Le lab d’Europe 1: après l’anecdotique, le politique

[Dossier] Le lab d’Europe 1: après l’anecdotique, le politique

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Nous vous expliquions il y a quelques semaines le fonctionnement du Lab d’Europe 1, site médiatique où règnent l’anecdotique et le superficiel. Voici en complément, à travers à l’observation des articles de la dernière semaine de septembre, l’étude du parti pris des rédacteurs du Lab. Bien loin de la théorique objectivité des journalistes, on découvre comment, par le choix des angles et des sujets, le site nous plonge dans le bain du politiquement correct.

Scruter l’actualité politique ? Oui, mais sans accorder la même place à tous ! Sur notre semaine de septembre, voici le classement des partis en fonction du nombre d’articles qui leur a été consacrés (quand deux partis sont concernés, les articles ont été comptés pour les deux partis) :

  • Parti Socialiste : 44 articles
  • Union pour un Mouvement Populaire : 20 articles
  • Front National : 9 articles
  • MoDem : 3 articles
  • Front de Gauche : 1 article
  • Parti de Gauche : 1 article
  • Union des Démocrates et Indépendants : 1 article
  • Debout la République : 1 article

Comme on peut le remarquer, il y a une nette préférence pour le Parti Socialiste, puisque sur les 86 articles de la semaine, plus de la moitié lui sont consacrés ! Si nous regardons plus en détail, nous pouvons nous rendre compte qu’il y a également des différences de choix sémantique pour tous ces partis.

Prenons par exemple cet article sur le changement de nom des partis politiques, emblématique de l’état d’esprit très politiquement correct du Lab :

L’idée, « swag », de changer de nom pour un parti, Manuel Valls, lui, « l’a en tête depuis 2007 » rappelle le rédacteur avant de faire le tour des partis.

  • Si le FN y pense, ce n’est que pour arrêter de « rebuter » les gens, même si Jean-Marie Le Pen trouve cela « débile ».
  • En ce qui concerne l’UMP, ce serait une aide pour sortir de la crise, un « chamboulement » nécessaire.
  • Pour le PS, ce serait un choix « iconoclaste », donc terriblement rebelle, même si certains aimeraient garder « ce beau nom ».
  • L’UDI et Debout la République sont également évoqués, deux lignes chacun. Le premier parce que le nom est récent, mais le deuxième, parce que trop minoritaire ? Il est pourtant le seul dont le changement de nom est acté, mais cet événement n’a manifestement pas mérité l’attention du Lab, qui renvoie le lecteur vers Le Parisien, alors qu’il consacre huit articles en trois jours au Parti Socialiste, lorsque Manuel Valls en évoque simplement l’idée…

Cette « ligne rédactionnelle » se retrouve dans le reste des articles du Lab comme nous allons le voir maintenant.

Le traitement sympathique du PS

Le PS est-il sympathique aux yeux du Lab ? Si nous observons le vocabulaire et les angles choisis, nous nous rendons rapidement compte que le Parti socialiste bénéficie globalement d’un regard positif de ses rédacteurs. Prenons Martine Aubry par exemple, pas moins de sept articles, en une semaine, lui sont consacrée. « Elle a pris la tête de la fronde », tel un valeureux chef de guerre, elle est comparée à l’impératrice chinoise Cixi, se révèle ferme sur ses positions, mais pas menaçante tout de même. Certes, elle brocarde tout le monde, pour certains elle a même planté un coup de poignard dans le dos de ses copains, mais tout de même, quel sens de l’humour elle a, Martine : voyez comme elle se marre aux remarques grivoises de Sophia Aram concernant le superbe plug anal qui ornait la place Vendôme ! Ségolène Royal est également présentée comme une femme courageuse, forte et qui tient tête aux autres politiciens, y compris de son camp, pour défendre ses projets et son honneur de femme.

