Charte

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Soyez informés sur ceux qui vous informent

Le matin en vous réveillant vous allumez la radio. C’est même parfois un radio-réveil qui vous tire du sommeil. Vous écoutez les informations. Si vous allez au travail vous poursuivez votre écoute en voiture ou dans les transports en commun grâce à votre téléphone. Vous lisez un journal gratuit et achetez un quotidien. Dans la journée vous allez naviguer sur les principaux sites d’information. Le soir vous regardez les informations télévisées. Si vous êtes addictif vous écoutez en continu les radios et les télévisons spécialisées et ce en plusieurs langues.

Mais cette information qui la crée ? La sélectionne pour vous ? Qui la transforme ? Qui décide pour vous ce qui doit être mis en exergue ou ce qui doit être tu ? L’information n’est pas un objet neutre, elle est produite, gérée, orientée. Par qui ? Par les journalistes eux-mêmes bien sûr et par les médias qui les emploient. Les mêmes médias souvent contrôlés par des groupes industriels et financiers qui, s’ils prétendent à la neutralité, défendent leurs propres intérêts.

C’est Edmond Burke qui en 1787 a créé l’expression « quatrième pouvoir », reprise ensuite par Tocqueville en 1837. Les moyens de communication (tous les moyens) servent – ou devraient servir – de contre-feux aux trois pouvoirs incarnant l’État : exécutif, législatif et judiciaire.

Mais ce quatrième pouvoir est peut-être devenu le premier. Il influence les élections, locales, nationales ou européennes ; il commente et oriente les décisions du législatif comme de l’exécutif. Le quatrième pouvoir juge aussi les juges comme on peut le voir à travers les controverses sur les décisions judiciaires les plus sensibles. Il fait et défait les réputations, la vôtre comme celle des groupes.

Les journalistes sont ils indépendants ? Ils dépendent de leur hiérarchie dans les médias qui les font travailler. Ils dépendent encore plus de leur éducation, des cercles qu’ils fréquentent, de l’atmosphère culturelle et politique restreinte dans laquelle ils baignent.

Tous les journalistes ne sont bien sûr pas logés à la même enseigne. À côté de quelques dizaines de vedettes (objets de nos premiers portraits) et de quelques centaines de journalistes employés sur une longue durée, la réalité est celle de milliers de soutiers de l’information payés à a la pige, nouvelle classe intellectuelle précarisée.

Peut-on parler d’une crise du journalisme ? D’une certaine forme de fin de la liberté d’expression ? Les lois en vigueur défendent la liberté de la presse tout en l’encadrant. Serge Halimi dans son ouvrage Les chiens de garde (1) est plus que critique vis à vis des médias et de leurs acteurs. Halimi reprend les thèses de Guy Debord sur la société moderne « Tout ce qui était directement vécu s’est éloigné dans la représentation » (2). Mais qui représente la représentation ? La révérence devant le vrai pouvoir, la fausse impertinence, la prudence devant l’argent, les habitudes de vie commune ont créé un nouveau journalisme « … en se dévoyant dans une société de cour et d’argent, en se transformant en machine à propagande de la pensée de marché, le journalisme s’est enfermé dans une classe et dans une caste » (3).

Si les journalistes doivent être protégés, le lecteur, l’auditeur, le spectateur ont aussi des droits. Le droit de savoir qui parle, qui écrit, par quel itinéraire. Prenons un exemple. Michel Field a parfaitement le droit d’avoir milité activement chez les trotskystes dans sa jeunesse. Mais les auditeurs de Michel Field ont aussi le droit de connaître les amitiés de Michel Field et ses arrières plans idéologiques. Sans oublier les commanditaires qui l’emploient. Exemple parallèle celui de Joseph Macé-Scaron passé du droitier GRECE au statut d’icône du boboïsme gay chez Marianne. Ou bien Éric Le Boucher et ses multiples interventions – rémunérées – au service d’entreprises privées. Ou encore François d’Orcival passé des engagés Cahiers Universitaires au noble Institut.

C’est ce droit de savoir de l’auditeur, du spectateur, du lecteur que l’Observatoire des Journalistes et de l’Information Médiatique (OJIM) veut promouvoir. Une meilleure connaissance du monde journalistique et des médias favorise une véritable démocratie et une éthique civique.

C’est ce que l’Observatoire met en œuvre à travers des portraits de journalistes et des analyses des médias. Tout ceci dans un esprit citoyen et participatif. Vous êtes invité à enrichir notre site. Pour cela nous encourageons nos lecteurs à compléter nos rubriques. Ces ajouts seront pris en compte et intégrés dans la mesure où ils sont sourcés et exclus d’esprit polémique. L’OJIM vise à mieux informer les citoyens sur leur environnement médiatique quotidien. Avec votre participation.

(1) Serge Halimi, Les nouveaux chiens de garde, nouvelle édition 2005, Éditions Raisons d’Agir, téléchargeable sur Internet.

(2) Guy Debord, La Société du Spectacle, Folio, thèse 1.

(3) Serge Halimi, ibidem. Voir aussi le remarquable film éponyme.