ma démission et les pertes entraînées par la non-parution du journal. » Un avocat lui demande l’identité de cet actionnaire. La réponse de Jeambar laisse passer un ange : “M. Serge Dassault”. Denis Jeambar n’a pas plié. Et Dassault a vendu l’Express. On comprend mieux pourquoi seuls les journaux indépendants — notamment des annonceurs ou d’actionnaires vendant des armes — ont eu envie de monter au front pendant la crise des caricatures… », « Le procès de Charlie Hebdo », ProChoix, février 2007, n°39.

2004 : Lauréat de la menora d’or « pour son action personnelle dans la défense des valeurs d’humanité et de lutte contre l’antisémitisme » lors de la cérémonie organisée par la loge Moshé Dayan du B’nai B’rith.

1994 : Participe à un dîner du club « Phares et Balises » fondé en 1991 par Jean-Claude Guillebaud et Régis Debray, « ce club iconoclaste, aux allures parfois de réunion de quartier, est très centré sur la rue de l’Odéon, dans le VIe arrondissement de Paris. “Deux éléments nous avaient réuni. Notre opposition à la guerre du Golfe et au traité de Maastricht », explique Guillebaud. Chiraquien, le duo Guillebaud-Debray ? L’éditeur-journaliste ouvertement de gauche et l’ancien conseiller de Mitterrand au passé de guérillero ? Un peu ; mais avant tout antiballaduriens. ”» En octobre 1994, la « réunion mensuelle du club, qui s’est agrandi. Bruno Frappat, ancien directeur de la rédaction du Monde devenu directeur de la Croix, s’y rend. Mais aussi Denis Jeambar, directeur du Point, Alexandre Adler, directeur de Courrier international, Paul Thibaud, ancien directeur d’Esprit, Bernard Guetta, etc. Les « amis » ont manifestement pris du poids. Et ce soir-là, l’invité n’est autre que Jacques Chirac. Le maire de Paris est alors au plus bas, maltraité par tous. On évoque même le retrait de sa candidature. Et Tillinac désespère. Il a beau avoir multiplié les dîners (une dizaine en six mois), Philippe Séguin a beau tenter de rallier « les vrais républicains », la sauce chiraquienne ne prend pas », « Club « Phares et Balises » et Fondation Saint-Simon : Ces dîners qui ont brisé la glace entre Chirac et des intellectuels de gauche », Libération, 14/03/1995.

1993 : Le premier ministre, Edouard Balladur, invite cinq intellectuels à déjeuner : le philosophe Alain Finkielkraut, l’historien Michel Winock, les universitaires Blandine Kriegel et Alain-Gérard Slama, ainsi que Denis Jeambar, alors directeur de la rédaction du Point. La discussion « a tourné autour de la cohabitation, de l’emploi, de la place du travail dans la société, de l’Europe, de l’Allemagne, de la crise yougoslave, de la conception de la nationalité, du bilan de la gauche et du rôle de l’État », « Recevant des intellectuels à déjeuner. Edouard Balladur s’interroge sur le destin de l’Europe », Le Monde, 7/11/1993.

Il l’a dit

Lutte contre le Front National

« Les guêpes du Front national bourdonnent désormais dans toutes les institutions de notre démocratie. Après avoir fait leur nid dans la politique et les syndicats, les voici qui affolent la justice. L’affaire NTM ne survient pas, en effet, par hasard à Toulon. Depuis plus d’un an maintenant, cette ville est gouvernée par un maire frontiste partisan d’un ordre moral qui bâillonne et interdit », « Le traquenard de Toulon », L’Express, 21/11/1996.

« Pour le pouvoir, mais aussi pour la gauche, une situation politique nouvelle, en fait, s’installe. L’ignorer, ce serait courir le risque de la laisser perdurer et se renforcer. Le Front national, depuis douze ans maintenant, chemine obstinément dans la vie politique et électorale française, qui se réveille avec une nouvelle et douloureuse exception. Comment la combattre et la réduire ? Voici le gouvernement confronté à l’une des questions les plus délicates dans un pays démocratique : à quelles mesures peut-on et doit-on recourir pour combattre l’extrémisme sans mettre en danger la liberté du peuple ? », « Marianne marquée au Front », Le Point, 24/06/1995.

« Quand les habitants de Vitrolles votent Le Pen et quand les intellectuels descendent dans la rue contre le projet Debré, ils obéissent à la même démarche : régler des comptes avec le système. Ainsi se développe une situation inédite dans laquelle chaque individu s’imagine encore citoyen mais agit dans l’anarchie. En apparence, la citoyenneté et l’anarchie sont deux notions incompatibles. Le désordre qui envahit notre architecture nationale définit cependant une France étrange où se conjuguent ces deux éléments. L’individu se sert toujours aux guichets étatiques, mais il refuse de plus en plus de servir l’État (…) Le danger désormais est que cet anarchisme citoyen paradoxal dégénère en une anarchie pure et simple. », « Dans la presse », Le Monde, 28/02/1997.

« Droite et gauche ont la responsabilité de barrer la route au parti d’extrême droite. Il en va de notre démocratie comme de l’image de la France. La nation française aura-t-elle encore l’”âme sereine” après les élections régionales de mars 1998 ? Cette question, qui renvoie au Cahier noir de François Mauriac, l’un des plus grands textes de la littérature de résistance, doit être posée ouvertement, et dès à présent, pour que personne, non personne, ne puisse dire, après le verdict des urnes régionales de mars prochain: « Nous n’avions pas vu arriver cette horreur politique. (…)Une fois encore, donc, nul ne veut vraiment le croire, n’ose l’imaginer et, pourtant, le scénario lepéniste de la conquête du pouvoir par la voie républicaine et électorale tranquillement chemine. Certes, l’issue est loin d’être acquise. Le Pen, lui-même, récidiviste de l’odieux avec sa déclaration sur “les chambres à gaz, détail de l’Histoire”, brouille sa stratégie. Mais trop d’éléments du puzzle sont d’ores et déjà en place pour ignorer la menace. Plus personne ne peut vraiment sourire devant ce slogan en forme de promesse que le FN vient d’afficher sur la plupart des murs de France: « Tenez bon, on arrive ». Que penserons-nous de nous-mêmes si cette réalité nous explose demain à la figure? Et quel regard l’Europe, voire la planète jetteront-elles sur ce peuple français qui, en 1793, sur proposition de Saint-Just, voulait voter la “liberté du monde”? N’aurions-nous donc rien appris de ce tragique XXe siècle? », « FN l’horreur politique nous menace », L’Express, 11/12/1997