Manuel Valls bénéficie aussi d’un sacré capital sympathie, le Lab nous le présente dans l’affect, après la « perte d’un ami », comprenez la mort de Christophe de Margerie, le PDG de Total. Puis lorsqu’il rencontre Zahia à la Fiac, il trouve toujours le bon mot et l’attitude la plus « habile » pour ne pas se faire piéger. Idem dans un article consacré à Jean-Marie Le Guen, où le Secrétaire d’État chargé des Relations avec le Parlement prend position contre les frondeurs. Article que le rédacteur arrive à conclure en citant une remarque ironique de Manuel Valls, sans rapport avec l’article, mais permettant au Premier ministre de se vanter d’être à l’avant-garde. Dans un autre post évoquant le Premier ministre à l’origine de la polémique sur le changement de nom de son parti, le rédacteur écrit que Manuel Valls « met le feu au PS » : autant de choix rédactionnels qui donnent l’impression d’un Premier ministre terriblement insoumis, mais si ouvert politiquement.

Enfin, les rédacteurs du Lab collaborent à la novlangue du système. Ils parlent ainsi « d’astuce » pour évoquer la magouille du PS afin de garder le siège de Pierre Moscovici à l’Assemblée nationale. Et lorsqu’ils reconnaissent le cynisme de François Rebsamen qui parle d’abord de « contrôle » puis « d’accompagnement » des chômeurs, ils appellent cela « le sens de la formule ».

Le traitement d’une UMP « bling-bling »

Les articles consacrés à l’UMP mettent en relief divers aspects, jamais très reluisants du parti de droite. D’abord, le côté guerre des chefs, course à la présidence du parti oblige. Hervé Mariton est plutôt raillé ou en tout cas il n’est pas pris au sérieux pour sa tentative de comparaison des programmes des candidats qu’il a lui-même réalisée, faute de débat interne. L’ironie du rédacteur est manifeste : « il ne lâchera rien » ou « voici de quoi a l’air ce fameux document ». Étienne Baldit appelle cette envie de débattre sur le fond un « coup de com’ bien senti ». Sarkozy n’est pas oublié, moqué notamment pour ses métaphores « surprenantes ». Mais c’est surtout son côté « mégalo » qui lui est reproché, toujours à demi-mot bien sûr. « Nicolas Sarkozy, qui n’a pas perdu son intérêt pour les chiffres d’audience le concernant, s’est félicité de voir son compteur grimper. » Étrange jugement alors que les médias ne jurent que par les sondages.

Un des autres angles pour les papiers consacrés à l’UMP, c’est le danger que le parti penche trop à droite. D’abord avec la « mithridatisation » des thèses d’extrême droite selon Cécile Duflot. Bien sûr, lorsque Nicolas Sarkozy prononce un discours plus à droite que d’habitude, le Lab, ne juge pas lui-même les propos, mais relaie le tweet de @lecontempteur « de là ou je suis, en animant la page FB de mon Media, je vois bien que ces propos résonnent. Comme ceux de Zemmour » et la réponse de Cécile Duflot : « Face à un monde mouvant et incertain, un discours de réassurance basé sur la haine de l’autre prospère toujours. ». Même si, citoyens, rassurez-vous, le Lab vous informe également que la droitisation des esprits n’est pas encore acquise avec ce lien vers Slate.

Un autre danger que court l’UMP serait le noyautage de ce parti par les forces de La Manif pour Tous (LMPT). D’ailleurs Luc Châtel a appelé à faire des dons à l’UMP pour défendre la famille, « un procédé déjà utilisé pour lutter contre le mariage et l’adoption pour les couples de même sexe ». Et puis, les trois candidats à la présidence du parti ont accepté de participer au meeting de Sens Commun, une structure qui ambitionne de « noyauter l’UMP » et de « récupérer » le parti au profit des idéaux de La Manif Pour Tous, rien que ça.

Enfin, dernier volet, l’UMP serait le parti des voyous qui détournent de l’argent. Sur les soixante parlementaires mis en cause par l’administration fiscale, le Lab joue le gros plan sur un député et un sénateur UMP. Cela permet de cacher un peu le socialiste Thévenoud, surtout que le président de la commission des finances à l’Assemblée nationale est également mis en cause et il est… UMP ! On en profite alors pour réclamer sa démission via la secrétaire nationale du Parti de Gauche, Raquel Garrido.

