Claude Perdriel

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Claude Perdriel,
roi du sanibroyeur et ex-empereur du Nouvel Obs

Claude Perdriel, décrit partout comme un amoureux de la presse, est surtout un homme d’affaires convaincu de ses idéaux de gauche pour lesquels il a bâti un empire d’influence grâce à l’argent des sanibroyeurs qu’il a inventé.

Formation

Né au Havre en 1926, Claude Perdriel grandit dans le 16ème arrondissement parisien, élevé selon Wikipedia « par sa grand-mère maternelle et dans la famille juive de la marraine de sa mère ». Élève au lycée Janson-de-Sailly, il entre à Polytechnique en 1947. Cette solide formation, Claude Perdriel s’en servira pour faire prospérer ses affaires et il mettra toute sa vie une bonne partie de l’argent gagné dans ses entreprises au service de ses ambitions médiatiques.

Parcours professionnel

Il faut distinguer plusieurs étapes dans le parcours professionnel de Claude Perdriel. D’un côté des initiatives industrielles et de l’autre le monde de la presse, dans laquelle il écrit très peu mais qu’il influence beaucoup.

Côté industriel

L’homme des sanibroyeurs : Claude Perdriel commence sa carrière professionnelle en se lançant dans la construction de stations de traitement d’eaux usées, il fonde la Société Française d’Assainissement (SFA) en 1958. À 32, il est donc déjà PDG de son entreprise. Il dépose ensuite le brevet du Sanibroyeur, dont il invente le concept et le nom. Présente dans 28 pays, l’entreprise de Claude Perdriel a décliné son principe de base en créant des sanitaires pour seniors, pour handicapés, des WC à pompes sur les bateaux, des baignoires, des systèmes de massage, etc. À la fin des années 1980 il rachète son principal concurrent, la SETMA, qu’il intègre à son groupe.

Cette idée pour traiter les excréments a été couronnée de succès, puisqu’elle lui permet d’aligner quelques 180 millions de chiffres d’affaires annuels. C’est au sein de la même entreprise que l’on retrouve une branche industrielle et une branche presse, la première renflouant régulièrement la seconde : « elle sera la « pompe à phynance » de son groupe de presse » comme l’écrit Pierre de Gasquet pour Les Échos. Malgré ses beaux bénéfices, Perdriel délocalise massivement ces dix dernières années en Tunisie, Turquie et Chine.

L’époque du minitel : L’invention du minitel permet à Claude Perdriel de s’enrichir considérablement. Il se lance en effet dans les lignes érotiques, « les messageries roses », telles que «3615 Jane» et «3615 Aline» avec Henri de Maublanc. Le système de paiement est révolutionnaire, il suffit de taper 3615 et votre facture de téléphone s’alourdit d’un franc par minute, dont la moitié est reversée à l’éditeur. Si cela nous semble basique aujourd’hui, c’était en 1984 le début d’un nouveau modèle économique.

La presse, d’abord inquiète de ce concurrent qui pourrait lui enlever une part du marché publicitaire, va vite être rassurée : elle obtient le monopole du marché et se lance donc à corps perdu dans cette aventure. « À peu près tous les groupes de presse exploiteront le Minitel comme une vache à lait, tout en dénonçant les coûts excessifs dans leurs journaux. Pendant dix ans l’argent coule à flot. L’argent du Minitel renflouera les caisses du papier jusqu’à l’arrivée en France, en 1994, de l’Internet, du web, et de « cette formidable liberté gratuite » que tous vanteront dans leurs colonnes ! » écrit Michel Puech pour Médiapart.

Les autres entreprises : Il fut un temps associé à Edmond de Rothschild dans une société d’immobilier ; il a également vendu du charbon et des ascenseurs ; a détenu des parts dans une entreprise qui fabrique des voiles pour deltaplanes et dans la chaîne de fleuristes Au Nom de la Rose.

Côté presse

Les cahiers de saison : Avec ses premiers salaires d’ingénieurs, il finance déjà sa revue littéraire Les cahiers de saison. Cela lui permet de développer un réseau dans le monde des décideurs.

Le sauvage : Mensuel écologique paru de 1973 à 1991 et qui a resurgi sur la toile depuis 4 ans. Selon Wikipédia, c’est un numéro du Nouvel Observateur consacré à l’écologie, et qui se serait particulièrement bien vendu, qui aurait décidé Claude Perdriel à se relancer dans l’aventure.

La revue du Planning familial : Claude Perdriel la reprend un temps car il se dit attaché à la question de la contraception et de l’avortement.

Le Matin de Paris : Quotidien socialiste créé en mars 1977 par Claude Perdriel. Fortement mitterrandien, il a cessé de paraître dix ans plus tard. On pouvait y lire les papiers d’un pigiste aujourd’hui bien connu… François Hollande ! Le Matin de Paris, au niveau rédactionnel comme administratif échangeait beaucoup avec Le Nouvel Observateur.