« Enfin, il ne faut pas hésiter – même si on ne supprime pas la fièvre en cassant le thermomètre – à modifier des systèmes électoraux lorsqu’une minorité antidémocratique se trouve en position d’exercer le pouvoir à quelque niveau que ce soit. » Ibid.

« Aurions-nous dû nous taire et rester silencieux devant une réalité politique que personne ne veut vraiment regarder en face et avec lucidité? Le courrier considérable que nous avons reçu témoigne de la justesse de notre couverture consacrée au Front national. Nous avons voulu nous engager. Nous l’avons fait clairement et ouvertement. Nous ne sommes donc pas surpris par les réactions que L’Express a ainsi provoquées. Notre objectif n’était pas d’insulter les électeurs du Front national, comme certains nous le reprochent, mais, en nous inscrivant dans la tradition d’engagement de L’Express, d’alerter nos lecteurs sur le phénomène lepéniste et sur les conséquences d’une nouvelle progression du parti frontiste. Voulons-nous être le pays européen qui rouvre la voie à l’extrême droite? La réponse de L’Express est non et sa responsabilité est de le dire sans détour à ses lecteurs. », « Contre Le Pen, L’Express signe – La réponse de L’Express », L’Express, 08/01/1998.

Néoconservateur / Choc des civilisations

« La Troisième Guerre mondiale a commencé mardi 11 septembre sur la côte est des États-Unis. Une guerre mondiale d’un nouveau genre, inédite dans l’Histoire, entre le terrorisme, selon toute vraisemblance islamiste, et l’Occident. (…)Le mardi 11 septembre 2001 apparaît donc, par l’ampleur de l’assaut et les victimes qu’il a faites, comme le premier jour de cette “guerre civilisationnelle” entre l’islam et l’Occident. Mais c’est aussi le cours de l’Histoire qui s’emballe. (…)Les Européens, eux-mêmes, sont confrontés à ce défi: comment pourraient-ils ne pas faire preuve de solidarité envers un peuple qui, par deux fois, au siècle dernier, est venu à leur rescousse. Certes, l’ennemi est insaisissable, mais il est impératif de trouver les voies et les moyens d’une réplique sans tomber dans un conflit généralisé. Malheureusement, l’Histoire en est la preuve, à la force ne peut que répondre la force. », « Guerre contre l’Occident », L’Express, 13/09/2001.

« Plus qu’une renaissance des affrontements idéologiques qui ont marqué au fer rouge le XXe siècle, c’est un choc des civilisations du Nord et du Sud qui se durcit en ce début de IIIe millénaire. Les sombres prémices de cette confrontation se précisent jour après jour. (…) Le climat de la Conférence mondiale des Nations unies contre le racisme, qui vient de s’achever à Durban, révèle, également, une rage nouvelle dans les relations entre les pays occidentaux et les nations du tiers-monde, soutenues souvent par des ONG. La volonté réitérée d’assimiler le sionisme au racisme et la revendication d’une indemnisation pour les pays victimes de l’esclavage concrétisent le mariage officiel et vénéneux de Dieu et du Droit, de l’intégrisme islamiste et d’un absolutisme moral aveugle qui méconnaît l’Histoire et la politique. Cette alliance de la haine, qui trouve sa force dans sa «radicalité», crée une situation d’urgence pour les sociétés les plus développées. », « État d’urgence », L’Express, 13/09/2001.

« Si les moyens matériels de la coalition rassemblée par les États-Unis sont impressionnants, les armes d’Al-Qaeda sont, elles, redoutables. La principale est la peur. Ben Laden l’utilise de manière diabolique parce qu’il connaît notre monde et ses faiblesses. Il a compris que le spectacle de la mort avait été radié des sociétés occidentales. (…) Sa force, en revanche, est de ne pas la craindre et de nous placer sous sa menace permanente afin de créer une psychose avilissante. Pour lui résister, et finalement le vaincre, il va nous falloir rapprendre que nous sommes mortels. Et l’accepter. », « Désarmer la peur », L’Express, 18/10/2001.

« Enfin, les islamistes ont transformé le phénomène majeur de l’immigration massive en une véritable bombe à retardement. Une suspicion non dite et nouvelle pèse sur les musulmans installés en Europe et aux États-Unis comme si émergeait un nouvel empire du mal porté par sa culture et sa démographie. Là encore, Ben Laden a marqué des points, car son objectif est de casser tous les processus d’intégration et d’assimilation hors du monde islamique. Face aux faits, seul compte le principe de réalité. C’est l’équilibre des peuples dans leur entier qui est, aujourd’hui, en cause. C’est notre civilisation que Ben Laden veut détruire. Et, pour l’heure, dans cette guerre radicale, il engrange les bulletins de victoire face à nos démocraties, qui n’ont pas encore trouvé les clefs d’une réponse efficace. », « Première leçon », L’Express, 01/11/2001.

