Les rédactions du Parisien en révolte contre la « terreur »

Les rédactions du Parisien en révolte contre la « terreur »

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Rien ne va plus au sein de la rédaction du Parisien/Aujourd’hui en France. Depuis l’arrivée de Thierry Borsa à la tête des rédactions du journal en 2010, les journalistes dénoncent un « climat de terreur » qui vient de s’amplifier avec le licenciement d’un journaliste respecté.

Le 6 février dernier en effet, le numéro 2 du service « éco » du Parisien, Marc Lomazzi, était convoqué dans le bureau de la direction. « On l’a vu partir tranquille vers le bureau et revenir décomposé : il venait d’apprendre qu’il était viré ! On était tous stupéfaits, autant que lui. Il n’y avait eu aucun signe avant-coureur, aucun avertissement », raconte un de ses confrères. Alors qu’il n’avait commis aucune faute, que ses compétences n’étaient pas en cause, l’homme de 51 ans, « bosseur » très apprécié par ses collègues, s’est donc vu subitement signifié son licenciement.

Interrogé par la rédaction, Thierry Borsa, directeur jugé « glacial » et que « personne n’ose contredire », a évoqué une « rupture de confiance ». Ce dernier a estimé que Marc Lomazzi « ramait à contre-sens » et qu’il n’était pas « prêt à porter des projets éditoriaux à venir »… Stupéfaction à la rédaction, qui explique autrement ce renvoi. Début janvier, Lomazzi avait en effet osé révéler le malaise qui planait sur les rédactions après la mauvaise réorganisation de celles-ci. Aussi, il avait refusé, pour des raisons de déontologie, que son service participe au supplément « éco » où les articles étaient plus favorables aux entreprises, pour attirer la publicité.

Choquée par ce licenciement, la rédaction s’est donc réunie en AG ce lundi 10 février et a adopté à 76,7 % une motion de défiance à l’encontre de la rédaction (135 pour, 33 contre et 8 blancs ou nuls, sur 176 votants). En parallèle, elle a adopté une motion de soutien à M. Lomazzi (91,6 %, 164 pour, 6 contre et 9 blancs ou nuls, sur 179 votants). « La procédure de licenciement brutale et sans fondement de notre collègue Marc Lomazzi nous choque. Au-delà de ce cas personnel, elle est l’expression du climat délétère qui règne dans la rédaction où menaces et intimidations se multiplient. La liberté d’expression étant l’essence de notre métier, en priver ses journalistes est inacceptable. Dans ces conditions, la rédaction n’a plus confiance dans sa direction », indique la motion. Et de dénoncer « la brutalité avec laquelle il est traité » tout en demandant « à la direction de revenir sur la procédure de licenciement qu’elle a engagée à son encontre ».

Dans un communiqué interne, la rédaction s’indigne : « La méthode relève de la terreur. Outre la violence du procédé à l’égard d’une personne qui n’a commis absolument aucune faute, c’est un sentiment de totale et profonde injustice, sinon de colère, qui s’est abattu sur nous. » Et Élisabeth Fleury, présidente de la SNJ, de résumer : « En gros le message est le suivant : vous pouvez être licenciés sans raisons. » La semaine dernière, elle avait déjà dénoncé dans un communiqué la « terreur » que faisait planer Thierry Borsa sur les équipes du Parisien.

Le délégué SNJ Olivier Corsan relate l’origine de ces tensions : « On a connu un plan de départs volontaires, on est passé en quelques années de de 350 à 300 journalistes, tout en devant nourrir le site, et Le Parisien Dimanche… Il y a quelques jours, on a fait grève parce que les remboursements kilométriques liés aux déplacements en voiture étaient baissés de 60 %. Les gens à l’extérieur du journal n’ont pas compris pourquoi, mais cette mesure touchait les journalistes les moins bien payés, ceux qui tournent en région, et qui perdaient ainsi plus de 2 000 euros de salaire par an ! ». Ajoutez à cela une mauvaise organisation des rédactions et un directeur froid et brutal, et nous voici en pleine crise. Mais Olivier Corsan tient à rappeler que « la rédaction du Parisien ne vote pas tous les quatre matins une motion de défiance contre la direction de la rédaction. Le climat général est particulièrement crispé, à tous les niveaux. »

Depuis quelques mois, on relate déjà six cas de « burn-out » dont le directeur du service économique que Marc Lorezzi remplaçait justement jusqu’à ce jour. Une psychologue a même été appelée à la rescousse, et assure des permanences tous les jeudis. « Les gens sont fatigués et en colère », conclut une journaliste. La situation économique n’est guère plus reluisante : en 2013, Aujourd’hui en France a vu sa diffusion baisser de 10,3% par rapport à 2012. Celle du Parisien est en recul de 8,8%.

Vendredi prochain, 14 février, la rédaction se réunira à nouveau en Assemblée générale pour envisager d’autres mesures de protestation…

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