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Médias recherchent néonazi désespérément

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L’affaire Merah n’aura donc pas servi de leçon. Avant que le « tireur fou de Libé » ne soit connu, de nombreux médias ont à nouveau démarré au quart de tour avec la volonté, à peine dissimulée, de voir le réel coller à leur fantasme. En dépit de toute déontologie.

Un « blanc aux yeux bleus » nommé Mohamed Merah

Déjà, en 2012, lorsque Mohammed Merah abattait, à Montauban, des militaires en pleine rue et finissait par s’introduire dans une école juive de Toulouse pour y faire un carnage, les grands médias avaient fait leurs choux gras sur une pure spéculation : son origine. Alors qu’on ne connaissait rien du tireur et que les seules images disponibles montraient un homme casqué intégralement, l’extrême-droite était visée. Le Point avait dégainé le premier en évoquant « la piste néonazie ». Puis, les télévisions avaient décrit un homme « de type caucasien ou européen » (M6), aux « yeux bleus sur un visage blanc » (TF1 et France 2).

Le 20 mars, les Inrocks faisaient même appel à un sociologue pour assurer une légitimité à cette thèse. Laurent Mucchielli déclarait ainsi que, « selon les premiers éléments de l’enquête, le meurtrier n’est pas un islamiste ou un banlieusard – les cibles favorites du débat public – mais une personne qui est apparemment issue d’un groupuscule néo-nazi ». Bravo pour la lucidité. De même pour Le Canard Enchaîné, Charlie Hebdo et Le Monde qui, tous en cœur, évoquaient tantôt un néo-nazi, tantôt un dangereux nervi d’extrême-droite, forcément proche des idées du Front National. La menace fasciste planait sur la République en danger.

Mais dès les premières révélations sur l’identité du tueur, l’islamiste Mohammed Merah, le changement de ton sera total. On parlera désormais d’un jeune « toulousain de 23 ans » qui « aime le foot, les scooteurs et les sorties en boîte » (France 3). Pour les Inrocks, il s’agit d’« un enfant du mariage malheureux entre la France et l’Algérie ». Libération couronnera ce grand retournement par une description devenue célèbre : un jeune au « visage d’ange d’une beauté sans nom »… Mais le pompon survenait le 21 mars, lorsque sur son compte Twitter, le journaliste du Nouvel Obs Nicolas Chapuis rapportait des propos tenus au sein de sa rédaction : « Putain ! Je suis dégoûté que ce ne soit pas un nazi ! » Et son collègue, Tristan Dessert, de lui répondre, comme un aveu pour l’ensemble de la profession : « Ça aurait été effectivement plus simple. »

Médias recherchent néonazi désespérément

Nicolas Chapuis, journaliste : « Putain ! Je suis dégoûté que ce ne soit pas un nazi ! » Le tweet a depuis été supprimé par son auteur.

La séquence entière a été couronnée par un prix spécial, le « bobard total » décerné par la fondation Polémia de Jean-Yves Le Gallou.

Quand Libé préfère « les méthodes des antifa »…

On aurait pu imaginer qu’une leçon aurait été tirée de cet épisode erratique mais il n’en est rien. Lundi 18 novembre, lorsqu’un homme entre, armé d’un fusil de chasse au siège de Libération et ouvre le feu sur un assistant-photographe, l’emballement médiatique retrouve des airs de tuerie de Toulouse. Alors qu’on ne sait encore rien de l’homme et de son apparence, les spéculations ne tardent pas à refaire surface. L’homme est immédiatement décrit comme un homme « de type européen », aux « cheveux ras », et Jean-Marc Morandini lâche même le mot : « crâne rasé ». Fallait-il entendre « Skinhead » ? Sa veste verte est qualifié de « veste de chasseur », son look de « paramilitaire » et petit à petit se construit une image destinée à marquer les consciences : l’homme vient de la droite radicale. D’ailleurs, s’étant attaqué à Libération, que pouvait-il être sinon d’extrême-droite ? Au micro de chaque média, les journalistes parlent ainsi d’une certaine « ambiance » qui règne dans le pays, d’un certain « climat » peu ragoutant. Comprendre : une ambiance nauséabonde depuis que la France de la Manif pour tous s’est réveillée, que le Front National monte dans les sondages et que Christiane Taubira a été comparée à un singe. « Tirs à Libé et menaces à BFMTV. Ou allons-nous ? Au secours. Peuple de gauche réveillons-nous. Ça craint », tweete Esther Benbassa le jour même.