« A force d’expliquer que les États-Unis et l’Europe sont de plus en plus différents, nous tombons dans la caricature, oubliant ce phénomène récurrent: les tendances lourdes qui affectent l’Amérique contaminent toujours le Vieux Continent. Ainsi commettrions-nous une erreur en faisant de la réélection de George W. Bush une simple question ethno-américaine, une révolution néoconservatrice, religieuse et puritaine, dont nous serions protégés, tant elle est contraire à nos traditions. Cette approche idéologique masque un fait qui nous concerne autant que l’hyperpuissance: l’opposition entre des élites dénationalisées tant elles sont impliquées dans la mondialisation et un peuple saisi par un nationalisme galopant. (…) Le vote du 21 avril 2002 fut l’illustration de la crise ouverte entre ces deux pays et rien ne prouve que la plaie soit refermée. Dans son dernier ouvrage, Samuel P. Huntington, l’auteur du fameux Choc des civilisations, dresse ce constat: ”En 1927, écrit-il, alors que la lutte des classes et le nationalisme atteignaient leur apogée en Europe, Julien Benda, dans son brillant pamphlet La Trahison des clercs, a violemment attaqué les intellectuels, les accusant […] d’avoir succombé aux passions du nationalisme. La trahison des intellectuels contemporains est différente. Ils abandonnent l’engagement vis-à-vis de la nation et de leurs compatriotes et défendent la supériorité d’une identification avec l’ensemble de l’humanité.” Cette analyse, qui éclaire l’échec du démocrate John Kerry, s’applique à la France et à l’Europe. A force de marteler que la communauté transnationale est meilleure que la communauté nationale, de soupçonner le peuple d’égarements nationalistes, nous négligeons cette dimension essentielle, et respectable, qu’est le patriotisme. Nous ne fabriquerons pas l’Europe envers et contre les nations. Sauf à provoquer des crispations néoconservatrices comparables à celles que viennent de connaître les États-Unis. Les nations ne sont pas encore si mortes et l’âme des peuples si insensible qu’on puisse les ignorer. Quand la peur s’empare d’eux, c’est vers leur pays et leur patrie qu’ils se tournent. Prenons garde que le réflexe identitaire américain ne devienne, un jour ou l’autre, un réflexe français, anglais, allemand, italien, etc. La construction européenne, qui est notre avenir, n’y résisterait pas. », « Néoconservatisme » L’Express, 15/11/2004.

«”Qui sommes-nous?” Cette interrogation est d’autant plus nécessaire que la globalisation secoue les identités nationales et met partout à mal leurs éléments constitutifs traditionnels. Samuel P. Huntington, auteur du célèbre Choc des civilisations, résume ainsi ce phénomène mondial dans un nouveau livre événement sur l’identité nationale américaine : «La modernisation, la croissance économique, l’urbanisation et la mondialisation ont mené à un rétrécissement des identités et à leur redéfinition à une échelle plus réduite, communautaire et intime.» (…) ”Qui sommes-nous?” Dans l’arène publique, cette défaillance conduit à un recul de la laïcité, porteuse de modernité. Allons-nous céder à ce retour du religieux qui se manifeste, comme l’observe Huntington, dans toutes les régions du monde, hormis l’Europe occidentale ? «Qui sommes-nous?» Les Français sont dans l’attente d’une réponse. Ils broient du noir mais, comme souvent dans leur histoire, il faudrait peu de chose pour qu’ils échappent à leur neurasthénie. Sans doute, comme disait le général de Gaulle, une certaine idée de la France. Et de l’Europe. », « Une certaine idée de… », L’Express, 31/01/2005.

Soutien à Israël

« Qu’est-ce qu’Israël? L’aboutissement d’un plan providentiel dont les fils d’Abraham ont été les exécutants persévérants ou une virgule dans l’histoire du peuple juif, condamné à l’errance depuis quatre mille ans, et pour l’éternité ? Cinquante ans après sa naissance, l’État d’Israël demeure une interrogation douloureuse. (…) Malgré son demi-siècle, Israël est donc, encore et toujours, un miracle. Un miracle fragile et incertain parce que nous attendons plus de cet État que de tout autre. Pourquoi ? Sans doute parce que l’histoire du plus vieux peuple du monde, avec ses drames millénaires, est l’incarnation de la condition humaine. », « Miracle Fragile », L’Express, 30/04/1998.

« Idéal humanitaire fondé par un peuple persécuté durant des millénaires, Israël a malheureusement dû apprendre, au cours de ses cinquante années d’existence, que pour survivre dans un monde hostile il faut être impitoyable. Terrible ambivalence, que nul ne cherche vraiment à comprendre, au point de pousser cet État rêvé, dont on ne répétera jamais assez qu’il est le seul démocratique dans cette région de tempête, vers la schizophrénie. Une nouvelle guerre au Proche-Orient serait donc, aussi, notre guerre, le miroir de notre propre incurie et – j’en ai peur – le révélateur d’une croyance occidentale enfouie qui veut que l’exil du peuple juif ne soit pas un accident de l’Histoire mais sa destinée. Ne l’oublions pas alors que tout, de nouveau, chancelle: les dilemmes d’Israël sont aussi les nôtres. Ceux d’une humanité fragile et vulnérable, déchirée entre l’idéalisme et la réalité. Sur cette terre où la moindre pierre est symbole, peut-être faut-il revenir à l’esprit et à ce patrimoine commun qu’est la Bible. On y lit, dans le livre d’Ezéchiel (47, 21-22): “Vous partagerez ce pays entre vous, entre les tribus d’Israël. Vous vous le partagerez en héritage, pour vous et pour les étrangers qui séjournent au milieu de vous et qui ont engendré des enfants parmi vous, car vous les traiterez comme le citoyen israélite.” », « Vous partagerez ce pays», L’Express, 12/10/2000.

« Plus que jamais Israël est une écharde insupportable dans le flanc d’Ismaël. Plus que jamais Israël a de fortes raisons de croire que sa disparition est le but ultime d’une grande partie du monde arabo-musulman. », « Grand jeu », L’Express, 27/09/2001.

