Comment l’État va créer du chômage dans l'imprimerie

Comment l’État va créer du chômage dans l’imprimerie

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Les pouvoirs publics injecteront environ 10 millions d’euros dans la construction en Seine et Marne de la nouvelle imprimerie Newsprint, prévue en 2014. À terme, le centre, où seront rapatriés plusieurs hebdomadaires à gros tirages, pourrait générer plusieurs centaines de suppressions de postes.

Un comble ! Déjà en surcapacité de 40%, les imprimeries de labeur d’Ile de France seront a priori flanquées d’un nouveau centre, Newsprint, qui devrait être opérationnel en 2015. Le projet date de 2009 et s’inscrit dans le cadre de l’accord sur la réduction des effectifs des ouvriers du Livre CGT dans la presse nationale et régionale. Rotativistes et distributeurs, payés en moyenne 4800 euros (sur 13 mois), ont ainsi conservés leurs juteux émoluments jusqu’à la retraite. A ce traitement favorable, s’est de surcroît ajoutée à l’époque la fameuse prime « à la valise ». Le plan, dit « imprime », largement subventionné par l’État, anticipait aussi l’émergence de la nouvelle imprimerie. Le Monde, en sureffectifs dans son imprimerie d’Evry, y voit l’occasion de reclasser 35 ouvriers. Il financera Newsprint à hauteur de cinq millions d’euros (payés en plusieurs fois), tandis que le groupe Riccobono, qui imprime déjà la presque totalité des quotidiens nationaux, empruntera quinze millions d’euros auprès des banques. Le Fonds stratégique pour le développement de la presse (FSDP) fournira le reste.

L’utilisation de cet argent public est désormais dans le collimateur de L’Union nationale de l’imprimerie et de la communication. L’organisation patronale de la filière imprimerie dénonce une distorsion de concurrence désastreuse pour le secteur et a saisi en décembre 2013 l’Autorité compétente. Car, comme les autres groupes éditeurs de quotidiens nationaux, Le Monde s’est aussi engagé à assurer un plan de charges à la future usine. Ses hebdomadaires Télérama et Courrier international, mais aussi Le Figaro magazine (groupe Figaro) et Pèlerin (Bayard presse), se retrouveront probablement dans le giron de Newsprint. Alors que 316 entreprises d’impression, de brochage et de routage ont fermé en 2013 (sur 4850), le nouvel acteur pourrait ainsi occasionner environ 400 licenciements (sur 5000) en région parisienne. Ce sont des centaines de milliers d’exemplaires que les deux imprimeries majeures d’Ile de France, Maury et Sego, risquent en effet de perdre. L’Unic attaque aussi la légalité de l’utilisation du FSDP non par pour financer l’innovation (c’est son rôle) mais pour encore accroître la surcapacité des moyens industriels existants.

Afin d’assurer la paix sociale, et ne pas se mettre à dos le puissant syndicat du Livre CGT, pouvoirs publics et éditeurs de PQN sont une fois de plus main dans la main. Or, le statu quo entretenu depuis 1946 par les patrons avec le Livre, capable d’empêcher la presse de paraître à l’échelon national, est l’une des raisons du chaos accéléré frappant les journaux. Pour cette organisation, « qui ne s’est toujours pas remise de la chute du mur de Berlin en 1989« , selon un bon connaisseur de la Filpac CGT, préserver coûte que coûte les avantages acquis de ses adhérents (moins de 2000) semble bien plus important que l’extinction programmée des quotidiens papiers.

Crédit photo : camillefabro via Flickr (cc)

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