Peuple de gauche réveillons-nous ? Pourquoi peuple de gauche ? Pourquoi pas peuple de France ou peuple tout court ? Parce que le danger ne peut venir que de la droite, pardi. Or, face à ce danger, l’extrême-gauche est vue comme un rempart… Trois jours avant l’attaque, Pierre Marcelle réagissait en effet dans les colonnes du journal Libération à propos de la une jugée raciste de Minute sur Christiane Taubira : « Pour combattre la barbarie, on préfèrera décidément les méthodes des antifas, fussent-ils extrémistes, que la saisine, vraisemblablement vaine et contre-productive, du parquet, par Matignon », écrivait le chroniqueur d’extrême-gauche, invitant ainsi explicitement ses petits camarades à un passage à l’acte contre le journal d’extrême-droite. Manque de bol, 72 heures plus tard, c’est contre son propre journal que s’est retourné le canon du fusil à pompe…

Une histoire de climat

Le climat, donc. Fabrice Rousselot, directeur de la rédaction de Libé, l’évoquait sur BFMTV. Un climat qui a débuté « depuis qu’on a pris position contre le racisme

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». Tiens donc. Nicolas Demorand, directeur de publication du même journal, parlait, lui, d’une « ambiance » qui se dessinait. Mais c’est Arnauld Champremier-Trigano qui mettra enfin des mots sur ce climat dont tout le monde parle. C’est un climat « de haine raciale » et de « haine des médias ». Mieux : d’après le député PS de Seine-Saint-Denis, Daniel Goldberg, cette affaire est liée « aux attaques racistes visant Christiane Taubira ».

L’inénarrable Caroline Fourest entre enfin en scène. Dans un article publié sur le site du Huffington Post, et après avoir précisé, par pure rhétorique, qu’il fallait « attendre d’en savoir plus », la militante féministe tire à boulets rouges sur « l’incitation à la haine qui vise de plus en plus souvent les médias », et dénonce « Internet, les réseaux sociaux », ses bêtes noires, des lieux où l’on accuse « les puissants cosmopolites ou les pauvres étrangers » en toute impunité. « Dans ce bistrot devenu global, on parle fort, on parle souvent des musulmans, des Arabes, des Juifs, des noirs, des singes et des journalistes… », ajoute-t-elle avant de conclure : « Mais la plus grande responsabilité, aujourd’hui, est à droite, où l’absence de complexe et la surenchère ont libéré une parole mortifère. On entend décidément trop peu la droite républicaine. Où est-elle ? Quand des gens de son propre camp dérapent et tiennent des propos à droite de l’actuel Front national. » Sur LCP, elle fera même le lien entre le tireur de Libération, Anders Breivik et ses « agresseurs » de la Manif pour tous.

Au final, personne ne sait rien, mais tout le monde le sait : c’est l’extrême-droite qui a fait le coup.