« La jubilation étrange qui sourd, ici ou là, dans les commentaires sur le retrait israélien du sud du Liban trahit des sentiments ambigus. Mais qu’attend-on de ce pays? Seul État démocratique du Proche-Orient, menacé de tous côtés depuis sa création, en 1948, il fait un geste d’apaisement, et aussitôt il se retrouve au banc des accusés! Quelle mouche pique donc nos bons esprits, plus enclins à sonner la charge contre Ehud Barak, le Premier ministre de Jérusalem, qu’à dénoncer Monsieur Hafez el-Assad, le cruel Bismarck de Damas? La cause palestinienne provoque une émotion légitime et exige une pression diplomatique continue, mais faut-il vraiment accabler en permanence Israël de tous les péchés du monde? (…) L’équité voudrait donc que l’on salue le geste de paix d’Israël. Mais l’Occident a du mal à s’y résoudre. Comme s’il ne parvenait toujours pas à assumer le fait d’avoir présidé à sa création. », « Ne tirez pas sur Israël! », L’Express, 01/06/2000.

« Israël n’est ni intouchable ni à l’abri des critiques. Sa démocratie n’est sans doute pas parfaite, mais quel État peut, aujourd’hui, revendiquer la perfection démocratique? Israël vit, depuis toujours, dans un environnement hostile et sous la menace de conflits. Bien des reproches peuvent lui être adressés sur sa gestion de la douloureuse question palestinienne. Il n’en demeure pas moins qu’Israël recherche la paix et chemine vers elle. Sa démocratie est respectable. Certes, la perfection qu’on attend toujours de l’État hébreu – plus que de tout autre État de la région ou d’ailleurs! – est louable. Cette exigence ne doit pas, cependant, conduire à ignorer la réalité et à dresser, en permanence, un tableau à charge de ce pays. », « Une terre promise à toutes les passions- La réponse de L’Express », L’Express, 22 /06/2000.

« Arafat navigue entre une fausse bonne volonté pacifiste et des provocations captieuses. Il ne dérape pas, il mène sa barque. Son but: enfermer Israël dans le cycle de la violence, le pousser à l’escalade militaire pour alimenter son procès et le discréditer sur la scène internationale. Il ne recherche pas la paix, mais travaille patiemment à la disparition de l’État juif en le délégitimant sur le terrain des droits de l’homme. Parfait Machiavel, il abuse d’autant plus le monde qu’Israël, aveugle et sourd, tombe dans tous ses guets-apens. », « Double jeu », L’Express, 06/09/2001.

« Mais, dans ce fleuve de souffrance, l’horreur, aujourd’hui, ne trouve plus de limites en visant la jeunesse, placée au cœur des affrontements pour exacerber la haine, l’instinct de vengeance et l’aveuglement des ennemis. Déjà, avec l’Intifada, les Palestiniens ont choisi d’envoyer en première ligne leurs enfants et d’interpeller le monde en lui offrant le spectacle de ces jeunes victimes frappées par les balles israéliennes. », « Le sang de la jeunesse », L’Express, 07/06/2001.

« Une fois encore, donc, les juifs français découvrent que l’Histoire, avec ses sommets et ses gouffres, leur donne rendez-vous. Et que l’on attend d’eux et d’Israël plus que de tout autre peuple. Survivants envers et contre tout parce que, comme l’a écrit Paul Johnson dans sa monumentale Histoire des juifs, “ils possèdent la loi de la survie” », « Les juifs français et Israël », L’Express, 01/02/2001.

« Partis pour faire notre travail journalistique de façon honnête, nous voilà aujourd’hui accusés d’être les complices d’une manœuvre malhonnête, voire conspirationniste, un comble. C’est dire l’état d’une certaine presse en France.(…) C’est dans ce contexte que nous sommes approchés, il y a six mois environ, par Luc Rozensweig, ancien du journal Le Monde. Nous savons les ravages causés par cette image, la haine qu’elle a entretenue et développée sur place, chez nous, dans les banlieues dites sensibles, et partout ailleurs dans le monde, où elle a été présentée sur la base du commentaire fourni par Charles Enderlin comme un exemple de la barbarie israélienne .Après discussions, nous acceptons donc d’accompagner Luc Rozensweig dans son enquête pour tenter de savoir ce qui s’est vraiment passé ce jour-là au carrefour de Netzarim. Mais pour empêcher les manœuvres médiatiques habituelles, nous demanderons à Luc Rozensweig de garder le secret jusqu’au bout. Nous entendons même nous réserver la possibilité de ne rien dire s’il n’y a rien à dire de plus que ce qu’on connaît déjà. En revanche, le visionnage permet de relever, avec l’approbation de nos confrères de France 2 présents autour de la table que, dans les minutes qui précèdent la fusillade, les Palestiniens semblent avoir organisé une mise en scène. Ils « jouent » à la guerre avec les Israéliens et simulent, dans la plupart des cas, des blessures imaginaires. Le visionnage intégral des rushes démontre aussi qu’au moment où Charles Enderlin donne le gamin pour mort, tué par les Israéliens, c’est-à-dire le soir même sur le journal de France 2, rien ne lui permet d’affirmer qu’il est vraiment mort et encore moins qu’il a été tué par des soldats israéliens. Tout, bien au contraire, à commencer par l’emplacement des uns et des autres sur le terrain, incriminerait plutôt une ou des balles palestiniennes. Face à cette dernière remarque, nos confrères de France 2 reconnaissent que rien effectivement ne permet de dire que l’enfant a été touché par des tirs israéliens. Leurs experts ont même démontré, nous assurent-ils, que l’enfant a été touché par des éclats ( ?) ou par des balles qui auraient ricoché sur la chaussée, des balles qui en tout état de cause ne visaient ni l’enfant ni son père. « De toute façon, conclut l’un d’entre eux, on ne pourra jamais savoir d’où venaient les tirs. » Autrement dit, en attribuant la mort de l’enfant à des tirs israéliens le soir même sur France 2, Charles Enderlin a extrapolé à partir des rushes et de la version des événements fournie par son cameraman. Pourquoi ? Pourquoi a-t-il privilégié cette interprétation ? Dans quel but ? Peu importe, le fait est là et suffit en soi à revisiter toute cette affaire de fond en comble pour trier le vrai du faux. A certains journalistes « médias » qui ont tenté d’amalgamer notre point de vue à celui de la Mena pour mieux le discréditer, nous voulons dire qu’ils participent une fois de plus à rendre ce dossier opaque. Il n’en avait pas besoin. En tout cas, compte tenu de la valeur symbolique de ces images et de leurs effets ravageurs, c’est un devoir professionnel pour tous, nous semble-t-il, d’éviter les approximations et de dire exactement ce que l’on sait. Ni plus ni moins. », « Guet-apens dans la guerre des images », Le Figaro, 25/01/2001.