Triba : Mensuel destiné aux familles recomposées, lancé en octobre 2001 et suspendu au bout du troisième numéro.

Le Nouvel Observateur : Il a créé ce mensuel, qu’il considère comme l’œuvre de sa vie, en 1964 avec Jean Daniel Bensaïd : « C’est un journal mendésiste, social-démocrate de gauche. C’est un journal du cœur qui défend depuis cinquante ans la veuve et l’orphelin, les pauvres. » Le premier s’occupe du modèle économique tandis que le second se charge de la partie rédactionnelle. Pour autant, Claude Perdriel assure également un contrôle sur les rubriques et ceux qui les dirigent, se révélant particulièrement attentif aux recrutements. Il est en effet plus facile de laisser une liberté certaine à des journalistes qui partagent les mêmes objectifs politiques que soi. Outre l’hebdomadaire Le Nouvel Observateur (diffusion 498 495 exemplaires en 2013), le groupe possède également le bimensuel Challenges (diffusion 224 465 exemplaires en 2013) et le mensuel Sciences et Avenir (diffusion 263 282 exemplaires en 2013). Le Nouvel Observateur obtient un nombre de pages de publicité élevé.

Début janvier 2014, Claude Perdriel a cédé Le Nouvel Observateur au trio Xavier Niel, Pierre Bergé et Matthieu Pigasse, déjà actionnaires du Monde. Il avait pourtant annoncé en 1999 avoir procédé à une donation partage au bénéfice de ses six enfants et de sa dernière épouse. Mais affirmant aux Échos que « la seule idée d’un vrai entrepreneur, c’est de développer son entreprise », Claude Perdriel a préféré à sa famille le trio dont un proche affirme que leur idée « est de poursuivre dans la constitution d’un grand groupe de média européen ». Une vente « idéologique » également car « ce qui m’intéressait, c’est que l’observateur reste franchement à gauche » a déclaré Perdriel. En revanche, Claude Perdriel garde Challenges. Ce magazine économique lui permet de continuer à influer, doucement mais sûrement, sur les thématiques qui lui sont chères. Outre les choix rédactionnels, lui qui n’écrit quasiment jamais s’autorise cependant parfois des publications telle cette tribune en faveur de l’exploration du gaz de schiste en France parue en juillet 2012.

Le Monde : Claude Perdriel est propriétaire de 2,5% du capital du Monde et siège à son conseil de surveillance.

Rue89 : En janvier 2012, Perdriel rachète Rue 89 pour 7,5 millions d’euros. Il en profite pour déclarer qu’avec « internet, je retrouve l’esprit de Mai 68 », qu’il agit ainsi car « si d’autres sites qui partagent les mêmes valeurs que nous, ont besoin d’aide, et bien, je suis prêt à les aider », le tout assorti de belles promesses d’indépendance rédactionnelle… Las ! Un an pile poil plus tard, il contraint Rue89 à démissionner du Spiil (Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne). La rédaction de Médiapart écrira à cette occasion : « En contradiction flagrante avec les valeurs de liberté et de pluralisme que Le Nouvel Observateur affirme défendre, la décision imposée par son propriétaire Claude Perdriel à Rue89, un an à peine après l’avoir racheté, confirme que la question de l’indépendance de l’information, celle des équipes qui la produisent comme celle des entreprises qui en vivent, est aujourd’hui une bataille essentielle. »

Sa nébuleuse

Membre du Siècle, bien qu’il affirme ne jamais y avoir mis les pieds, Claude Perdriel est proche, très proche de ceux qui ont le pouvoir. « Claude, faites attention quand vous allez vendre, ne faites pas n’importe quoi » lui demande son ancien pigiste François Hollande, en ce début d’année 2014. Et Perdriel de répondre : « Ne vous inquiétez pas, ce sera quelqu’un qui aura nos opinions politiques. »

Pierre Bergé « Je l’estime pour la passion qu’il a eue pour François Mitterrand, pour son mécénat, son soutien à un certain nombre de gens de gauche. On allait aux meetings de Mitterrand ensemble, j’ai de bons souvenirs avec lui », déclare Claude Perdriel aux Échos.

Selon ce même journal, « il cultive un réseau d’amitiés éclectiques. Depuis le patron de Vuitton, Yves Carcelle, un autre « voileux » polytechnicien amateur de régates, jusqu’au couple Kouchner/Ockrent, en passant par le président de Générali, Antoine Bernheim. Ils sont nombreux à participer, chaque année, à sa fête d’anniversaire au Petit Journal Montparnasse, le club de jazz qu’il a récemment racheté. Propriétaire d’un yacht, d’une flotte de jets privés et d’un château près de Disneyland Paris, il passe de longue date ses vacances en Toscane, à Porto Ercole, sur le promontoire de l’Argentario. C’est Jean Daniel qui l’y a entraîné. Il y croise souvent le prince Carlo Caracciolo et Eugenio Scalfari, cofondateurs du quotidien italien La Repubblica. Leur amitié remonte à l’époque où il dirigeait Le Matin de Paris ».