Deux poids/deux mesures

Mercredi 20 novembre 2013, un homme présentant « une forte ressemblance » avec les images de vidéosurveillance est interpellé alors qu’il est « endormi » dans son véhicule après avoir pris des médicaments. Les tests ADN réalisés l’affirment : il s’agit de l’homme qui s’était rendu armé, le 15 novembre, à BFMTV, qui a tiré sur le photographe de Libération puis sur le siège de la Société générale à La Défense trois jours plus tard. Le nom du suspect ne tarde pas à filtrer : l’homme « de type européen » s’appelle Abdelhakim Dekhar, il est d’origine algérienne, connu des services de police pour avoir, dans l’affaire Rey-Maupin en 1994, fourni un fusil à pompe aux « tueurs de flics ». Mais l’homme est surtout un pur produit du militantisme marxiste libertaire antifasciste et possède un pedigree à faire pâlir les activistes : militant au « Mouvement d’action et de résistance sociale » (MARS), d’une « Section carrément anti-Le Pen » (SCALP), adhérent de la « Coordination des sans-abris », du « Collectif d’agitation pour un revenu garanti optimal » (CARGO) et des « Travailleurs, chômeurs et précaires en colère » (TCP). Dans l’une des lettres retrouvée à son appartement après son arrestation, il explique son geste en évoquant un « complot fasciste » dans les médias, qu’il accuse « de participer à la manipulation des masses, les journalistes étant payés pour faire avaler aux citoyens le mensonge à la petite cuillère ».

Dekhar a pris les discours antifascistes très au sérieux

Lors de l’affaire Merah, la révélation de l’identité du tueur avait provoqué un retournement des médias. Cette fois, c’est un silence embarrassé qui succède au fantasme. La mort de Clément Méric (voir notre dossier sur le sujet) avait entraîné une véritable vendetta politico-médiatique contre les groupes d’extrême-droite. Au nom de la République en danger, il fallait « tailler en pièce » les groupuscules (Jean-Marc Ayrault), responsables du fameux climat qui avait rendu possible le passage à l’acte. Mais pour Abdelhakim Dekhar, lié à l’extrême-gauche violente et terroriste, le mot d’ordre est tout autre : pas d’amalgame… Le tireur est présenté comme un individu isolé, pas du tout organisé, et, évidemment, déséquilibré. Quant aux journalistes et hommes politiques qui attisent les haines avec leur discours incessant sur la « menace fasciste », discours pris au sérieux par Abdelhakim Dekhar, nul ne songe évidemment à leur demander des comptes, ou tout au moins à les rendre responsables de ce fameux climat ayant favorisé le passage à l’acte.

Avec l’affaire Méric, le drame avait tourné politique. Avec l’affaire Dekhar, le drame devient psychiatrique. À l’unanimité, il ne peut s‘agir que d’un « suicidaire, déséquilibré, instable et marginal », d’un « errant solitaire, sans attaches, sans famille politique, sans acolyte ». En aucun cas l’extrême-gauche et sa frange terroriste n’est en cause. Rue89 affirme même, par le biais de son ancien avocat que l’homme n’est pas de gauche… « Mais où sont passés les bien-pensants qui criaient au péril fasciste ? », s’interroge André Bercoff sur Atlantico. Car que ce serait-il passé si le tireur s’était avéré appartenir à cette extrême-droite fantasmée ? « Alors là, on en aurait eu des tonnes ! des kilos !… et François Hollande aurait appelé à une grande manifestation place de la Nation ! », croit savoir Yves Thréard.

Un suicide collectif des médias ?

La voix de la raison sera portée par Guy Birenbaum qui, dans le Huffington Post, adressera un message à la profession : « Si jamais on se plante, on se vautre, et notamment parce que l’on n’a pas voulu dire ou écrire « je ne sais pas » ou « je n’en sais rien »… il faut revenir et dire « J’ai eu tort ». Parce qu’à chaque fois que quelqu’un dit ou écrit « Je me suis trompé », j’ai la faiblesse de penser qu’il progresse et nous fait avancer. »

Telle est la réalité : de nombreux journalistes se sont une fois de plus trompés mais personne ne l’a dit. Comment ne pas comprendre que la méfiance, si ce n’est l’hostilité, qui se développent à l’égard des médias viennent de là ? Le public réclame de l’analyse et des faits aux journalistes qui lui servent en retour de l’idéologie et du fantasme, propres à obscurcir encore davantage la réalité qu’ils ont pour métier d’éclairer. A l’heure d’Internet, ces manipulations ne peuvent qu’entraîner un suicide collectif des médias.

C.L.

À voir également : Infographie de Libération et
Dossiers sur l’affaire Méric I et II

Crédit photo : DR

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