Géopolitique

« Ainsi, le réalisme s’impose devant l’irrésistible (ou résistible, les urnes italiennes en décideront ce 13 mai) ascension de Silvio Berlusconi. En fait, cet usurpateur d’Histoire, avec ce titre de Condottiere qui est une insulte aux princes mécènes de la Renaissance, est le produit caricatural d’une économie qui colonise tout. Cet envahissement, dont l’Italie est la maquette extrême, frelate, aujourd’hui, l’esprit même des démocraties. », « Le chiendent Berlusconi », L’Express, 10/05/2001.

« Fallait-il offrir l’apparat d’une visite d’État au jeune président syrien, Bachar el-Assad? La réponse est non. Certes, la diplomatie n’est pas une affaire d’enfants de chœur et la realpolitik est une nécessité. La France a une politique arabe qui exige qu’elle parle avec tout le monde. Cependant, il était inutile d’en faire autant et de mettre les petits plats dans les grands pour accueillir cet authentique satrape. Rien n’a changé en Syrie depuis que Bachar el-Assad a succédé à son père. La liberté y est bafouée, la violence y est la règle, la haine y règne. Les propos d’Assad fils sur les juifs en sont la preuve : comment peut-on oser déclarer que ”le racisme israélien a surpassé le nazisme”? (…) Ce régime incarne le pire et pratique ce que les démocraties ont le plus de difficulté à combattre : le terrorisme. La France n’est pas obligée, pour rester dans la cour des grands pays, de dérouler le tapis rouge à un État aussi peu recommandable. Une visite, certes, mais pas ce faste pour un homme qui est venu sans offrir le moindre gage. Car, en retour, nous n’obtiendrons rien, ou si peu, pour la paix au Proche-Orient. », « Mémoire courte », L’Express, 28/06/2001.

« Ainsi, depuis quelques années, nous sommes-nous acharnés sur la Tunisie, alors que ce pays est le plus avancé du monde arabe sur le terrain des libertés civiles. Les femmes y disposent d’un statut à nul autre pareil dans l’univers arabo-musulman (la polygamie et la répudiation y sont interdites, le divorce autorisé, les emplois ouverts), le politique y est séparé du religieux, le taux de scolarisation y est celui des pays occidentaux et l’économie y galope autour de 5% de croissance. Certes, les libertés politiques n’ont pas eu le temps d’y naître et l’intégrisme y est très sévèrement réprimé, mais le régime autoritaire de Ben Ali a besoin de la durée pour créer une véritable assise démocratique, à travers notamment l’éducation. Il ne s’agit pas d’être complaisant mais simplement lucide: la démocratie ne naît pas en un seul jour, notre pays a, lui-même, traîné en chemin. Depuis les attentats contre les Twin Towers, il est devenu, en tout cas, évident qu’il faut opposer Ben Ali à Ben Laden. », « Ben Ali contre Ben Laden », L’Express, 08/11/2001.

« La responsabilité du monde occidental est pourtant considérable, voire entière, dans le naufrage de ce continent [Afrique]. Elle se résume dans un raccourci historique qui claque comme un acte d’accusation. Deux à trois siècles d’esclavage ont privé cette terre de ses hommes, de ses fils et de son sang. La razzia s’est poursuivie avec l’exploitation systématique des matières premières, une mise en coupe réglée. Tout ce qui faisait culture, les fameux arts premiers, racines des peuples africains, a été ensuite pillé pour remplir les étagères des musées et des collectionneurs privés. Aujourd’hui encore, le sac se poursuit avec le brain drain, la chasse à grand renfort de bourses d’études des meilleurs cerveaux. Le sang, la terre, les racines, les neurones: comment l’Afrique ne serait-elle pas un grand corps épuisé! Cessons de la fustiger et de la corrompre avec des aides aveugles qui finissent dans des comptes en Suisse. Depuis des siècles, l’Occident ne tend pas la main à l’Afrique pour l’aider mais pour lui mettre son poing dans la gueule. », « Saigneurs d’Afrique » L’Express, 25/01/2001.

Politique française

« Le pouvoir de dissimulation, qui garantissait la pérennité de ces trésoreries cachées, atteint aujourd’hui ses limites. Sauf à réagir de manière brutale et autoritaire, les politiques mènent donc, contre la vérité, un combat d’arrière-garde. C’est d’eux, en fait, que dépend désormais la fin des scandales politico-financiers. Il suffit qu’ils mettent de l’ordre dans leurs affaires et s’appliquent à eux-mêmes ce qu’ils exigent, à juste titre, des citoyens : le respect scrupuleux de la loi et des procédures judiciaires. Pour le reste – leur action, leur comportement, leur éthique – les élections sont là pour les sanctionner ou pour les couronner. C’est entre les bornes du droit et du suffrage universel que doit cheminer désormais la politique. », « Les casseroles des partis », Le Point, 08/07/1995.

« Charles Hernu fut un agent au service de l’Est il y a trente ans, mais nul ne peut dire si son passé a pesé sur ses activités ministérielles », « Hernu démasqué ? », Sud Ouest, 30/10/1996.