Le traitement de l’épouvantail Front National

Si on lit entre les lignes des rédacteurs du Lab, on s’aperçoit qu’ils manquent bien de neutralité à l’égard du Front National. Systématiquement qualifié du terme-qui-fait-peur : « extrême-droite », le FN est évoqué soit comme un épouvantail pour les autres partis (ici ou ) soit associé aux-heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire (ici ou ). Les rédacteurs tenteraient presque de mettre en garde le citoyen contre le danger d’un parti qui a récolté 25 % aux dernières élections. « Pense-t-il [Philippe Martel, chef de cabinet de Marine Le Pen] que le FN puisse imposer son agenda et son rythme à la presse ? Oui. »

Le jugement de valeur se ressent également lorsque, par exemple, le rédacteur Jules Darmanin affirme que « Robert Ménard a fait de sa ville the place to be pour tous les tenants de l’extrême droite et de la droite nationaliste ». Il cite ensuite Éric Zemmour et Philippe de Villiers, les associant ainsi de facto à ce terme épouvantail d’extrême droite. Le rédacteur qualifie ensuite Alain Soral, d’« idéologue », alors que dans d’autres articles du Lab, Bernard-Henri Lévy est un philosophe-activiste ou même simplement philosophe. Différence de jugement, dites-vous ?

Guère de neutralité aussi pour ce même rédacteur lorsqu’il évoque Éric Zemmour dans un autre article qu’il conclut ainsi : « Jean-Marie Le Pen et celui qu’il appelle “Éric” – qui se refuse toujours à dire pour qui il vote – ont décidément bien des choses en commun. ». Épilogue lourd de sous-entendus…

Enfin, n’oublions pas d’évoquer la légère mauvaise fois de Delphine Legouté, dans son article consacré à ce jeune élu FN converti à l’islam. « Un choix que lui reproche le parti », affirme la rédactrice avant de citer quelques lignes plus loin Gaétan Dussausaye, directeur national du Front National de la Jeunesse, qui assure le contraire…

Le traitement par le mépris et la condescendance des « petits »

Le Modem

Le parti de François Bayrou a droit à trois articles durant la semaine analysée. Mais deux concernent la volonté de Manuel Valls (encore lui !) de tendre la main au parti centriste (ici et ). Le seul consacré réellement au Modem rend compte de la volonté de François Bayrou que l’assemblée soit dissoute. Loin d’être pris au sérieux, « le président du MoDem prône donc un remède de cheval », le rédacteur achève son article en proposant au lecteur un lien où Michel Sapin « se moque carrément » de François Bayrou.

Debout la France

Un article pour le parti de Nicolas Dupont-Aignan. Loin d’être flatteur, l’article explique comment NDA n’avait toujours pas eu connaissance de la mort de Christophe de Margerie dans un accident d’avion au lendemain de celle-ci. Peut-on faire confiance à un homme si peu informé ? semble être la question posée en filigrane.

L’UDI

Un article à notre compteur également pour l’UDI. Celui-ci raille Jean-Christophe Lagarde, candidat à la présidence du parti, de « faire face à un sondage peu flatteur : seuls 2 % des Français considèrent qu’il est le candidat qui incarne le mieux le centre ». L’homme rétorque que d’autres inconnus ont réussi à faire mieux que des figures populaires, « je me souviens qu’Alain Krivine était très connu et Olivier Besancenot inconnu. Il se trouve qu’il a fait 5 fois plus de voix qu’Alain Krivine. » Ce à quoi le rédacteur répond : « reste déjà à savoir si l’homme en tête au premier tour le restera au second tour ».

Dans un autre registre de la condescendance, cette fois-ci dans un article consacré au coup de gueule de la Voix du Nord, qui se plaint que Martine Aubry préfère les médias nationaux, le Lab moque le quotidien régional « vexé » et « mécontent ». Serait-ce par mépris parisien ?

En faisant la synthèse de tous ces articles, il apparaît clairement que par petites touches, par choix sémantiques savants, le Lab se situe clairement du côté du politiquement correct, version militante. Condescendance pour ceux qui ne sont pas grands, antipathie à peine dissimulée pour le Front National, ironie pour les événements de l’UMP tandis que l’accent est mis sur les personnalités fortes et sympathiques du PS. En plus d’être champion dans le règne du superficiel et de l’anecdotique, le Lab tient décidément une place de choix dans les médias de propagande et de formatage idéologique, aux côtés du Grand Journal de Canal+, du 28′ d’Arte et de Street Press.

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