L’ancien banquier de Lazard, directeur pendant 10 ans de la compagnie d’assurance italienne Generali, Antoine Bernheim, était l’un de ses proches amis et l’un des principaux artisans de l’évolution actuelle des médias, grâce aux fusions-acquisitions.

Bénédicte Perdriel, sa troisième épouse. Elle dirige la SFA, préside le conseil de surveillance du Nouvel Observateur et est présente dans tous les actes qu’il signe.

Jean Daniel Bensaïd, son compagnon de toujours, qui a épousé sa première femme. Il était très proche de Mitterrand.

Ceux qu’il a essayé de sacrer comme dauphins pour diriger son groupe, mais qui ne sont pas restés. Franz-Olivier Giesbert qui dirige la rédaction du Nouvel Observateur de 1985 à 1988, Laurent Joffrin, qui reste de 1988 à 1996 puis de 1999 à 2006 et Denis Olivennes ex-FNAC et du groupe Pinault-Printemps-La Redoute, au Nouvel Observateur de 2008 à fin 2010.

Parcours militant

Claude Perdriel a toujours dit être de gauche, avoir soutenu Pierre-Mendès France puis Mitterrand, dont il a été le directeur de campagne en 1974. Le quotidien Le matin de Paris qu’il a créé soutenait clairement la politique de gauche d’alors.

Ce qu’il gagne

SFA génère un résultat net d’une dizaine de millions par an et le patrimoine personnel de Claude Perdriel était estimé à 110 millions d’euros en 2013 selon Challenges, il se classe ainsi 370éme fortune française. Il déclare se contenter de vivre avec un million d’euros annuel

Il l’a dit

« C’est vrai que diriger « Le Nouvel Obs » donne une image de luxe et de confort. Cela n’a pas toujours été le cas. J’ai tiré le diable par la queue pendant trente ans. Cela énerve les gens à droite que l’on puisse à la fois être de gauche, aimer vivre et être heureux », Les Échos.

« Mon tempérament est de me révolter. J’ai découvert la conscience politique par la lutte contre l’antisémitisme. Je suis de gauche pour de mauvaises raisons, comme les enfants peuvent l’être. Je suis de la gauche du cœur, pas de la gauche partisane. Le monopole du cœur est ce qui fait la différence entre les courants politiques : à gauche, on regarde les gens avant de regarder les chiffres. Je suis pour la défense des pauvres et contre l’injustice. J’ai toujours souhaité contribuer à améliorer le sort des gens », Le nouvel économiste.

En ce qui concerne la vente du Nouvel Observateur : « Ce qui m’intéressait, c’est que l’observateur reste franchement à gauche ».

Ils l’ont dit

« C’est un hyperactif hédoniste qui a une volonté de fer », résume son ami le cancérologue David Khayat.

« Il n’aime pas les gens qui sont toujours d’accord avec lui. Il sait prendre des risques. Il laisse une grande indépendance au jour le jour. Il fait des commentaires après coup. En revanche, il s’intéresse de près à la structure du journal, aux rubriques, aux embauches…» estime Laurent Joffrin.

« L’entrepreneur parvient alors à transformer la merde en or. Il réitéra son exploit dans les années 1980, au moment où, pariant sur le Minitel, il lance les premières messageries roses : après la merde, le sperme. Claude Perdriel est un homme de bonnes humeurs » écrit François Miclo.

« Claude Perdriel cherche une combinaison qui lui permettrait de transmettre le capital à sa seconde épouse, tout en maintenant l’autonomie des titres et des rédactions. Estimant que les rédactions ne sont pas aptes à gérer les journaux, il refuse de transmettre une partie du capital aux sociétés de rédacteurs », Patrick Eveno dans L’histoire du journal Le Monde 1944-2004

À l’époque où Perdriel envisageait de racheter Le Monde : « Nous soutenons avec enthousiasme Claude Perdriel qui parle en vrai homme de presse quand il explique : «Le danger aujourd’hui est que, n’ayant pas fait les réformes nécessaires et sans moyens financiers, la presse et ses lecteurs tombent entre les mains des pouvoirs de l’argent, du politique ou du CAC 40, dont les intérêts sont liés.» Oui, mille fois oui ! Mais alors : pourquoi propose-t-il de reprendre Le Monde en s’associant avec Orange, l’un des principaux groupes du CAC 40, aujourd’hui dirigé par Stéphane Richard qui fut directeur de cabinet de Christine Lagarde et demeure l’un des amis proches de Nicolas Sarkozy ? » écrit François Bonnet pour Médiapart.

Crédit photo : Le Figaro / le.buzz.media

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