« Dès ses premiers pas à Matignon, il [Alain Juppé] affiche les travers qui vont le perdre : une ambition sans mesure qui ne tolère aucun rival, une incapacité absolue à s’élever pour manifester de la grandeur d’âme, un tempérament autocrate qui étouffe toute générosité, un mépris qui rend sourd et alimente des réactions d’une rare violence. », Un secret d’État de Denis Jeambar.

« Dans le système Chirac, écrit-il, se niche un système Juppé qui s’est rodé pendant les deux années passées au Quai d’Orsay. Le ministre des Affaires étrangères a pris comme directeur de cabinet et directeur adjoint, deux diplomates atypiques, véritables guerriers du chiraquisme. Dominique Galouzeau de Villepin et Maurice Gourdault-Montagne… Ces deux-là sont aussi intelligents que fidèles, mais aussi brutaux que rusés ». Ibid.

Médias

« Nous voulons redonner une identité politique, mais pas partisane, à L’Express, faire savoir que c’est un journal qui a une analyse politique. Je veux que L’Express soit le lieu du débat. Cela a été le cas avec Giscard et le franc fort ou sur la parité hommes-femmes en politique même si ça ne plait pas à tout le monde. Il faut avoir une capacité d’anticipation, être capable de créer l’actualité, d’être en amont le plus souvent possible. C’est là que réside l’avenir de la presse. On ne peut pas se battre avec les valeurs de la télévision.», « Le terrain politique retrouve une place privilégiée », Le Monde, 12/02/1997.

Justice

« Pour que le procès Papon ne tourne pas au fiasco, et si l’on veut que l’accusé lui-même regarde en face la vérité de sa vie sans s’en réjouir, il faut donc avoir le courage d’accélérer le cours de la justice et de prononcer, au plus vite, une sentence qui peut, dès à présent, être rendue. », « Dans la presse », Le Monde, 24/01/1998.

Franc-maçonnerie

« Le secret de l’appartenance maçonnique s’est imposé au XVIIIème siècle, dans la mesure où la franc-maçonnerie luttait contre le pouvoir absolu. Il était alors affaire de survie et au service du combat pour la liberté. Aujourd’hui, nous vivons sous un régime républicain et démocratique dont la règle d’or est la transparence. Ce régime, les francs-maçons ont très largement contribué à le bâtir. Si le secret sur les travaux en loge est tout à fait justifié, celui sur l’appartenance est incongru. Il est contraire à ces principes démocratiques et républicains qui constituent l’idéal maçonnique. A ce titre, notre enquête était légitime. », « Francs-maçons: mises au point – La réponse de L’Express », L’Express, 16/02/1998.

« L’engagement spirituel qui a fondé la maçonnerie demeure, certes, mais son pouvoir va bien au-delà d’une simple réflexion philosophique sur la vie publique. Les francs-maçons jouent souvent un rôle important bien au-delà des loges. Ils sont des acteurs influents de la vie politique et économique. Et le secret qu’ils cultivent est une manière de masquer la réalité de leur puissance. Ce livre, dont L’Express publie en exclusivité un chapitre essentiel sur les connexions maçonnes invisibles dans l’économie française au sens large, fait événement parce qu’il soulève, à travers l’accumulation des révélations, une question fondamentale: l’empire occulte de la franc-maçonnerie ne devient-il pas une menace pour la démocratie? », « La vérité sur les francs-maçons », L’Express, 19/04/2001.

Antisémitisme

« Imaginons un seul instant ce scénario: des juifs attaquant, en France, des mosquées ou des écoles coraniques. L’indignation, à juste titre, se transformerait en une tempête publique. Alors pourquoi les actes antisémites qui, jour après jour, se multiplient dans notre pays laissent-ils les gouvernants et les médias sans voix? Les faits sont pourtant accablants. Depuis le déclenchement de la deuxième Intifada, en septembre 2000, en Israël, une onde de choc traverse notre société et un climat de violence, sans précédent depuis des décennies, y menace les juifs. L’empressement, politique, à relativiser ces agressions et leur minoration médiatique traduisent, bien sûr, la peur d’importer chez nous «les passions du Proche-Orient», selon la formule de Lionel Jospin. Car, c’est un fait, ces actes sont commis, pour l’essentiel, par des musulmans. (…) Ceux qu’elle délaisse ont le sentiment qu’ils ne sont plus membres à part entière de la communauté nationale. Le risque, aujourd’hui, est d’autant plus sérieux que l’intégration des juifs a été sacralisée – pour effacer leur exclusion tragique dans le passé – et exploitée face à la montée du Front national dans les années 80. Il est donc temps d’en finir avec cette omerta française qui couvre des exactions antisémites. Il n’est de pires maladies que celles qui ne se diagnostiquent pas. Ou ne s’avouent pas. », « Silence coupable », L’Express, 06/12/2001.

Sa nébuleuse

Club Le Siècle : Le club Le Siècle a été fondé en 1944, il réunit, depuis plus de 60 ans, la quasi-totalité du pouvoir politique, économique, financier ou médiatique français. Soit environ 600 personnes qui concentrent entre leurs mains l’essentiel du pouvoir. Tout gouvernement, qu’il soit de droite ou de gauche, a du tiers à la moitié de ses membres qui y appartient (Au cœur du pouvoir, Emmanuel Ratier). D’autres journalistes participent à ces dîners mensuels comme David Pujadas (France 2), Michel Field (Europe 1), Arlette Chabot (Public Sénat), Alain-Gérard Slama (Le Figaro, France Culture), Claude Imbert (Le Point), Franz-Olivier Giesbert (Le Point, France 2), Emmanuel Chain (présentateur), Laurent Joffrin, etc…

Ils ont dit

« A mesure que les grands réseaux traditionnels déclinent ou se transforment, d’autres montent en puissance. Plus ou moins prestigieux, plus ou moins secrets, plus ou moins actifs, il en existe des dizaines, confessionnels, politiques, syndicaux, économiques, régionaux, médiatiques, sportifs, aristocratiques, qu’on ne peut tous citer ici. Le plus sélect est sans conteste le Siècle, que préside actuellement Gérard Worms (Rothschild et Cie). On y rencontre le gratin du Who’s Who, les plus influents représentants de la politique, de l’économie et des médias. Jean Peyrelevade (Crédit lyonnais), Michèle Cotta (France 2), Martine Aubry (ministre de l’Emploi), Louis Gallois (SNCF), Patrick Poivre d’Arvor (TF 1), Ernest-Antoine Seillière (Medef), Renaud Denoix de Saint Marc (Conseil d’État), Jean- Marie Colombani (Le Monde), Jean- Claude Trichet (gouverneur de la Banque de France), Olivier Schrameck (directeur du cabinet de Lionel Jospin), Denis Jeambar (L’Express) et bien d’autres encore. L’entrée y est naturellement très sélective et l’organisation rigoureuse. », « Les nouveaux réseaux d’influence », L’Express, 01/06/2000.

« Faut-il le préciser ? Si courtoise que soit, ou doive être, l’atmosphère générale, tous les membres du Siècle ne se portent pas, bien sûr, une affection mutuelle et démesurée. D’abord, on y compte fatalement des rivaux, des concurrents, des ennemis aussi. Et, dans le cas qui nous occupe, parfois issus du même média. Affiliés, l’un et l’autre, au Siècle, deux anciens dirigeants d’une grande radio se vouent une sympathie à ne pas laisser traîner sur les tables trop de couteaux effilés. Ex-patron de L’Express, Denis Jeambar, autre membre, n’a pas pris de gants, quand il dirigeait les éditions du Seuil, pour commander un ouvrage vachard (et particulièrement documenté) sur la Siècle woman Rachida Dati. », « Les journalistes embedded dans les cercles du pouvoir », revue-medias.com, n°29.

« Très vifs remous, orchestrés par l’extrême gauche, à la suite de la réédition, aux éditions La Baleine, qui se situent très nettement à gauche (y est notamment parue la série Le Poulpe), de Faut toutes les buter !, un roman policier signé par François Brigneau en 1948. Toujours aussi tolérant, l’inénarrable Didier Daeninckx a lancé une pétition demandant aux auteurs de La Baleine de retirer leurs noms et leurs écrits du catalogue de l’éditeur. Son directeur, Jean-François Platet, révèle à cette occasion que le livre aurait dû paraître déjà il y a plusieurs années mais que Denis Jeambar, à l’époque PDG du Seuil (qui contrôle La Baleine) s’y était opposé. » Faits et documents (1er au 15 mars 2010, n°292)

« Joint au téléphone, l’éditeur semble se réjouir du mini-scandale provoqué par cette reprise, avouant même compter dessus pour « faire du buzz » et vendre des livres. Il raconte être « tombé par hasard sur ce livre il y a deux ans environ, et l’avoir trouvé génial, sans savoir qui était l’auteur ». S’étant renseigné sur la biographie de Brigneau (wikipedia ici, par exemple), Jean-François Platet explique qu’il l’a rencontré et qu’il a vainement tenté de convaincre le groupe Le Seuil auquel il appartenait alors de le publier. C’est Denis Jeambar, à l’époque PDG du Seuil, qui s’y était opposé, précise-t-il. », « Le Poulpe: du noir au brun ? », Mediapart.fr, 18/02/2010.

« À 8h30 apparaît Pierre Sled, un garçon dont le meilleur emploi est ailleurs, joueur de guitare rock. C’est lui qui dirige un débat amusant. Le principe est de prendre des invités parmi les gens qui passent dans la rue. Ainsi, vous avez un certain Denis Jeambar, qui est toujours là. Il doit être éboueur dans le quartier. ça tombe bien, ce Jeambar est, paraît-il, apprécié dans la profession de journaliste. Déjà, c’est un ami de Séguéla et ensuite, il balance ses confrères, deux qualités pour passer à la télé. », « Le 20 heures, prozac du peuple », Bakchich Hebdo n°25, samedi 22 au vendredi 28 mai 2010.

« Carlos, cette interminable saga, est produite par Daniel Leconte, très grand ami de Denis Jeambar. Au moment de la mort du petit Mohamed al-Dura, tué à gaza par des tirs israéliens, Leconte et Jeambar ont mené une campagne farouche contre notre confrère Charles Enderlin, journaliste à France 2 et auteur du terrible scoop sur la mort du gamin en direct. Non pas en s’exprimant dans leurs journaux – Leconte a son rond de serviette sur Arte –, mais en intervenant, en douce, auprès des dirigeants du service public, priés de virer Enderlin. Leconte et Jeambar, voilà des experts en matière de passion portée au journalisme.», « Leconte est bon », ; Bakchich Hebdo n°25, samedi 22 au vendredi 28 mai 2010.

« Le socialiste Jacques Attali confie à L’Express, où il tient chronique en compagnie d’éditorialistes qui pensent comme lui, que la conversation du marchand d’armes disparu [Jean-Luc Lagardère] lui “donnait le goût de croire encore en la possibilité de changer le monde” (20 mars 2003). Denis Jeambar regrette, dans le même numéro du même hebdomadaire, “la plissure d’un sourire pétillant de malice et d’intelligence”, le “charme irrésistible” d’ “un chevalier” », Les nouveaux chiens de garde Nouvelle édition actualisée (2005) et augmentée, Serge Halimi.

« Quant à informer les autres de sa dépendance et de son sort… En 1996, Denis Jeambar remplaça Christine Ockrent à la direction de la rédaction de L’Express, hebdomadaire alors contrôlé par Havas. Dans cette affaire, le lecteur fut traité un peu à la manière des kremlinologues de l’ex-Union soviétique. Une purge secrète devait avoir eu lieu puisque, soudain, l’éditorial de la directrice avait disparu, chose qu’un abonné exceptionnellement vigilant eût pu remarquer. Mais, la semaine de cette disparition, Christine Ockrent figurait encore dans l’“ours” du journal (l’encadré où sont indiqués les noms des responsables de la publication). C’est dans le numéro suivant, le 2335, qu’on apprit, toujours par l’“ours”, que désormais le directeur de la rédaction se nommait Denis Jeambar. » Idem.

« Jacques Duquesne use de la litote : ”Denis n’est pas vraiment un épicurien. C’est le genre de Provençal froid qui a des passions brûlantes. Il a besoin de s’enthousiasmer.” Claude Imbert : ”Ça ne se voit pas de prime abord mais c’est quelqu’un d’émotif, assez cyclothymique, donc sujet aux baisses de tension. » Un ”ami de trente ans” : ”Insatisfait ? Je ne dirais pas ça. Comme tout le monde il a dû égarer quelques rêves en chemin. Mais surtout, il est tellement exigeant, il se met une telle pression ! Bien sûr, il y a les voyages, il adore ça, la famille, Grignan, mais je crois qu’il n’est heureux que lorsqu’il travaille trop !” Un autre : ”Peut-être qu’il échangerait beaucoup de cette réussite professionnelle pour un peu plus de considération littéraire.” »

« Reste, cependant, l’éloge. Fallait-il aller jusque-là et, surtout, jusqu’à cette forme extrême d’apologie du crime ? Les auteurs, Denis Jeambar, rédacteur en chef au Point, et Yves Roucaute, agrégé de philosophie et de science politique, n’osent-ils pas affirmer, en guise d’introduction, que loin d’être un moyen de gouvernement archaïque la trahison reste d’actualité, nécessaire même  » comme facteur de cohésion sociale « , dans ces régimes fragiles, versatiles, vibrionnants que sont les démocraties modernes. A les suivre,  » la trahison est désormais la seule méthode pour gérer le temps et la durée sociale « . Elle est perçue et analysée par nos auteurs comme  » l’expression supérieure du pragmatisme « ; comme la capacité de s’adapter à la volonté du peuple, aux pulsions de la société; comme une défense contre le despotisme. Elle a le courage, affirment encore Denis Jeambar et Yves Roucaute, d’éviter les ruptures et les fractures. Bref,  » le reniement est au coeur de notre vie politique « . », « Traité de la traitrise », Le Monde, 07/11/1988.

« Les meilleurs couples sont souvent ceux qui associent deux personnalités contrastées. Claude Allègre et Denis Jeambar ne se ressemblent pas. Le scientifique et le littéraire, le grand savant jubilatoire et l’analyste exigeant, le lanceur d’idées iconoclastes et l’observateur fitzgéraldien, l’homme de gauche et celui qui ne l’est pas… les clivages qui les séparent ne manquent pas. (…)Les saintes colères des deux auteurs contre les vices de l’Union européenne, qu’ils aiment d’une ardente cruauté, comportent des suggestions ingénieuses. Les aperçus-escapades vers la Chine, et surtout vers les États-Unis, mettent l’accent sur des originalités fécondes, notamment en ce qui concerne le système universitaire américain et les conditions de la circulation sociale outre-Atlantique. », « La France en état d’urgence », Le Point, 14/09/1996.

Jean d’Ormesson : « Volontairement ou involontairement, les extrémistes de gauche, comme souvent, font à cet égard le lit de l’extrémisme de droite. Un accord n’est pas loin de se dessiner sur ce point entre une gauche et une droite qui rejettent également l’extrémisme. Il suffit de lire des esprits aussi différents que Jean Daniel dans L’Observateur, Max Clos dans Le Figaro, Denis Jeambar dans L’Express ou Claude Imbert dans Le Point pour s’en persuader. », « Tolérance et vérité », Le Figaro, 20/02/1997.

Serge Halimi : « Des « mains sales » ou plutôt des mains qui s’imaginent assez pures pour manier le scalpel. En juin dernier, la firme Alcatel annonce qu’elle envisage de fermer la plupart de ses usines. Sans tarder, M. Denis Jeambar s’offusque de l’inaction publique : « Les gouvernants vivent sous l’empire des marchés et des entreprises mondialisées. Bref, il n’y a plus de politique. » Mais l’auteur de cette perspicace réprimande est à la fois directeur de L’Express et président du pôle information générale de Vivendi Universal Publishing – ex-Havas, un groupe autrefois détenu par Alcatel … Lieutenant d’une des principales multinationales de la planète, peut-il disserter sur les évolutions de l’actualité comme si celles-ci lui étaient tout à fait extérieures ? Les « entreprises mondialisées » qui vivent « sous l’empire des marchés », n’est-ce pas aussi, et de plus en plus, les conglomérats de la communication ? Et, dans ce cas, ne conviendrait-il pas d’activer de temps en temps les balais devant ces portes-là ? », « Liberté de la presse, censures de l’argent », Le Monde diplomatique, août 2001.

« Denis Jeambar, l’ancien patron éditorial du Point, puis du Seuil, relate dans l’hebdomadaire Marianne un déjeuner “privé” récent lors duquel Strauss-Kahn invita Szafran et Domenach, les responsables de la rédaction, à soutenir son ambition présidentielle. C’était son droit de les embobiner, et leur droit de succomber à ses avances. Sans les tribulations new-yorkaises de l’intéressé, le déjeuner fût resté secret, et les lecteurs de Marianne n’auraient rien su d’une connivence mondaine à vrai dire banale au sein du sérail médiatique parisien, mais pas sans incidence sur la ligne politique de ce journal. » « Connivences » valeursactuelles.com, 01/06/2011

Crédit photo : Siren-Com via Wikimedia (cc)

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